‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 107 sur 389 · CAMBACÉRÈS. — LEBRUN. — DAUNOU · texte numérisé non relu

CAMBACÉRÈS. — LEBRUN. — DAUNOU

naparte. Cambacérès, né à Montpellier en 1753, succédait à son père dès 1776 comme conseillera la chambre des comptes. Le rôle considérable qu'il avait joué à la Convention dans toutes les discussions législatives et administratives, l'attitude modérée qu'il avait su garder, quoiqu'il fût attaché au parti révolutionnaire, le désignaient assez au choix de Bonaparte. Pour Lebrun, il était alors moins en vue. Il était né en 1739,

Fig. 94, — Arrivée du pape Pie YI à Grenoble, en 1799. D'après une gravure du temps.

près de Coutances ; secrétaire de Maupeou, il avait partagé sa disgrâce. En 1789, un écrit remarquable, la Voix du peuple, avait attiré l'attention sur lui et, il avait été élu député aux Etats généraux. Emprisonné pendant la Terreur, il n'avait dû sou salut qu'au 9 thermidor. C'était un esprit cultivé en même temps qu'un administrateur habile et autorisé. La traduction de la Jérusalem délivrée, eu 1774, et de V Iliade, en 1776, sont justement estimées. Ce fut Rœderer qui le recommanda à Bonaparte et le fit nommer.

Lebrun savait à qui il devait sa haute situation et, dès le 24 frimaire an VIII, il

écrivait à Rœderer le billet suivant, qui doune une idée de sa simplicité aimable et spirituelle : « Yous l'avez voulu, mon cher et ancien collègue ; si je fais des sottises, je vous en renverrai la gloire. J'ai trouvé dans le général Bonaparte l'impression de l'amitié qui a dirigé son opinion. Je crois qu'il ne vous dira pas encore du mal de moi, et moi je vous dirai de lui beaucoup plus de bien que je n'en croyais encore. Salut et amitié. »

Il y avait un personnage qu'on pouvait s'étonner de ne pas voir choisi à la place de Lebrun, c'était Daunou, qui, déjà connu par ses écrits politiques avant 1789, avait été le rapporteur de la constitution de l'an III et faisait partie du comité de constitution de l'an VIII. Mais Bonaparte, qui y avait d'abord songé, n'avait pas tardé à voir qu'il ne pourrait longtemps s'entendre avec lui. C'était un Sieyès plus timide mais aussi plus opiniâtre. C'était lui qu'en raison de son passé on avait chargé de donner une première rédaction de la constitution d'après les principes généraux qui venaient d'être arrêtés avec, ou plutôt par le général Bonaparte. Cambacérès n'eut pas tort de trouver cette rédaction malicieuse et hostile, c'est-à-dire plus soucieuse qu'il ne convenait de restreindre, sans trop d'apparence, les pouvoirs du Premier Consul. Il proposait, par exemple, de décider que si l'un des consuls prenait le commandement des armées , il serait remplacé par un tribun nommé par le Conseil des Anciens. C'est alors que pour mettre fin à cette petite guerre, Bonaparte réunit la commission au Luxembourg et lui dicta à peu près ses volontés. Bonaparte eut même à son tour la maUce de prendre Daunou pour secrétaire : « Citoyen Daunou, dit-il, prenez la plume, mettez-vous là et écrivez. » C'était, ajoute Sainte-Beuve, d'après lequel nous faisons ce récit, c'était dit de ce ton qui fait obéir.

Daunou, quoiqu'il ait servi le gouvernement de Napoléon, — dans des fonctions savantes et modestes , il est ^Tai , qui ne touchaient pas à la poUtique, — nourrit contre le nouveau régime une hostilité croissante. Il en avait le droit, car ce régime s'écartait de plus en plus des idées qu'il avait toujours défendues. Mais cette hostilité était accompagnée contre Napoléon lui-même des préventions les plus singulières. On peut croire que le souvenir des premières relations qu'ils avaient eues ensemble n'était pas étrangère à la persistance de ces sentiments. Daunou ne reconnaissait à Napoléon aucun mérite supérieur d'intelligence ni de caractère. Les circonstances et son peu de scrupule

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