‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 120 sur 389 · LUNEVILLE · texte numérisé non relu

LUNEVILLE

ussiTÔT débarqué à Fréjus, Bonaparte avait d'abord songé à faire une apparition à l'armée d'Italie et à ne se rendre à Paris qu'après avoir battu l'ennemi. « Mais Dieu sait dans quel état se trouve cette armée, disait-il à Marmont, et quels sont les moyens d'offensive qu'elle possède. Il faudrait sans doute beaucoup de temps avant de pouvoir rien entreprendre de sérieux, et l'effet de mon arrivée s'affaiblirait. » Devenu maître du gouvernement, il pouvait mieux assurer le succès.

Nous allons voir, pour la première fois, Bonaparte, en même temps général et chef d'empire, organiser les troupes qu'il doit mener ou envoyer au combat, indiquer aux diverses armées de la France leur ordre de marche de la môme manière qu'il dirigeait les divisions de son armée d'Italie, et considérer les divers théâtres de la guerre comme

les positions d'un seul champ de bataille où toutes les armées, malgré les distances, ont leur rôle exactement marqué dans l'ensemble d'une conception unique et concourent au coup décisif qui doit être frappé par l'une d'elles.

La paix était le désir de toute la France. Bonaparte la désirait aussi pourvu qu'elle fût honorable ; il comprenait que la gloire de législateur valait celle de conquérant. Aussi, le 5 nivôse an VIII (26 décembre 1799), il écrivait directement, sans l'intermédiaire des ministres, à l'empereur d'Allemagne et au roi d'Angleterre, pour leur exprimer son désir de mettre fin aux hostilités. La lettre au roi d'Angleterre était ainsi conçue :

« Appelé par le vœu de la nation française à occuper la première magistrature de la Eépublique, je crois convenable, en entrant en charge, d'en faire directement part à Votre Majesté.

« La guerre, qui, depuis huit ans, ravage les quatre parties du monde, doit-elle être éternelle ? n'est-il donc aucun moyen de s'entendre ?

a Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, puissantes et fortes plus que ne l'exigent leur sûreté et leur indépendance, peuvent-elles sacrifier à des idées de vaine grandeur le bien du commerce, la prospérité intérieure, le bonheur des familles ? Comment ne sentent-elles pas que la paix est le premier besoin comme la première des gloires ?

« Ces sentiments ne peuvent pas être étrangers au cœur de Votre Majesté, qui gouverne une nation libre et dans le seul but de la rendre heureuse.

« Votre Majesté ne verra dans cette ouverture que mon désir sincère de contribuer • efficacement, pour la deuxième fois, à la pacification générale, par une démarche prompte, toute de confiance et dégagée de ces formes qui, nécessaires peut-être pour déguiser la dépendance des Etats faibles, ne décèlent dans les Etats forts que le désir mutuel de se tromper.

« La France, l'Angleterre, par l'abus de leurs forces, peuvent longtemps encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder l'épuisement ; mais, j'ose le dire, le sort de toutes les nations civilisées est attaché à la fin d'une guerre qui embrase le monde entier. « Bonaparte. »

A cette belle lettre le cabinet anglais, et non le roi, répond qu'il ne peut accueillir des ouvertures de paix que si l'on rétablit la maison de Bourbon et si la France rentre dans ses anciennes limites. Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères, réplique que c'était comme si l'on proposait à l'Angleterre de rétablir les Stuarts et de renoncer aux

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