‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 137 sur 389 · ASSASSINAT DE PAUL I · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DE PAUL I

Cette mort arrivait à propos pour elle, et Bonaparte savait à ses dépens que le cabinet britanique ne reculait pas devant de pareils moyens. Cette supposition n'avait rien que de vraisemblable, mais les soupçons du Premier Consul n'ont pas été confirmés. Il est probable cependant que l'ambassade anglaise connaissait le complot, la sœur d'un des conjurés étant reçue familièrement à l'ambassade. Ce fut une de ces révolutions de palais qui ont ensanglanté tant de fois l'histoire de la Russie. Paul I'"'', esprit bizarre et caractère mal équilibré, avait, dès son avènement, vivement irrité la noblesse russe par les caprices de sa faveur, la violence de ses paroles et de ses actes et le despotisme tracassier qui s'était fait surtout sentir dans les réformes militaires. La rupture avec l'Angleterre acheva de l'exaspérer. En arrêtant, en effet, l'exportation des blés, des chanvres, des bois et autres matières destinées soit à l'alimentation soit à la construction et à l'équipement des vaisseaux, cette rupture ruinait la noblesse russe. On avait entendu le czar prononcer contre sa femme et contre son fils aîné des paroles menaçantes. On lui prêtait l'intention d'exclure du trône le czarevitch Alexandre. Celui-ci laissa se former, sans y prendre part, une conspiration qui devait seulement provoquer la déposition de son père. Un noble livonien, Pahlen, fut l'âme du complot. Il s'adjoignit entre autres le Hanovrien Benningsen et deux Russes, les frères Zubow, et plusieurs autres mécontents. Le czar fut étranglé dans la nuit du 24 mars.

Alexandre témoigna de la plus grande douleur ; il n'en profitait pas moins du crime et n'en punissait pas les autem-s.

Le nouveau souverain de la Russie, jeune, noble d'aspect, gracieux de manières, spirituel, enthousiaste, mobile, artificieux, difficile à saisir, était doué d'un charme personnel infini et destiné à exercer sur ses contemporains la plus grande séduction ; « il était même appelé à exercer cette séduction sur l'homme extraordinaire, si difficile à tromper, qui dominait alors la France et avec lequel il devait avoir un jour de si grands et de si terribles démêlés. »

Quoi qu'il en soit, l'avènement d'Alexandre changeait la position de l'Angleterre et les affaires du monde. Dès le 20 avril, Pahlen, qui était resté le principal ministre du nouveau czar, faisait connaître aux amiraux anglais que la Russie accédait aux demandes du cabinet anglais. Le 19 mai, la Suède ouvrait ses ports aux vaisseaux britanniques. Au mois de juin, la Russie signait à Pétersbourg un traité qui mettait fin aux différends maritimes entre les puissances du Nord et l'Angleterre. Dès le 16, le comte de Bernstorf s'était rendu à Londres et, le 17, le Danemark levait l'embargo sur les navires anglais. Ainsi, trois mois après la mort de Paul I", la confédération du Nord fut dissoute et le triomphe de l'Angleterre assuré.

Napoléon ne pouvait plus l'atteindre sur le continent que dans son

allié le Portugal. En vertu du traité d'alliance qui unissait la France à l'Espagne, il obligea le prince de la Paix, qui exerçait déjà sa honteuse domination sur la famille royale et sur le gouvernement espagnol, à envahir le Portugal : 40.000 Espagnols entrèrent dans l'Aleratejo.Leur ligne de retraite était protégée par 15.000 Français, qui arrivaient par Salamanque.

Mais les soldats français étaient à peine arrivés dans le bassin supérieur du Douro, que la cour de Lisbonne avait fait sa soumission et ouvert des négociations qui se terminèrent par le traité de Badajoz, par lequel le Portugal cédait Olivenza à l'Espagne et fermait ses ports aux Anglais. (29 sept. 1801.)

C'était là un bien petit résultat après de si grandes espérances. Aussi Napoléon ne s'en contentait-il pas. Il se préparait à attaquer l'Angleterre chez elle. Les côtes de France, du Havre à Anvers, furent avec la plus grande activité armées de batteries et de redoutes; on construisit une foule de bâtiments légers et de chaloupes canonnières. On construisait surtout des bateaux plats, destinés à porter en quelques heures une armée au delà du détroit. Napoléon ignorait sans doute que le plan de bateaux analogues et destinés à l'exécution du même projet avait été conçu déjà dans la première moitié du dix-huitième siècle par le célèbre aventurier Bonneval, qui, devenu pacha après avoir été général en France et en Autriche, occupait les loisirs fqrcéç que lui laissait la paix de Belgrade à divers projets qui témoignaient de son imagination emportée, mais aussi de son esprit politique.

Latouche-Tréville , marin étninent , capable de réaliser les plus vastes projets, commandait cette flottille , dont le centre était à Boulogne. La marine française se développait avec une rapidité qui préoccupait vivement la nation anglaise, et nos marins, toujours aussi braves, déployaient et des talents et une habileté de métier qui étonnaient les vainqueurs d'Aboukir. A Algésiras, le contre-amiral Linois avait su si bien choisir sa position et manoeuvrer avec tant de précision et de sang-froid, qu'avec trois vaisseaux il avait tenu tête aux six vaisseaux de l'amiral anglais Saumarez, en avait détruit deux et forcé les autres à la retraite.

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