‹ Napoléon Ier et le monopole universitaire;Chapitre 69 sur 221 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l. Idée du monopole universitaire. — II. Premiers projets d'Université impériale.— III. RapportclprojetdeFourcroy (1806). Exemple de TUniversité de Turin. Propos de Napoléon au Conseil d'État. — IV. Loi du 10 mai 1806.

Pourquoi Napoléon ne se contcnta-t-il pas du régime d'instruction publique établi par la loi du 11 floréal an X? Pourquoi le modifîa-t-il parla création de rUniversité impériale? Nous avons déjà vu que cette loi n'avait qu'à demi réussi en sa nouveauté la plus importante, c'est-à-dire en tant qu'elle établissait un enseignement secondaire d"État. Les lycées étaient tenus en échec par la concurrence de l'enseignement secondaire privé, c'est-à-dire par les institutions et pensions, comme l'a montré l'exemple du lycée de Bordeaux. La bourgeoisie n'aimait pas à y envoyer ses enfants, précisément parce quelle répugnait à l'influence de l'esprit gouvernemental. Si les lycées continuaient à ne recevoir que peu d'élèves en dehors des boursiers nationaux, le but de l'institution

IDEE DU MONOPOLE LNIVERSITAIUE lil

se trouvait en partie manqué. C'est évidemment, comme nous Favons déjà dit, la raison immédiate et particulière pour laquelle Napoléon se décida à établir, par la formation de l'Université impériale, ce qu'on a appelé depuis le monopole universitaire.

Cette raison immédiate et particulière se rattache à des raisons générales historiques, à une sorte de principe, celui d'après lequel l'instruction publique ou plutôt l'éducation publique est l'oHice, le droit, le privilège de l'État, celui d'après lequel il appartient à l'État de former, par un enseignement national, l'esprit public.

Ce principe, qui a les plus anciennes origines, se démêlait dans les vues des parlementaires, après la suppression des Jésuites, surtout dans les écrits du président Rolland.

Turgot aussi, et un plus tard, l'avait formulé assez nettement dans son Mémoire au roi sur les municipalités, rédigé par Dupont de Nemours i, où il proposait « la formation d'un conseil de l'instruction nationale, sous la direction duquel seraient les académies, les universités, les collèges, ;les petites écoles ». « Il y a, disait-il, des méthodes et des établissements pour former des géomètres, des physiciens, des peintres. 11 n'y en a pas pour former des citoyens. Il y en aurait si l'instruction nationale était dirigée par un de vos conseils dans des vues publiques, d'après des principes uniformes. Le Conseil n'aurait pas besoin d'être très nombreux, car il est à désirer qu'il ne puisse avoir lui-même qu'un seul esprit. 11 ferait composer dans cet esprit les livres classiques d'après un plan suivi, de manière que l'un conduisît à l'autre, et que

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