CAPITULATION D'ULM
TRAFALGAE.
Il n'y avait pas deux mois que la campagne était commencée, il n'y en avait pas un que le Rhin avait été franchi.
Deux nouvelles funestes vinrent troubler la joie de Napoléon. La première était celle d'une grande défaite navale, essuyée par l'amiral Villeneuve à Trafalgar, le jour même de la capitulation d'Ulm (1804). La seconde était une sorte de déclaration de guerre de la Prusse.
Fig. 150. — Prise d'XJlm par Napoléon (le 18 octobre 1805). Dessiné par Swebach, graTt- par Louibi; fils.
Après avoir quitté le Ferrol pour s'enfermer dans la rade de Cadix, la flotte franco-espagnole, occupée à s'y réorganiser, fut bientôt bloquée par Nelson.
Ainsi la bataille devant laquelle Villeneuve avait fui s'annonçait pour une date prochaine. En effet, trente-trois vaisseaux ne pouvaient rester impuissants et inutiles dans nn port où ils étaient enfermés ; il fallait forcer le passage. C'était une question d'honneur. Villeneuve, qui était brave, le pensait comme tous ses officiers. Aussi, malgré ses appréhensions et son découragement, il fi.xa, d'accord avec l'amiral espagnol Gravina, la tentative de sortie au 21 octobre 1805. Cette tentative, qui échoua complètement et se changea en désastre , a reçu le nom de bataille de Trafalgar, qui lui a été donné du cap voisin devant lequel la flotte alliée était postée.
Des deux côtés, on se battit avec un égal acharnement. Mais Villeneuve n'était pas de force à lutter contre Nelson. Le grand marin anglais, voulant prouver comment il comprenait pour lui-même son célèbre ordre du jour : « L' Angleterre compte que chacun fera son devoir », avait dirigé en personne les opérations, debout sur le gaillard d'arrière de son vaisseau amiral, le Victory. C'est là qu'il fut mortellement atteint par une balle partie des hunes du Redoutable ; sa dernière recommandation fut adressée à l'amiral Collingwood : il lui fit observer qu'une tempête prochaine s'annonçait et qu'il était prudent de mouiller. Quelques instants après il expirait : il était quatre heures trente minutes. Or, à quatre heures trente minutes, — et la stricte exactitude de ce rapprochement résulte de la comparaison des documents officiels déposés dans les archives maritimes françaises et anglaises, — l'amiral Gravina envoyait à l'armée le signal du ralliement et de la retraite (1).
Le principal lieutenant de Villeneuve, le contre-amiral Magon, était mort sur l'AJgésiras. Son chef, moins heureux, était prisonnier; conduit en Angleterre, puis relâché pour aller se justifier en France, il débarqua à Morlaix, et, désespérant de recouvrer les bonnes grâces de l'Empereur, se tua à Rennes, dans l'auberge où il était descendu (22 avril 1806). Villeneuve avait de l'esprit, de la bravoure personnelle , la connaissance pratique de son état ; mais il n'avait pas la portée d'intelligence nécessaire pour exercer avec succès un commandement supérieur, surtout lorsqu'il y a de grandes décisions à prendre et de grandes choses à faire. Il manquait surtout de fermeté dans le caractère. Il ne comprit pas ce que Napoléon attendait de lui et qu'il y a des circonstances où agir c'est déjà vaincre.
Pour ne pas décourager ses troupes, Napoléon empêcha de répandre le bruit de ce désastre. Il marcha au contraire sur Vienne avec plus de , précipitation, afin de faire oublier au plus tôt ce revers par de nouveaux succès. Il fallait d'ailleurs se hâter d'écraser les Russes et les Autrichiens avant que la Prusse ne se réunit à la coalition, ce qu'elle semblait alors prête à faire. Les griefs de la cour de Berlin étaient insignifiants. Deux corps français, ceux de Bernadotte et de Marmont, allant de Hanovre et de Hollande à Wurtzbourg, avaient passé sur le territoire neutre d'Anspach, qui appartenait à la Prusse. Aussitôt elle avait protesté. En vain Napoléon avait-il cherché à lui démontrer que dans la dernière campagne ce territoire avait été traversé et parcouru en tous sens parles armées belHgérantes, et qu'elle n'avait jamais songé jusque-là à élever des réclamations à cet égard, la noblesse prussienne, guidée par la reine Louise, avait entraîné Frédéric-Guillaume à mobihser
(I) E. Forgnes, Vie de Nehon.