‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 146 sur 389 · CQXSEIL D'ETAT, SENAT, TRIBUNAT · texte numérisé non relu

CQXSEIL D'ETAT, SENAT, TRIBUNAT

« Jamais les membres du Sénat, du Corps législatif, du TriLunat, dit encore Roederer, ne vinrent le visiter sans remporter le prix de cet hommage en instructions utiles. Ils ont trouvé dans ces visites, au lieu de la morgue si ordinaire à la puissance, cette curiosité que donnent l'amour du bien public et le respect pour l'opinion nationale. Il a non seulement ouvert l'accès à toutes les réflexions qu'on a voulu lui présenter, mais les a

Fig. 117. — Le marùclial licrthiLr. Tableau de Gros, (l'bot. de Braiiu.j

souvent provoquées. Il a discuté les opinions opposées à la sienne, discuté la sienne propre, et ces convereations ont été de véritables Conseils d'État. Il ne pouvait avoir devant lui des hommes publics sans être homme d'État, et tout devient pour lui Conseil d'État. »

Le Conseil d'État était, en effet, aux yeux du Premier Consul, copime dans l'opinion, le principal organe du gouvernement. Napoléon avait

apporté dans sa composition un soin particulier; il y appela les hommes les plus versés dans les diverses branches du gouvernement. On y vit, en service ordinaire ou extraordinaire, pour la législation : Merhn', Portails, Thibaudeau, Eéal, Treilhard, Bigot de Préameneu ; — pour la guerre : Lacuée, Brune, Marmout, Gouvion Saint-Cyr, Mathieu Dumas, plus tard, Andréossy, Gassendi, et l'intendant général de la maison de l'Empereur, Daru ; — pour la marine : Fleurieu, Ganteaume ; — pour l'administration : Rœderer, Régnier, Regnault de Saint- Jean d'Angely ; — pour la science : Chaptal, Fourcroy. « Les princes de la famille de Napoléon qui se trouvaient à Paris assistaient aux séances, dit Pelet ; l'Empereur y admettait aussi les princes étrangers qui venaient le visiter. On y a vu pendant assez longtemps le prince de Bade et le prince de Bavière, aujourd'hui roi, qui semblaient envoyés à l'école du grand homme pour apprendre à régner. » Chaque fois qu'une nouvelle province fut ajoutée à l'Empire, il lui demanda ce qu'elle avait de mieux pour enrichir son Conseil d'Etat. Corvetto, qui fut ministre de Louis XVIII, vint de Gênes. Florence envoya Corsini ; Turin, Saint- Marsan ; la Hollande, Appelius : tous hommes d'un mérite tellement distingué, que, rentrés chez eux après la chute de l'Empire, ils furent nommés ministres par leur souverain, malgré les préventions que leur service en France semblait devoir faire naître contre eux.

Aussi le Conseil d'Etat occupait-il dans l'attention et l'estime publiques une place plus grande que le Tribunat, quoique cette assemblée représentât l'opposition et qu'elle comptât parmi ses membres des hommes comme Joseph Chénier, Andrieux, Daunou, Ginguené, le philosophe Laromiguière, Stanislas de Girardin, le marquis de Chauvelin, l'ancien ambassadeur à Londres en 1792, l'économiste Jean-Baptiste Say et Benjamin Constant. Il était môme plus considéré que le Sénat. Et cependant le Sénat formait une réunion d'hommes d'élite, telle que l'histoire en présente peu de semblables : on y voyait Sieyès, BerthoUet, Laplace, Monge, Tracy, Cabanis, Kellermann, Lacépède, Lagrange, Darcet, François de Neufchâteau, Daubenton, Bougainville, le banquier Perrégaux, Tronchet, le peintre Vien. Il est vrai que le Sénat intervenait peu dans le gouvernement. On a retrouvé dans cette

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