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BONAPARTE CHEF D'ÉTAT ET PACIFICATEUR

avaient fait sa fortune. Pour lui, Napoléon n'était qu'un homme des plus médiocres. Si on lui objectait les merveilleuses campagnes du général, il se récusait sur ce point en invoquant sa parfaite incompétence. « D'ailleurs, disait-il, que voulez-vous qu'on pense d'un homme qui ne sait ni le français ni l'italien ? »

Bonaparte n'avait pas attendu que la constitution fût promulguée pour prendre en main la direction des affaires. Dès le jour même de la révolution , il imprimait à toutes les parties du gouvernement une

Fig. 95. — Brune. D'après une gravure du temps.

impulsion décisive et faisait face à la fois à toutes les difficultés de la situation. A l'extérieur, il fait comprendre à l'Europe toujours en armes qu'elle a désormais affaire à un pays qui désire sérieusement la paix, ne veut plus de guerres révolutionnaires, mais qui, maître de disposer de toutes ses forces, ne peut consentir qu'à une paix glorieuse. A l'intérieur, il organise et il pacifie.

La loi des otages est rapportée et Bonaparte se rend au Temple pour délivrer en personne les prisonniers qui y sont détenus en vertu de cette odieuse mesure. Il abroge les lois qui privaient les nobles et les parents d'émigrés des droits politiques et les excluaient des fonctions publiques. Des pensions sont accordées à la veuve de Bailly, comme à la veuve de Boncbamp, le chef vendéen. Les prêtres déportés et les proscrits du 18 fructidor sont autorisés à rentrer en France. Des émi-

grés avaient été jetés par ua naufrage sur la côte de Calais; on les avait gardés en prison, Bonaparte les fit mettre en liberté, « considérant, comme le dit l'arrêté du 18 frimaire an VIII, qu'il est hors du droit des nations policées de profiter de l'accident d'un naufrage, pour livrer même au juste courroux des lois des malheureux échappés aux flots ». La rigueur des lois révolutionnaires contre l'émigration avait été maintenue pour le passé dans la constitution. Mais la loi du 5 nivôse an VIII (25 décembre 1799) déclarait close pour l'avenir la liste des émigrés, c'est-à-dire que tout fait d'absence postérieur à la promulgation de la loi ne pourrait être qualifié d'émigration , ni poursuivi des mêmes peines : la liberté d'aller et de venir était enfin rendue aux citoyens. L'impôt foncier progressif sur les riches fut bientôt supprimé.

En môme temps que la paix politique, il cherchait aussi à étabhr la paix rehgieuse et sociale. Le pape Pie VI, enlevé de Rome par le Directoire, était mort à Valence, où depuis six mois ses dépouilles demeuraient sans sépulture. Un décret des consuls, dont les considérants augmentaient l'importance, ordonna qu'on les inhumât avec les honneurs dus aux souverains. Cette cérémonie attira un énorme concours; on était heureux de pouvoir en sécurité s'associer à une manifestation religieuse (30 décembre) (1).

Une seule mesure de représailles tranche assez malheureusement avec celles qui précèdent ; l'initiative n'en appartient pas à Bonaparte. Sieyès et Roger-Ducos, qui ne partageaient pas la confiance du général, le décidèrent, avec l'appui de plusieurs ministres, à prendre un arrêté qui, sans jugement, condamnait à la déportation ou à la détention une centaine de citoyens du parti révolutionnaire, et parmi eux le général Jourdan. Cet acte ne tarda pas à être révoqué et ce ne fut qu'un écart accidentel et passager dans une conduite généreuse , ferme et adroite.

Il s'occupait aussi de mettre fin aux derniers restes de la guerre civile, toujours prête à se rallumer en Vendée et en Bretagne : aucun résultat ne lui tenait plus à cœur.

(!■) Le cœur de Pie VI est encore à la cathédrale de Valence, dans un monument surmonté d'un buste du pontife par Canova.

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