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SITUATIOX DE L'EGLISE EN FRANCE

pliquer à une religion connue, ancienne, longtemps dominante et même exclusivement autorisée, professée par les trois quarts des Français, les principes de tolérance et de liberté que la constitution proclame pour tous les cultes. » Voudrions-nous que l'intolérance philosophique remplaçât ce que nous appelons l'intolérance sacerdotale ? » Il montrait ensuite ce que ce système de persécution avait de dangereux au point de

Flg. 120. — L'Empereur va aa-devant du pape à i'ontainebleaa. (lHui.) (Dessiné par Mounet.)

vue de nos relations internationales : « Nos alliés, nos voisins, sont catholiques ou chrétiens ; chez les peuples modernes, la conformité des idées religieuses est devenue, entre les gouvernements et les individus, un grand moyen de rapprochement et de communication. Si la Iwussole découvrit ^uni^■ers, le christianisme le rendit sociable. Le mépris que nous affectons pour un culte commun à tant de nations pourrait nuire à nos intérêts politiques et à nos relations commerciales; car il n'est rien à quoi les hommes soient plus sensibles qu'au mépris qu'on laisse éclater contre leurs coutumes ou leur religion... Nous compromettons la liberté, ajoutait-il, en ayant l'air de séparer la

France catholique d'avec la France libre. Il n'est plus question de détruire , concluait-il, il est temps de gouverner. »

Mais ce temps où l'on gouvernerait ne devait arriver qu'avec le Premier Consul. Rien de durable encore ne paraissait s'établir, et les décrets du Directoire n'étaient, suivant la comparaison de Portails, c( que des piliers flottant sur une mer orageuse ». Bonaparte se flattait au contraire de jeter au milieu de ces ondes troublées ce des blocs de granit ». Il voulait non seulement laisser se relever le culte catholique, mais réconcilier la France avec le Saint-Siège. Il ne fallait rien moins que toute sa gloire pour arriver à ce but ; car aucun projet n'allait rencontrer plus d'opposition ni inquiéter plus d'intérêts divers.

C'est avec raison que le cardinal Consalvi écrivait à plusieurs reprises à Rome que Bonaparte était le seul dans le gouvernement qui voulût sérieusement cette union du Saint-Siège et de la France. Presque tout l'entourage du Premier Consul était formé d'hommes animés des passions antireligieuses, qui dans les révolutions sont les premières à éclater et les dernières à s'éteindre. Ce que les modérés désiraient, c'était qu'on tolérât une religion quelconque, bonne pour le peuple. Aller plus loin, leur paraissait un retour vers le fanatisme, et Fontanes lui-même songeait seulement alors au protestantisme ou à une sorte d'Église d'État pour la France.

En dehors du gouyernement, c'était en apparence bien pis encore. Tous les partis jetaient les hauts cris, non seulement les jacobins, mais les modérés, les philosophes, et même ceux qui tenaient à l'ancien régime et à l'émigration. Ceux-ci se sentaient directement atteints, car ils perdaient ainsi leur arme principale contre la France' nouvelle. Ils savaient, en effet, que c'était surtout la question rehgieuse qui leur faisait des partisans. Il est triste de constater que ce sentiment était partagé par des prêtres et des évéques , qui sacrifiaient à la passion politique , souvent sans en avoir pleine conscience, les intérêts de la religion. Quant au clergé constitutionnel , il était justement inquiet d'une réconciliation qui semblait devoir se faire à ses dépens. Jamais projet n'avait semblé plus contraire à l'opinion publique. Mais jamais aussi on n'eut à constater plus clairement que ce qu'on appelle « l'opinion publique » n'est pas toujours « l'opinion du peuple », et que les désirs bruyamment exprimés des partis politiques classés et en vue ne sont pas toujours les mêmes que ceux du pays. Bonaparte savait à quoi s'en tenir par les rapports des conseillers d'État qu'il avait envoyés en mission dans les diverses régions de la France.

Ce ne fut pas en France, mais en Italie, au milieu de l'éclat des premiers succès de sa campagne, que le Premier Consul manifesta liau-

î?APOLÉON AUX CURÉS DE MILAN.

tement ses intentions dans une allocution très étudiée qu'il adressa aux curés de Milan et qui était un véritable manifeste.

Il y déclarait « qu'il avait désiré les voir tous rassemblés afin d'avoir la satisfaction de leur faire connaître lui-même ses sentiments au sujet de la religion catholique,

Fig. ISl. — Le iJape Pic VII. Tableau de David, (iluice du Louvre.)

apostolique et romaine, qui seule peut procurer un bonheur véritable à une société bien ordonnée et afTermir les bases d'un bon gouvernement. » Il n'était plus, comme lorsqu'il était venu pour la première fois, l'agent d'un gouvernement qui était décidé à renverser à tout pri.x le catholicisme. Maintenant il était muni de pleins pouvoirs et était résolu à le défendre et à le protéger dans tous les temps et par tous les moyens.

La France, instruite par ses malheurs, avait ouvert enfin les yeux.

Il exprimait ensuite l'espérance que, quand il pourrait s'aboucher avec le nouveau

pape, il aurait le bonheur de lever tous les obstacles qui pourraient s'opposer encore à l'entière réconciliation de la France avec le chef de l'Église.

Dès son retour à Milan , après Marengo, il fit chanter un Te Deum solennel à la cathédrale et y assista en grande cérémonie, « malgré ce que pourraient dire nos athées de Paris ». Déjà il avait recommandé à ses envoyés auprès du Souverain Pontife de « traiter le pape comme s'il avait 200.0000 hommes sous les armes ».

Le pape était alors Pie VII (Barnabé-Louis, Chiaramonti, 1742- 1823). Ce choix semblait providentiel dans les circonstances où l'on se trouvait. Pie VII appartenait à l'ordre de Saint-Benoit. Il avait été professeur de théologie à Rome, évêque de Tivoli (1782), puis cardinal et évêque d'Imola. Lorsque le traité de Tolentino eut rattaché Imola à la République cisalpine, il accepta sans protestation cette situation nouvelle et prononça même, le 25 décembre 1797, dans sa cathédrale, une homélie célèbre où il enseignait que la religion chrétienne n'était incompatible avec aucune forme de gouvernement, surtout avec un gouvernement démocratique.

Après avoir rappelé la grandeur du bienfait de Dieu envers les hommes en leur donnant sur le Sinaï les tables de la Loi, puis en leur envoyant son Fils l'orateur développe quelques-uns des principes de l'Evangile qui recommandent l'amour de la pau\Teté, de la mortification, de la loi. « La forme du gouvernement démocratique adoptée chez nous, dit-il, n'est point en opposition avec les maximes que je viens de vous exposer. Elle ne répugne pas à l'Evangile. Elle exige, au contraire, ces vertus sublimes qui ne s'acquièrent qu'à l'école de Jésus-Christ. Si vous les pratiquez sérieusement, elles seront le gage de votre bonheur, de votre gloire et de la splendeur de notre Eépublique. » Chiaramonti continuait l'éloge du gouvernement républicain en rappelant les plus beaux traits de courage, de vertu et de sagesse des républiques de l'antiquité. « La seule indépendance que donnait aux anciens la forme de gouvernement dont ils jouissaient les avait ornés d'une foule de vertus. Républicains et, de plus, chrétiens, quels modèles de sainteté ne doivent pas être les citoyens d'Imola ! » A l'appui de sa théorie, il citait même un passage de V Emile de Rousseau.

A la mort de Pie VI, prisonnier à Valence (29 août 1799), la politique autrichienne désigna Venise aux cardinaux pour lieu de réunion du conclave. Le cardinal Chiaramonti, ruiné par le passage des diverses armées et par sa grande charité, dut emprunter l'argent de son

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