Paris, 23 novembre 1809. Correspondance, t. XX, n
ministre entre lempereur et le grand-maître, sans cependant subordonner le grand-maître au ministre. Quoique cette situation fût en réalité indépendante, quoique Fontanes fût libre de faire à peu près tout ce qu'il voulait dans son département, son amour-propre souffrait de la place que le ministre de l'Intérieur semblait occuper au-dessus de lui. En février 1810 il adressa à l'empereur un mémoire que nous n'avons pas S où il demandait à communiquer avec l'empereur sans rintermédiaire du ministre : " Mon intention, répondit Napoléon, est que le grand-maître de l'Université jouisse de la considération convenable; mais tout ce qui existe dans l'empire est sous la surveillance de mes ministres. .lai la volonté que le système de l'Université marche comme celui du monde, sans frottement et par une règle constante et uniforme : je ne veux en entendre parler que le moins possible. Mais, pour établir ce système, je sais qu'il faudrait que je m'en occupe encore quelquefois, et je ne puis en être instruit et faire connaître ma volonté que par mon ministre et mon Conseil d'État. » Et il ajoutait : « Ce qui vous distingue d'un officier quelconque de l'administration, même d'un maréchal de Tempire, c'est que celui-ci ne peut rien sans l'intervention du ministre, au lieu que, pour les trois quarts de ce que vous avez à faire, vous pouvez le faire sans le concours de l'administration. Un maréchal, qui commande mes armées, ne peut faire un sous-lieutenant : il faut qu'il fasse au ministre une proposition, qui m'est
1. C'est sans doute la pièce qui, dans la vente des papiers de Fontanes, à Genève, en 1875, figure sous le n" 134, et avec ce titre : « Mémoire sur les prérogatives du grand-maître de rUuiveraité ».
FONTAXES GRAND-MAITRE. >^A DEMI-TRAHTSOX 211
soumise par celui-ci. \'ous, au contraire, vous avez le droit de faire dans votre corps tous les changements qu'il vous plaît de faire, s'ils sont conformes aux lois. Vous n'avez besoin du ministre que pour l'exécution de la loi '. -
En rappelant ainsi les pouvoirs exorbitants qu'il lui avait donnés, surtout ce droit de nommer à son grêles plus hauts fonctionnaires de l'Université sans l'intervention de l'empereur ni de ses ministres, Napoléon ressentait-il le regret d'avoir confié de tels pouvoirs, si peu compatibles avec une monarchie centralisée et despotique, à une personne dont il ne se sentait plus sur? Plus d'un préfet s'était déjà plaint que les hommes el. les choses de l'enseignement fussent soustraites entièrement à l'influence de l'administration. Napoléon lui-môme, quand il eut vu Fontanes à l'œuvre, après la première formation de l'Université, songea à restreindre le pouvoir du grand-maître, si j'en crois cette note anonyme, datée du 13 mars 1809, qui se trouve dans les papiers de Fontanes : « Le grand-maître de l'Université avait, par le décret qui l'instituait, une grande et utile autorité. Bonaparte ne tarda pas à s'en effrayer lui-même et voulut l'affaiblir. M. de Fontanes avait l'âme assez noble pour ne pas tenir à une place que l'on voulait restreindre et dégrader. Il envoya sa démission à l'empereur. Elle ne fut point acceptée, et il fut maintenu dans ses prérogatives ^. »
Oui, Fontanes fut maintenu dans ses prérogatives.