MORTIER
repoussèrent. A Steyer, dont le ])ont avait été brûlé, les carabiniers de Davout passèrent l'Ens un à un sur une poutre et sous une grêle de balles et de mitraille. A Amstetten, c'était la première fois de la campagne que les Français se trouvaient en présence des Russes. L'acharnement de ces nouveaux ennemis étonna nos soldats. Blessés, désarmés, renversés à terre, ils se défendaient, ils attaquaient môme
Fig. ISS. — Combat do Steyer (5 novembre 1806).
encore. Cependant, ainsi vivement pressé et voyant que l'armée d'Italie ne pourrait le rejoindre, Kutusof renonça h défendre Vienne et passa le Danube sur le pont de Mautern, qu'il fit sauter derrière lui. Il espérait rejoindre sans encombre l'archiduc Ferdinand et la seconde armée russe en Moravie, mais il fut bien surj^ris de rencontrer à Diernstein Mortier avec le huitième corps, chargé de surveiller la "Bohême, et, s'il était possible, de couper aux Russes la route de Moravie.
Mortier fut presque aussi étonné que Kutusof de rencontrer l'ennemi. Il s'attendait à lui voir passer le Danube au pont de Vienne seulement. Sa surprise se changea bientôt en inquiétudes. Car il s'était avancé trop précipitament avec la moitié seulement de son corps, l'autre moitié, avec Dupont, étant restée à une journée de marche en arrière. « Il poussa néanmoins vivement l'ennemi jusqu'à Steiu. Ce-
pendant, reconnaissant bientôt qu'il avait affaire à toute une armée, il se replia sur Diemstein. Mais il trouva ce point occupé par un second corps d'armée de 15.000 Russes qui l'avaient tourné. On recommence dans l'obscurité le combat livré le matin. Les 5.000 héros qui accompagnaient Mortier étaient entourés de toutes parts par des masses énormes. Il ne vint à personne l'idée de capituler. Quelques officiers conseillèrent à Mortier de s'embarquer seul et de traverser le fleuve afin de ne pas laisser à l'ennemi un aussi beau trophée qu'un maréchal de France : « Non, répond-il, on ne se sépare pas d'aussi braves gens ; on se sauve ou on périt avec eux. » Il était là, l'épée à la main, combattant à la tête de ses gi-enadiers, que sa haute taille dépassait encore. Nous n'avions conservé que deux canons. Mortier en oppose un vers Krems à Kutusow ; l'autre, que dirige le Suisse Fabvier, devenu plus tard célèbre dans la guerre de l'indépendance grecque, il le fait tourner vers Diemstein, le place en tête de la colonne, et, tous les tambours étant brisés, c'est sur des bidons de fer qu'il fait battre la charge. Cependant les munitions s'épuisent, les baïonnettes, à force de frapper, ploient et s'émoussent. Tout à coup, on entend un feu violent sur les derrières de Diemstein. C'était l'infatigable Dupont qui, apprenant la position de Mortier, avait doublé son étape pour le rejoindre et le sauver. Les Russes, pris à leur tour entre les deux divisions, reprennent leur marche sur Hollabrunn.
Murât avait précipité sa marche en avant sur Vienne, sans s'étonner assez du peu de résistance qu'il rencontrait devant lui et sans s'inquiéter d'entretenir ses communications avec les troupes de la rive gauche. Napoléon lui écrivit de Mœlk une lettre sévère :
« Mon cousin, lui disait-il, je ne puis approuver votre manière de marcher ; vous allez comme un étourdi, et vous ne pesez pas les ordres que je vous fais donner. Les Russes, au lieu de couvrir Vienne, ont repassé le Danube à Krems. Cette circonstance extraordinaire aurait dû vous faire comprendre que vous ne pouviez agir sans de nouvelles instructions. Sans savoir quels projets peut avoir l'ennemi, ni connaître quelles étaient mes volontés dans ce nouvel ordre de choses, vous allez enfourner mon armée dans Vienne, Vous n'avez consulté que la gloriole d'entrer à Vienne. Il n'y a de gloire que là où il y a du danger, et il n'y en a pas à entrer dans une capitale sans défense. »
L'empereur François avait quitté Vienne dès qu'il l'avait vue menacée. Il s'était retiré en Moravie, où le czar venait d'arriver avec la seconde armée russe. Les deux souverains se réunirent tandis que l'avant-garde des Français, sous le commandement de Lannes et de Murât, entrait dans la capitale de l'Autriclie. Mais le Danube nous séparait de l'armée ennemie. Le passage de ce grand fleuve pouvait nous arrêter longtemps. Il fut surpris par une ruse peu loyale, qu'excuse presque la hardiesse incroyable de ceux qui l'exécutèrent.
A peine maîtres de Vienne, Lannes et Murât cherchèrent à passer sur l'autre rive du Danube. Ce fleuve forme à Vienne plusieurs petites îles. Les Autrichiens nous avaient