SIÈGE DE GÊNES. — MASSÉNA
les plus mémorables de l'histoire, car les soldats français y supportaient, rien que par le sentiment de l'honneur des armes et par vertu guerrière, les souffrances que les défenseurs de Numance, de Jérusalem et de la Rochelle avaient affrontées par fanatisme religieux
Fig. 103. — Le Premier Congul, par David. (Ph. de Braun.)
ou pour éviter l'esclavage. De plus, chose qu'on ne vit peut-être jamais à ce point dans aucun autre siège, Masséna avait fait de sa défensive une offensive continuelle, et depuis le 9 avril, date où avaient commencé les hostilités, jusqu'aux premiers jours de mai, il avait tué, blessé ou pris aux Autrichiens environ quinze mille hommes, c'est-à-dire autant qu'il avait lui-même de soldats. Mais déjà
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la famine se faisait sentir, et on ne pouvait espérer tenir au delà du 20 mai.
Bonaparte quitta Paris le 6 mai. Quelques jours avant de partir, couché sur ses cartes, y posant des signes de différentes couleurs pour figurer la position des corps français et autrichiens, il disait devant son secrétaire : « Ce pauvre M. de Mêlas passera par Turin, se repliera vers Alexandrie. Je passerai le Pô, je le joindrai sur la route de Plaisance, dans les plaines de la Scrivia, et je le battrai là, là. » Et en disant ces mots il poussait un de ces signes à San Juliano. L'événement devait réaliser cette prévision avec une précision extraordinaire.
Lorsqu'on fut arrivé à Lausanne, il fallut décider le point où l'armée passerait les Alpes. Le général du génie Marescot, chargé de la reconnaissance des Alpes, se prononçait pour le Saint-Bernard, mais il regardait l'opération comme très difficile. « Difficile, soit, dit le Premier Consul, mais est-elle possible? — Je le crois, avec des efforts extraordinaires. — Eh bien , partons ! »
Les préparatifs commencèrent aussitôt. ÎTapoléon montra alors ce soin du détail qui s'alliait chez lui d'une façon si merveilleuse aux vues d'ensemble les plus étendues et les plus profondes. D'immenses approvisionnements furent réunis à Villeneuve, à Martigny et jusqu'au pied du col. Une compagnie d'ouvriers pourvus de forges de campagne prit les devants et dut stationner à Saint-Remi, là oh sur le versant italien recommence la route carrossable, pour remonter les voitures de l'artillerie et remettre les i^ièces sur leurs affûts. Il avait poussé la prévoyance jusqu'à faire placer auprès du col ses ateliers de bourreliers pour réparer les harnais. Il avait même écrit plusieurs lettres à ce sujet. « Nous citons cette circonstance, dit Thiers, pour l'instruction des guerriers et des gouvernements, à qui la vie des hommes est confiée, et qui ont souvent la paresse ou la vanité de négliger de tels détails. Rien, en effet, de ce qui peut contribuer au succès des opérations, à la sûreté des soldats, n'est au-dessus du génie ou du rang des chefs qui commandent. » Le passage de l'artillerie, comme on devait s'y attendre, présenta surtout de grandes difficul-