‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 66 sur 221 · L INSTITUT · texte numérisé non relu

L INSTITUT

et ce sont ces membres que nomma rarrôtc du 8 pluviôse an XI.

Aucun de ces nouveaux no l'ut désigné pour la première classe (physique et mathématiques), mais 17 prirent place dans la seconde classe (langue et litt(''rature françaises), à savoir : Fontanes, Delille \ La Harpe, Snard (qui redevint secrétaire perpétuel), Target, Morellet, Claude Thiard (ci-devant comte de Bissy), de Saint-Lambert (qui mourut quelques jours après), de Roquelaure, de Boisgelin de Cucé, d'Aguesseau -, Lucien Bonaparte, J. Dévalues, de Ségur, Portails, Regnaud de Saint-Jean-dAngély. 11 y eut 7 membres nouveaux dans la troisième classe (histoire et littérature anciennes) : Garnier, Anquetil-Duperron, Silvestre de Sacy, baron de Sainte-Croix, Pastoret, Gaillard, Choiseul-Gouffîer, et 3 dans la 4" classe (beaux-arts) : Vivant-Denon, Visconti, Bervic, Dumarest, Jouffroy.

11 faut dire que, parmi les membres ainsi nommés, peu se montrèrent serviles envers Napoléon. Même Tun d'eux, l'orientaliste Anquetil-Duperron. refusa d'adhérer à l'Empire et envoya sa démission le 2 juin 1804^.

Sous le régime précédent, c'était l'Institut tout entier qui nommait aux places vacantes : désormais chaque classe nomma, elle seule, ses membres.

Ni la première classe ni la quatrième ne virent leur activité réglementée i)ar rari-èt('^ du 3 pluviôse an XL

1. Fontanes et Delille avaient appartenu à la lioisièmc classe, mais en étaient sortis, le premier par exclusion après le 18 fructidor, et le second pour cause de non résidence. Cf. Etienne Gharavay, Le Centenaire de l'Institut de France, dans la Revue bleue des 19 et 26 octobre 189.").

2. Ces douze premiers memltres avaient fait partie de laacienno Académie française.

3. Chaplal, Souvenirs, p. 97, et Policiuet, L'Inslilul, p. 127.

134 r.KGIME DE LA LOI DE FLOREAL AN X

II n'en fui pas de même de la seconde classe : « Elle est particulièrement chargée de la confection du dictionnaire de la langue française; elle fera, sous le rapport de la langue, Texamen des ouvrages importants de littérature, d^histoire et de sciences. Le recueil de ses observations critiques sera publié au moins quatre fois par an. » Le premier Consul bornait donc à la surveillance de la langue les fonctions de l'ex- Académic française, quïl reconstituait sous un autre nom. Dans la pratique, la classe de la langue et de la littérature françaises ne se borna pas à cette surveillance, et, ne l'exerçant même pas comme le voulait l'arrêté, puisque ces publications trimestrielles ne furent point faites, elle redevint le salon littéraire qu'avait été rancienne compagnie. Quant à la troisième classe, elle rappelait l'ancienne Académie des inscriptions, mais avec des attributions plus larges ; « Les langues savantes, les antiquités et les monuments, l'histoire et toutes les sciences morales et politiques dans leurs rapports avec l'histoire seront les objets de ses recherches et de ses travaux; elle s'attachera particulièrement à enrichir la littérature française des ouvrages des auteurs grecs, latins et orientaux qui n'ont pas encore été traduits. Elle s'occupera de la continuation des recueils diplomatiques. » On voit que, si la classe des sciences morales et politiques se trouvait supprimée, ces sciences no disparaissaient pas du programme de Tlnstitut. mais elles n'y figuraient plus que « dans leur rapport avec l'histoire », c'est-à-dire sans que l'Institut pût les développer pour des applications '.

I. Sur la place que liât encore la liiiilosnphic à l'InsliLuL voir Fr. Picaxet, Les Uh''nlo(jiu'i^, p. RI.

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Chaque classe avait, chaque année, un prix à décerner, d'une valeur de trois mille francs pour la première, de quinze cents francs pour la seconde et la troisième. Quant à la quatrième, elle décernait quatre grands prix : peinture, sculpture, architecture, composition musicale . Les lauréats étaient envoyés à Rome, et enlrelonus aux frais du gouvernement. En outre, le décret impérial du 24 fructidor an XII institua des prix décennaux (de dix mille et de quatre mille francs) pour les ouvrages de sciences, de littérature et d"art, prix décernés « sur le rapport et la proposition dun jury composé des quatre secrétaires perpétuels des quatre classes de l'Institut, et des quatre présidents en fonctions dans l'année qui précédaii celle de la distribution ».

Napoléon Bonaparte faisait lui-même partie de l'Institut, oia il avait été nommé, dans la section de mécanique, le 0 nivôse an VI. Il assistait souvent aux séances. Une fois l'empire établi, »> S. M. l'Empereur et Roi » resta inscrite sous ce titre, dans la section de mécanique. Lucien et Joseph Bonaparte firent aussi partie de l'Institut. Joseph y resta, même quaml il devint (( roi des Espagnes ».

Ce que voulut Xapoléon empereur, ce fut d'incorporer l'Institut au système impérial. 11 en associa les membres aux honneurs; plus de cinquante d'entre eux firent partie de sa noblesse. Il ne leur laissa aucune liberté dans les questions philosoi>hiques, morales, ou touchant à la politique et la religion. Ainsi Lalande ayant professé l'athéisme dans une opuscule C|u"il imprima sans le mettre^ en vente, l'empereur (26 décembre 1805) ordonna à l'Institut de se réunir tout entier pour transmetli'e ou vieux savanL qu'il déclara

tombé en enfance, un blâme méprisant et menaçant, et il exigea que l'Institut lui-même sassociât à ce blâmée

Les établissements d'enseignement supérieur privé continuèrent à exister, notamment les deux lycées, dont nous avons parlé plus haut, et qui prirent le nom d'Athénées. Outre les deux écoles de droit privées que nous avons mentionnées, il faut citer, comme se rattachant plus ou moins à renseignement supérieur, la Société philomathique, la Société philotechnique, la Société libre des sciences, lettres et arts de Paris, la Société des observateurs de l'homme.

A Rouen, il y avait une chaire départementale de chimie appliquée aux arts, dont le titulaire, nommé Vitalis, était paye sur les fonds du département 2.

A Lyon, il y avait des cours municipaux de sciences pour le perfectionnement des arts mécaniques et des manufactures. « Ces cours, écrivaient les inspecteurs généraux Budan et Petitot en 1809, embrassent la physique, la chimie, les trois parties de la physique naturelle et la géométrie pratique. M. Raymond enseigne la chimie; il est auteur de plusieurs découvertes importantes pour la teinture et paraît destiné à faire, dans ce rapport, beaucoup de bien au commerce de Lyon. Les professeurs d'histoire naturelle sont MM. Gilibert père et fils; le premier connu par de longs ouvrages, et M. de Jean, qui paraît très estimé. M. Mollet, professeur de la première classe de mathématiques au

1. Voir, dans mes Éludes et leçons sur la l>(''volution française, 4° série, l'étude intitulée : Napoléon el Valhée Lalande.

2. Rapport des inspecteurs généraux Guéneau de Mussy et A. Ampère, Arcli. nat., F^ 1303.

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lycée, lait le cours de physique et celui de géométrie pratique. Les cours de physique, de chimie et d'histoire naturelle sont payés par la ville, c|ui s'est réservé la nomination des professeurs et la direction à donner à leurs travaux. Le cours de géométrie est aux frais d'une société particulière, qu'on appelle la Société des arls '. -

Quel fut, sous le régime de la loi du 11 floréal an X, le budget de Tinstruction publique?

Fourcroy, dans l'exposé des motifs, prévoit 4 480 000 i'v. pour les 6 400 bourses dans les lycées, 560 000 francs pour les 700 bourses dans les écoles spéciales-, lesquelles écoles coûteraient, d'autre part, deux millions. Il prévoit loO 000 francs pour des gratifications à des maîtres des écoles secondaires, 120 000 pour les inspecteurs généraux, les frais d'examen et dépenses imprévues, au total 7 310 000 francs « pour toute l'instruction publique », soit près de deux millions de plus que précédemment. Ce surcroît de dépenses « ne pèsera que très peu, dit-il, sur le trésor public, puisque, sans parler de quelques anciennes fondations qui subsistent encore, la loi du 29 ventôse an IX affecte un fonds particulier de domaines nationaux pour ce service important; et ce fonds, à mesure qu'il sera réalisé, pourra fournir au gouvernement le moyen de donner à l'instruction publique un développement qu'il ne serait pas prudent d'adopter aujourd'hui, mais qu'il est permis d'espérer pour un temps peu éloigné ».

11 est très difficile de savoir ce qui fut dépensé réclle-

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