‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 130 sur 389 · PERTE DE L EGYPTE · texte numérisé non relu

PERTE DE L EGYPTE

E traité de Lunéville permettait au gouvernement français de tourner toutes ses forces contre l'Angleterre , qui devenait notre seul adversaire. La France se prêtait volontiers à faire de nouveaux efforts pour combattre un peuple qu'elle regardait vraiment alors comme son seul ennemi traditionnel et national. Une guerre maritime ne l'effrayait pas. La glorieuse défaite d'Aboukir avait déjà montré ce dont notre marine était encore capable, et le Premier Consul, dès les premiers mois de son gouvernement, avait prouvé par ses instructions et ses actes qu'il entendait bien que la France, profitant de la situation privilégiée que la nature lui a donnée, et reprenant sa tradition historique, fût puissante sur mer comme sur terre. De plus, nous avions l'alliance de deux nations bien déchues sans doute, mais dont la flotte n'était pas à dédaigner,

SAFOUtoX I".

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l'Espagne et la Hollande. Aussi l'Angleterre s'inquiétait-elle vivement de voir la France ainsi débarrassée de tout ennemi sur le continent. Il est vrai qu'elle pouvait encore compter sur nos troubles intérieurs. Plus le nouveau gouvernement s'affermissait et devenait populaire, plus l'autorité se montrait ferme, juste et active, plus les partis étaient exaspérés, car ils perdaient toute espérance d'une révolution nouvelle. Louis XVIII avait dans son entourage un certain nombre d'esprits chimériques, qui pensaient que Bonaparte se contenterait du rôle de Monk. Ce prince, cédant trop facilement à leurs conseils, avait tenté une démarche où l'on ne reconnaît pas l'adresse et la dignité qui marquèrent en général sa politique. Dès le 20 février 1800, il adressait au Premier Consul une lettre qui resta sans réponse ; il renouvela quelques mois après sa tentative.

« Depuis longtemps , général, disait-il, vous devez savoir que mon estime vous est acquise. Si vous doutiez que je fusse susceptible de reconnaissance, marquez votre place, fixez le sort de vos amis. Quant à mes principes, je suis Français : clément par caractère, je le serais encore par raison.

« Non, le vainqueur de Lodi, de Castiglione, d' Aréole, le conquérant de l'Italie et de l'Egypte, ne peut pas préférer à la gloire une vaine célébrité. Cependant vous perdez un temps précieux : nous pouvons assurer le repos de la France. Je dis nous, parce que j'ai besoin de Bonaparte pour cela et qu'il ne le pourrait sans moi.

« Général, l'Europe vous observe, la gloire vous attend, et je suis impatient de rendre la paix à mon peuple.

« Louis. »

Cette fois, le Premier Consul voulut couper court à toute tentative ultérieure ; son ambition était ici d'accord avec l'opinion du pays et ses propres convictions sur l'intérêt de la France. Il répondit en ces termes :

a Paris, 20 fructidor an VIII (7 sept. 1800).

« J'ai reçu, Monsieur, votre lettre. Je vous remercie des choses honnêtes que vous me dites. — Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France. Il vous faudrait marcher sur 500.000 cadavres. — Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France ; l'histoire vous en tiendra compte.

« Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre famille. Je contribuerai avec plaisir à la douceur et à la tranquillité de votre retraite.

« Bonaparte. »

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