COMPLOT D'ARENA
Les rapports que Louis XVIII recevait de ses agents à Paris étaient bien faits d'ailleurs pour lui ôter ses dernières illusions.
« Il existe encore en France, disait l'un d'eux, nombre de personnes qui supposent à Bonaparte des intentions royalistes et qu'il travaille intérieurement pour Votre Majesté, ce qui n'est sûrement pas. On lui a fait malheureusement à ce sujet des propositions trop formelles et trop i^eu secrètes, ce qui l'a plutôt éloigné que rapproché de cette mesure. Du caractère dont il est, il ne veut aucun conseil qui lui ôte le mérite
Fig. 106. — Cliampignons répablicaina (caricature du tempe).
1. Le roi de Pecsse : « Dieu comme ç» potwMt». c'est effnij-ant. » f. L'EHPKBECB DE BCSSIK : a Çft senit bien AgKable à mAnger. » 3. L'EMFEREUa D'AfTRicllK : ■ N'y touchez pM, compère, c'est Ténéncui. »
apparent d'être le créateur de ce qui peut , suivant lui , le conduire à la gloire et à l'immortalité. (Mémoires de Fauche-Borel, t. II, p. 35:3-308.)
Les royalistes virent qu'ils n'avaient d'autre moyen de réussir que les conspirations, qu'ils n'avaient de chances d'arriver que par l'assassinat de Bonaparte! Les Jacobins les devancèrent. Le sculpteur Ceracclii, le peintre Topino-Lebrun, un ancien député du Conseil des Cinq-Cents, Aréna, un ancien employé du comité de Salut public, Demerville, projetèrent d'assassiner le Premier Consul à l'Opéra.
Cette conspiration était toute inspirée des souvenirs de l'antiquité et de la « haine contre les tyi-ans ». Ce mélange d'idées fausses et de sentiments généreux, de légè-
reté morale et de fanatisme, qui, jointe à l'ambition déçue, a cause tant de troubles dans notre pays, se montrait d'une manière bien frappante chez Topino- Lebrun.
« Il savait Plutarque par cœur, dit Mollien, qui l'avait connu. La Révolution l'avait surpris étudiant les arts à Eome ; sa folie fut de croire que la Grèce avait dû être le pays le mieux gouverné ; que toutes les sociétés européennes devaient être refondues sur le modèle de quelques peuplades de ce coin du monde qui a jeté tant d'éclat. Ce qu'il savait seulement de leur gouvernement, c'est qu'il se disait républicain. » Il avait exposé au salon de 1798 la Mort de Caïus Gracchiis, qui se trouve aujourd'hui au musée de Marseille, sa patrie, et qui témoigne d'un certain talent.
Elève de David, « le peintre de Brutus », Topino- Lebrun voulait, comme Brutus, en tuant le nouveau César, sauver la liberté expirante. Laquelle ? Etait-ce celle de la Ten'eur ou du 18 fructidor ? Les conjurés ne se le demandaient pas. Les républicains, disaient-ils, ne manquaient pas, et, l'acte une fois accompli, on verrait se déclarer pour eux, non seulement Touché, ministre de la police, Sieyès, Masséna, Carnot, mais Lannes lui-même, l'aide de camp préféré du Premier Consul.
Dénoncés bientôt, par un des leurs, ils furent arrêtés à l'Opéra même, le 10 octobre 1800. Il n'y avait pas eu de commencement sérieux d'exécution. Ils n'en furent pas moins condamnés à mort en vertu d'un verdict du jury de la Seine. Il est vrai qu'un attentat autrement dangereux par son organisation, autrement grave par s^s résultats, avait indigné la France, qui ne voulait plus que des brouillons sanguinaires vinssent troubler sa récente sécurité.
Georges Cadoudal avait quitté Londres et s'était caché dans le Morbihan. Il avait organisé de là l'effroyable complot de la machine infernale, • dont il avait confié l'exécution à trois de ses afiidés, Limoëlau, Saint- Régent et Carbon. Saint-Régent, ancien officier de marine, avait des connaissances en artillerie : il se chargea de fabriquer une machine qu'on devait faire éclater sur le passage du Premier Consul lorsqu'il se rendrait à l'Opéra. Le 3 nivôse, l'Opéra donnait par ordre la première représentation du célèbre oratorio d'Haydn, la Création, qu'on n'avait pas encore entendu à Paris. On savait que le Premier Consul devait s'y rendre avec sa famille. Les conspirateurs choisirent pour accomplir leur crime la rue Saint-Nicaise, rue sinueuse dont les détours consécutifs devaient ralentir la voiture la mieux conduite.
« Le jour anivé, Carbon , Saint-Régent et Limoëlan conduisirent leur charrette rue