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MARCHE DES FRANÇAIS A TRAVERS L'ALLEMAGNE

Armée. Il crut que les Français avaient l'intention de déboucher sur le Danube par le liaut Neckar. Aussitôt il fit face aux Alpes de Souabe, sa gauche à Ulm, son centre à Gunzbourg, sa droite à Rain. C'était déjà une très grande faute que de laisser de si grands intervalles entre les diverses parties de son armée. Le plan de Napoléon n'était cependant pas de couper immédiatement en trois tronçons l'armée de Mack, car l'un d'eux au moins irait alors rejoindre Kutusof à

Pig. 148. — Napoléon rend hommage au courage malheureux. Tableau de Debret. Kuflée de Versailles.

Lintz. Il voulut d'abord isoler complètement l'armée de Mack de l'armée russe en débouchant au delà de sa droite. Bernadotte, Marmont et Davout reçurent l'ordre de se porter à Ingolstadt et Neubourg; puis, pour séparer du centre cette droite déjà tournée, il fit marcher Soult, Launes et Murât sur Donauwerth, qui se trouve précisément entre Gunzbourg et Rain, les deux postes occupés par le centre et la droite autrichienne. Ney, qui était seul en présence de l'ennemi, masquait les mouvements de tous ces corps en marchant lentement de Stuttgard par Heidenheim sur Alberck, où il prit position en face d'Ulm, sur la rive gauche du Danube, pendant que les autres corps d'armée auxquels il servait de pivot franchissaient le fleuve et occupaient Munich et Augsbourg.

Kienmayer, qui commandait la droite autrichiemïe, se voyant isolé de Mack, perdit la tête et s'enfuit vers Munich. Lannes et Murât rencontrèrent à Wertingen un corps envoyé par le général en chef pour relier la droite au centre et l'écrasèrent (8 octobre 1805). Mack, épouvanté de se voir ainsi coupé, prit de nouvelles positions et fit face à Vienne, le dos au Rhin, la gauche à Ulm, le centre sur riller, la droite à Memmingen. Les Français, au contraire, faisaient face au Rhin et tournaient le dos à Vienne.

Bernadotte et Davout furent détachés pour suivre Kienmayer et arrêter les Russes, arrivés à Linz. Soult reçut la mission de déborder la droite ennemie et de chasser du Vorarlberg Jellachich, qui venait de quitter Mack avec 10.000 hommes, et du Tyrol l'archiduc Jean. Avec le reste de l'armée Napoléon resserra Ulm du côté de la rive droite du Danube. Ney, avec 40.000 hommes, faisait l'investissement par la rive gauche et forçait peu à peu les divisions de Mack à se replier sur'^a ville. Ney, obligé de s'emparer de Gunzbourg afin de pouvoir communiquer par le pont de cette ville avec Napoléon, n'avait laissé à Haslach que la division Dupont avec 6.000 hommes. Tout à coup cette petite troupe se trouve en présence d'un corps d'armée de 25.000 Autrichiens. C'était l'archiduc Ferdinand, qui cherchait à échapper au blocus dont Ulm était menacé. Dupont, que l'histoire connaît surtout par la déplorable capitulation de Baylen, se montra alors ce qu'il avait été à Pozzolo, ce qu'il devait être à Dirnstein quelques semaines plus tard, et dans plus d'une circonstance des campagnes de 1806 et 1807, un général éminent. Saisi d'une inspiration qui, dit un bon juge, « honorerait les plus grands capitaines », il pensa que s'il reculait, il allait déceler sa faiblesse et être bientôt enveloppé par les 10.000 chevaux lancés à sa poursuite. » Au contraire, s'il faisait acte d'audace, il persuaderait aux Autrichiens qu'il était l'avant-garde de l'armée française de la rive gauche du Danube, les rendrait plus circonspects et pourrait se tirer du mauvais pas oà il était engagé. Sûr de ses soldats, il accepta, il provoqua môme la bataille. Après cinq heures d'une lutte acharnée, Dupont, resté maître de toutes ses positions, profitait de la nuit pour se retirer sur Alberck. Il y marche

WERTINGEK. — HASLACH. — ELCHINGEX. — MICHELSBERG. 429

précédé de 4.000 prisonniers, presque autant qu'il lui restait de soldats. Ce combat vraiment extraordinaire assura le succès complet du plan de Napoléon. Les Autrichiens ne possédaient plus sur la rive gauche que les hauteurs d'Elchingen et le Michelsberg, c'était leur dernière ligne de retraite.

Napoléon donna l'ordre au maréchal Ney d'occuper les hauteurs d'Elchingen, défendues par 15.000 hommes et 40 canons.

Fig. 149. — Le mATëchal Key force le pont d'Elchingen et enlève la position de l'Abbaye. D'aprèâ l'on des bas-reliefs de la colonne de la place Vendôme.

Mécontent de ce que, les jours précédents, quelques-uns de ses ordres avaient été interprétés sans intelligence ou exécutés avec mollesse, il voulut tout voir par lui-même. Dès que le pont du Danube eut été enlevé, il s'y fraya un chemin à travers les renforts qui arrivaient de tous côtés, à travers les morts et les blessés. Les blessés interrompirent leurs plaintes pour l'acclamer. Napoléon s'arrêta. A côté de lui se trouvait un artilleur qui avait la cuisse emportée par un boulet. Il s'approcha, détacha la croix d'honneur qu'il portait, la lui donna en lui disant : « Prends-la, elle t'appartient ainsi que l'hôtel des Invalides, et console-toi, tu pourras y vivre heureux encore. — Non, non, répondit le soldat, la saignée est trop forte ; mais c'est égal, vive l'Empereur ! »

Plus loin, il reconnut un ancien grenadier de l'armée d'Egypte. Il était couché sur le dos, le visage exposé à la pluie qui tombait à flots. Dans son exaltation guerrière, il continuait à crier à ses camarades : « En avant ! s Napoléon se dépouilla de son manteau, le jeta en passant sur lui et lui dit : « Tâche de me le rapporter, et en échange je te donnerai la décoration et la pension que tu mérites. » Au plus fort du combat, il se plaça, pour mieux voir, sur un tertre, mais si près de l'ennemi que les officiers mêmes de

son entourage durent se mettre en tirailleurs et faire le coup de pistolet contre les di-agons autrichiens pour les écarter de sa personne. Ce fut seulement à la tombée de la nuit, lorsque tout fut assuré, qu'il repassa sur la rive di'oite, dans le petit village d'Oberfalheim, et se logea chez un curé, où le général Thiard lui fit son lit, un aide de camp une omelette, et où il ne put même changer ses vêtements trempés de pluie. Parmi ceux qui se distinguèrent particulièrement à Elchingen, le colonel Auguste Colbert, commandant la cavalerie légère du 6" corps d'armée, signale dans son rapport au maréchal Ney « le jeune Louvat, seul descendant du chevalier Bayard, le modèle des preux ». N'est-ce pas un beau spectacle que de voir, dans les armées de la France nouvelle, le représentant de la famille du grand ministre de Louis XIV recommander au fils du tonnelier de Sarrelouis le descendant du héros de Marignan et de Mézières ?

Le lendemain, 15 octobre, à 3 heures du matin, il dictait ses ordres pour la journée. C'était là son heure habituelle, car à ce moment les rapports de la veille lui étaient en général tous parvenus. Il régla l'ordre d'attaque du Michelsberg, qui fut enlevé avec la même intrépidité qu'Elchingen par Ney et Lannes. Comme à Elchingen, Napoléon, afin de mieux voir l'action, s'était trop avancé. Lannes, lui ayant fait des représentations qui ne furent pas écoutées, saisit brusquement les rênes de son cheval pour l'éloigner d'un feu trop meurtrier.

Par la prise du Michelsberg, Mack fut définitivement séparé de Ferdinand, qui s'était lancé sur la route de Bohême, poursuivi par le corps de Murât (15 octobre 1805). L'armée enfermée dans Ulm ne pouvait y tenir longtemps. Mack, averti que les Russes n'étaient encore qu'à Linz, que les Français avaient pris Munich, se décida à capituler, et comme il ne pouvait se croire aussi isolé qu'il l'était, il stipula qu'il livrerait la ville sous huit jours s'il n'avait pas reçu de secours. Il en attendait non seulement des Russes, mais de Kienmayer, de .l'archiduc Jean et de Jellachich, qu'il croyait réunis. Il se faisait de singulières illusions, car tout ce qui avait échappé au désastre d'Ulm, moins l'archiduc Ferdinand et 2.000 cavaliers, était obHgé de capituler, à Trochtelfingen (19 octobre). Sept mille Français avaient fait quarante-cinq lieues en cinq jours, pris ou tué 22.000 hommes, enlevé 130 canons et tous les bagages. Napoléon fit connaître ce résultat à Mack, qui, perdant tout espoir d'être secouru, capitula le 20 octobre, nous Hvrant 33.000 hommes, 40 drapeaux et 60 canons.

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