LA COUR
qui eut pour mission, sans y réussir toujours, « d'apprendre à la nouvelle cour les manières de l'ancienne ». D'ailleurs plusieurs familles de la noblesse, et des plus élevées, se rallièrent au nouveau gouvernement, les La Rochefoucauld, les Montmorency, les Noailles, le3 Choiseul, les Luynes (1) et les Chevreuse. Si l'on trouvait de pareils noms autour de Napoléon, on comprend que ceux qui avaient de bien profondes attaches au passé n'eussent pas plus de scrupules. Le patriotisme et le bon sens suffisaient à expliquer la plupart de ces conversions. Mais il faut avouer aussi que cenx qui ont vécu de la vie des cours ne peuvent que bien difficilement y renoncer, et qu'ils y reviennent dès que l'occasion s'en présente. Hume fait cette remarque à
(18 mai 1804). Peint par Rouget. Musée de Versailles.
propos de Cromwell, et on pourrait la faire aussi à propos de la Restauration de 1814, pour les plébéiens qu'avait anoblis Napoléon. Peu après le retour de Louis XVIII, Berthier, se trouvant dans le salon du roi avec le prince de Léon, lui parla de leur dévouement mutuel pour la famille royale. « Sans doute, répondit le prince de Léon. Il y a cependant une grande différence entre nous : vous êtes attaché, comme les chats, à la maison, et moi, comme les chiens, à la personne du maître. » Ces faiblesses sont trop naturelles à l'homme pour qu'on puisse se montrer bien sévère à leur égard. Napoléon eut donc une cour nombreuse et magnifique. Une cour moins brillante, « qui se fût ressentie davantage des changements que les révolutions avaient apportées dans les idées, eût moins satisfait la vanité peut-être, mais eiît obtenu, comme le dit M'"" de Rémusat, plus de véritable considération. »
(1) On avait insinué, dit-on, au duc de Luynes, qu'on pourrait bien reviser le procùs du m.iréchal d'Ancre.
Cependant, quoique le palais des Tuileries fût déjà rempli d'intrigues, de querelles puériles, de déceptions cruelles pour les bagatelles de l'étiquette, môme entre les membres de la famille Bonaparte, l'attention de la nation était trop occupée des grandes choses que faisait ou préparait le gouvernement pour y prendre sérieusement garde en dehors des salons de Paris, et les merveilles d'Ulm, d'Austerlitz allaient fonder l'Empire et consacrer ses aigles (1).
La proclamation de l'Empire n'avait fait qu'exciter encore la haine sauvage que l'aristocratie anglaise portait à la France de 1789. « Ainsi, disait-elle, la France avait osé mettre dans la personne de Bonaparte le jacobinisme sur le trône. C'était une insulte à toutes les royautés, et l'Angleterre se devait à elle-même de faire à l'usurpateur une guerre inexorable. ))
C'est vainement que Napoléon écrivit une seconde fois au roi d'Angleterre pour lui demander « de mettre fin à une guerre sans utilité et sans but, où. les deux nations usent leur prospérité ». On lui répondit ce que la paix ne pouvait être atteinte que par des arrangements qui pussent prévenir le renouvellement des dangers et des malheurs dans lesquels l'Europe s'est trouvée enveloppée. » (2 janvier 1805.) Fox se plaignait dans le Parlement de voir son pays engagé dans la lutte par un orgueil mal entendu et une avidité de domination que l'Angleterre devrait au moins dissimuler. » Il ne fut pas plus écouté que l'ennemi. La guerre était donc inévitable. Avant de la commencer. Napoléon changea la constitution de la Hollande, afin d'être plus sûr de ce pays : il confia le pouvoir exécutif à un grand pensionnaire à vie et réduisit le Corps législatif à une vingtaine de membres (mai 1805). Gênes fut réunie à la France et forma trois départements (juin 1805). Une Consulte extraordinaire érigea la République cisalpine en royaume d'Italie en faveur de Napoléon. Il alla se faire cou-
(1) la question de savoir quel emblème remplacerait le coq républicainfut agitée au Conseil d'État. Un membre proposa l'éléphant ; un autre, un lion accroupi avec cette devise -.Inoffensus quiescit. Napoléon préféra Taigle proposé par le directeur du musée. L'aigle était déjà consacré dans l'imagination des hommes comme l'emblème de la puissance impériale (v. Pelet, p. 91). La distribution des aigles impériales eut lieu au Champ de Mars, le lendemain du sacre, 3 décembre. Les troupes , en les recevant, prêtèrent serment à l'Empereur.
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