‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 11 sur 389 · SON ROLE ACTIF EX CORSE · texte numérisé non relu

SON ROLE ACTIF EX CORSE

l'assemblée législative empiéter sans cesse sur les attributions du pouvoir exécutif " et préparer la ruine de la royauté « quelconque » qu'avait établie la constitution de 1792. L'assemblée girondine croyait arriver à la toute-puissance , mais elle travaillait pour ses ennemis, et bientôt l'émeute qu'elle avait 2:»réparée allait donner le pouvoir aux Jacobins et à la commune de Paris. L'insurrection du 20 juin révéla tout le progrès des idées révolutionnaires : Bonaparte en fut par hasard témoin. Il sortait de chez lui quand il rencontra des bandes d'émeutiers qui se dirigeaient vers les Tuileries : son uniforme l'aurait compromis, sans profit pour l'ordre, il le quitta et s'en fut chez Bourrienne, devant la Terrasse des Feuillants. Il vit toute l'horreur de ces lamentables scènes, le château envahi, la foule mêlant aux imprécations de la fureur les quolibets et les railleries, le roi, jnenacé, contraint d'accepter le bonnet rouge aux applaudissements d'un peuple en délire, l'autorité détruite, la Révolution, en un mot, triomphante. Il en conçut une horreur profonde pour l'anarchie et la licence. Le Mémorial nous a laissé la trace de ces impressions premières que l'empereur ne devait pas oublier. « Il fallait, disait Bonaparte blâmant la faiblesse de Louis XVI, balayer avec du canon cinq cents de ces braillards et le reste courrait encore. » Le 10 août le surprit aussi péniblement. La Terreur allait commencer : devenu chef de famille, chargé de l'éducation et de l'entretien de de ses soeurs, il quitta Paris, où il n'avait pas eu de peine à se défendre contre ses accusateurs, et revint en Corse.

Il y trouva aussi les esprits en désordre, prêts pour la guerre civile; les révolutionnaires, venus de France, cherchaient à y propager les idées violentes et les mesures rigoureuses : tous les jours Ajaccio était le théâtre de troubles et d'émeutes oîi Napoléon, tout en cherchant à pacifier les plus mutins, prenait parti pour la France et la Convention contre ses compatriotes dévoués à la contre-révolution. Paoli, qui blâmait tout ce qu'on faisait â Paris, se séparait peu A peu de Bonaparte. Le 21 janvier 1793 amena une rupture ouverte. La mort de Louis XVI éveilla dans l'île une insurrection réactionnaire, un mouvement analogue à celui de la Vendée. En Corse, comme en

Vendée, les ennemis de la France et de la Révolution appelèrent l'Angleterre. Cette conduite révolta le patriotisme de" Bonaparte ; à ses yeux l'appui de l'étranger déshonorait toutes les causes où il était invoqué; il déclara à Paoli, qui cherchait à l'entraîner dans cette voie fatale, « qu'en France, l'anarchie serait éphémère, que l'Angleterre était l'ennemie de la liberté des peuples et qu'elle ne pouvait pas être la protectrice sincère des Corses. » Pendant deux mois, juin-juillet 1793, il demeura fidèle à ses principes, malgré l'insurrection grandissante. Il lutta pied à pied contre Paoli. Pour la première fois général, il se montra habile à tout ordonner et tout prévoir, actif et infatigable, préparant la résistance dans chaque village, acceptant la vendetta avant de faire la guerre véritable : mais bientôt tout céda devant Paoli : les couleurs françaises étaient battues. On voyait alors toute la famille Bonaparte, les trois frères. Napoléon, Joseph et Lucien, conduits par leur vaillante mère Letizia Ramolino, représenter presque seule le parti de la France. Ajaccio tomba aux mains des insurgés, qui mirent le feu à la maison des Bonaparte. Letizia avait pu fuir : comme elle se retourna, elle aperçut un tourbillon de flammes. « C'est votre maison qui brûle! — Qu'importe! s'écria-t-elle ; nous la rebâtirons plus belle. Vive la France! )) puis elle s'embarqua pour Marseille, où ses fils ne tardèrent pas à la rejoindre. Napoléon était vaincu; mais il avait déjà noblement servi la France.

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