ELECTION DE PIE VIL — CONSALVI
voyage. Ou hésitait entre le cardinal Bellisomi, parent du dernier pape, et le savant cardinal Gerdil, lorsque le jeune secrétaire du conclave, l'actif et intelligent cardinal Consalvi, intervint.
Fig. 122. — Le canlinal ConsalTl recevant du pape Pie VII la balle de ratiScation du Concordat.
D'après Wicar.
Consalvi montra le peu de fonds qu'il y avait à faire sur l'Autriche et les diverses cours chrétiennes : l'Autriche, victorieuse, n'avait jamais parlé de rendre au Saint-Siège les provinces qui lui avaient été enlevées au traité de Tolentino. La cour de Xaples, maîtresse de Rome, ne s'empressait pas de la restituer. D'autre part, la domination persistante des Braschi (famille du dernier pape) était pour l'Église un autre danger. Puis, s'adressant au vieil intérêt romain, si profond, si sagace, il décou\Tit à leurs yeu.x surpris une perspective tout à fait nouvelle pour eux. « C'est de la France, leur dit-il, que nous sont venues les pereécutions depuis dix années. Eh bien, c'est de la France que nous viendront peut-être à l'avenir les secours et les consolations. La France, depuis Charlemagne, fut toujours pour l'Église le plus utile, le moins gênant
des protecteurs. Un jeune homme bien extraordinaire, bien difficile à juger encore, y domine aujourd'lmi. Il aura prochainement, n'en doutez pas, reconquis l'Italie (la bataille de Marengo n'était pas encore livrée). Souvenez-vous qu'il a protégé les prêtres en 1797, et qu'il a tout récemment rendu les honneurs funèbres à Pie VI. Des paroles singulièi-es qu'on lui a entendu dire sur la religion, sur la cour de Rome, nous ont été répétées par des témoins dignes de foi. Xe négligeons pas les ressources qui s'offriraient de ce côté. Arrêtons-nous à un choix qui ne peut pas être considéré comme une hostilité pour la France, qui puisse même lui convenir jusqu'à un certain point ; et nous ferons peut-être une chose plus utile pour l'Église, qu'en demandant des candidats à toutes les cours catholiques de l'Europe. » (Thiers.)
Le cardinal Chiaramonti, dont Cousalvi présenta la candidature, fut élu au moment où Bonaparte arrivait à Milan par le Saint-Bernard. On se figure aisément avec quelle joie le nouveau pape accueillit les ouvertures que lui apportait le cardinal Martiniano, évêque de Verceil, au nom du Premier Consul. Pourtant, les négoci ations dirigées par Consalvi pour la cour romaine, l'abbé Bernier, curé de Saint-Lô, les conseillers d'Etat Crétet et Portalis, pour le gouvernement français, turent longues et épineuses. Bonaparte, toujours impatient d'arriver à son but, fatigué des lenteurs du gouvernement papal, qui rendaient chaque jour sa situation plus difficile , n'agit pas toujours avec sincérité. Il essaya même de surprendre le consentement des négociateurs en substituant, au moment de la signature, un autre texte à celui qui avait été convenu. Plus tard, lorsque le serment du cardinal Caprara fut publié au Moniteur, le cardinal s'aperçut avec surprise que le texte imprimé n'était pas conforme à la formule qu'il avait consenti à prononcer. Le cardinal protesta, mais en vain. Le gouvernement voulait ménager les gallicans. D'un côté, la cour de Rome ne se rendait pas bien compte des difficultés de toute sorte au milieu desquelles Bonaparte poursuivait ses négociations ; d'autre part, le Premier Consul était porté à prendre pour une preuve de mauvaise volonté ou pour les calculs d'une ambition patiente , ce qui n'était chez Pie VII que la fermeté d'une âme vraiment sacerdotale.
« Chose singulière, dit M. d'Haussonville, tandis que l'abbé Bernier et PortaUs, l'un prêtre, l'autre profondément attaché à la foi catholique, n'osaient prendre contre un maître impatient la défense du Saint-Siège, c'était l'ancien agent du Directoire,
NAPOLEON ET CAPRAEA.
M. Cacaulfc, qui le justifiait : « Je dois à la justice et à la vérité, écrivait-il à Portails, de vous certifier que le Saint- Père et le secrétaire d'État agissent de la meilleure foi et avec le plus sincère désir de contenter le Premier Consul. Ils ont le même intérêt que nous à l'accomplissement de la pacification et de la réconciliation. Le pape a déclaré constamment au Sacré Collège qu'il était résolu d'accorder au gouvernement français tout ce qu'il demanderait, pourvu que la demande ne blessât ni les principes ni le dogme; mais le Saint-Père a été nourri et élevé dans un
tvj. ll'3. — teignature du Concordat iwr le l^remier Consul. D'aprcs Wicar.
cloître et s'est uniquement appliqué toute sa vie à l'étude de la théologie, en ecclésiastique dont la foi est sincère et la vie toute chrétienne. Il descendrait du trône pontifical pour aller au martyre, plutôt que de ratifier une doctrine eiTonée aux yeux de l'Église. »
Les négociations, commencées en mars 1801, ne furent terminées que le 15 juillet, jour de la signature du Concordat. Le cardinal Caprara fut envoyé à Paris pour apporter les ratifications du Sacré Collège et rétablir solennellement en France le culte catholique.
« Lorsque Caprara arriva à Paris, il y avait encore des difficultés au sujet de la nomination des évêques constitutionnels aux nouveaux sièges. Le Premier
NATOLÉOS I". A.
Consul, devant toutes ces longueurs, en était venu à croire que, sauf le Saint-Père, les gens de Rome, tant présents qu'absents, s'entendaient pour le jouer. Il parla en ce sens, avec la plus grande vivacité, au cardinal légat : « On avait voulu l'amuser; « c'était un piège que cette lenteur à l'expédition de la bulle. » — « Il continua à « parler ainsi comme un torrent, dit Caprara. Son parti était irrévocablement pris « de nommer quinze évêques constitutionnels. Il se donna carrière touchant l'institu- (c tion canonique. » Mais en parlant, Xapoléon subissait l'influence du sujet même qu'il traitait, a Au fur et à mesure qu'il traitait ces graves matières, nous raconte le <c cardinal Caprara, son ton allait se modifiant graduellement, et ce même homme, qui «. d'abord avait parlé en militaire (ce sont les propres expressions du cardinal), « termina cet entretien en s'exprimant sur ce sujet étranger à ses habitudes comme « eût fait un canoniste de premier ordre. » Le cardinal en fut abasourdi. »
(D'Haussonville.)
Les difficultés furent aplanies ou tournées, et le traité définitif fut signé entre les deux pouvoirs, civil et ecclésiastique, le 15 juillet 1801.
Le gouvernement se chargeait des frais du culte et s'engageait à ce que les citoyens français pussent, s'ils le voulaient, faire des fondations en faveur des églises. Si l'Eglise de France était moins riche que sous l'ancien régime, sa richesse était mieux distribuée, et la situation du clergé inférieur dans son ensemble était bien meilleure qu'elle ne l'était avant 1789. Le Concordat reconnaissait au pouvoir civil le droit de nommer les évêques en conservant au pape l'institution canonique. Le clergé inférieur restait complètement entre les mains de l'autorité épiscopale, qui nommait aux cures les ecclésiastiques agréés par le gouvernement. Les fêtes d'obligation sont réduites à quatre. Le Savetier de La Fontaine aurait approuvé sans réserve le Concordat sur ce point :
le mal est que toujours
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes),
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer. On nous ruine en fêtes.
L'une fait tort à l'autre, et monsieur le curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône.
Les ventes des biens ecclésiastiques faites par la Révolution étaient irrévocablement reconnues.
Ainsi donc, l'Eglise catholique était rétablie en France dans son dogme, sa hiérarchie, et son culte.