‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 121 sur 389 · PLAN DES AUTRICHIENS · texte numérisé non relu

PLAN DES AUTRICHIENS

Indes. Les excès de l'ambition de Bonaparte ne sont plus à discuter ni à défendre, mais ses ennemis ont-ils été plus modérés et moins implacables dans leurs prétentions? De quel côté était alors la modération? La continuation de la guerre était inévitable. Les hostilités, suspendues depuis le mois de décembre, reprirent au printemps. L'Autriche avait deux armées de 120.000 hommes. Mêlas commandait l'armée

Pig. 100. — Asaassinat des pléoipotentiaiies fiaoçftU à Bastadt. OisTure de Daplessie-Bertaax.

d'Italie, que sa récente victoire de Genola avait amenée sur le versant du golfe de Gênes. Laissant 40.000 hommes sous Wukassowich et Haddik pour garder la Lombardie, il devait avec le reste enlever Gênes, forcer la ligne du Var et pénétrer en Provence, où viendrait le rejoindre un corps de 20.000 Anglais qui se rassemblait à Minorque. L'armée du Rhin, sous le commandement de Kray, devait couvrir le fleuve de Mayence à ses sources. Un corps détaché de 30.000 hommes sous les ordres du prince de Reuss, était laissé dans le Voralberg et les Grisons pour donner la main à l'armée d'Italie.

Le plan de Bonaparte avait une autre portée. L'armée d'Italie, n'ayant que 36.000 hommes, devait se borner à la défensive dans l'Apennin et la rivière de Gênes et occuper Mêlas. L'armée du Rhin, qui serait portée à 100.000 combattants, devait se porter sur l'extrême gauche de Kray et lui couper ses communications avec l'Italie. Alors, Mêlas étant occupé dans la Ligurie, Kray rejeté sur le Danube, et la masse des Alpes ainsi dégagée. Napoléon devait, avec une armée de réserve, arriver tout à coup par les Alpes centrales en pleine Lombardie.

En Italie, Masséna avait remplacé Championnet, mort de l'épidémie qui décimait l'armée. Malgré d'admirables efforts, avec des troupes de moitié moins nombreuses que celles des Autrichiens et affaiblies par la misère, il n'avait pu empêcher Mêlas d'occuper Savone et de couper ainsi en deux l'armée française. Masséna et Soult avaient été rejetés dans Gênes, où ils furent bloqués par les Autrichiens, la flotte anglaise et les paysans soulevés. Suchet fut rejeté derrière le Var. Mêlas laissa Ott devant Gênes et se porta sur le Var, pour avoir l'honneur de franchir le premier la frontière française ; mais son succès ne devait servir qu'à le mieux faire tomber dans le piège.

Masséna n'avait pas eu la précaution de rassembler des vivres en grande quantité ; la disette s'était fait promptement sentir dans Gênes ; aussi Bonaparte pressait-il Moreau d'entrer au plus tôt en campagne. Il lui avait donné une des plus belles armées qu'ait eues la France. Elle était composée en grande partie des vieux soldats de Hoche, de Kléber, de Moreau lui-même, sobres , disciplinés, instruits, intrépides. Des conscrits lui avaient été envoyés, mais en petit nombre, « tout juste assez pour la rajeunir ». Moreau avait pour lieutenants des officiers comme Lecourbe, Richepanse, Gouvion Saint-Cyr.

Napoléon aurait voulu que l'armée de Moreau, remontant tout entière le Rhin par la rive gauche, se concentrât entre Bâle et Schaffouse. Grâce aux bateaux préparés secrètement sur les affluents, on pourrait en une matinée jeter quatre ponts, et Moreau, avec toutes ses forces, tomberait sur le flanc de Kray, le coupant de ses réserves et de sa gauche. On pouvait ainsi écraser l'armée autrichienne d'un seul

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