ITALIE ET TYROL
Jellachicli, qui s'était échappé d'Ulm dans la pensée de renforcer le corps d'armée du Tyrol, se trouva isolé. Augereau et le septième corps, qui étaient partis de Brest, arrivèrent juste à temps dans le Tyrol pour prendre Feldkirch, atteindre Jellachicli à Fussen et obliger une moitié de ses troupes à mettre bas les armes. Le prince de Rohan, avec l'autre moitié, descendit vers le sud, cherchant à joindre l'archiduc
Fig. IM. — Napoléon reçoit lea clets de la ville de Vienne. Tableau de Qiiodet. Uoaée de Versailles.
Jean, mais il rencontra à Castelfranco l'armée de Saint-Cyr en marche sur Naples. Il fut contraint de capituler (25 novembre 1805). L'archiduc Jean eut bien de la peine à rejoindre, à Cilly, l'armée d'Italie. Les deux corps marchèrent alors sur Vienne, mais Marmont les battit dans le voisinage de Gratz. Davout s'emparait en même temps de Presbourg et s'avançait jusqu'à Nikolsbourg, afin de leur couper la route de Moravie. Par ses positions l'armée française isolait donc les uns des autres les principaux corps des armées austro-russes, et les empêchait de rejoindre en Moravie les troupes que commandaient
en personne les empereurs alliés. Ceux-ci avaient adopté un plan de campagne, œuvre du général Weirother, qui consistait à couper les Français du Danube et à rejoindre l'arcliiduc sur le Raab. Leur confiance était encore augmentée par les négociations avec la Prusse. On comptait que 60.000 Prussiens venant par la Bohême couperaient à Napoléon la route de France.
Le comte d'Haugwitz, qui dirigeait les affaires étrangères de la Prusse depuis 1794 et l'avait toujours maintenue dans une politique de neutralité habile, plutôt favorable à l'alliance française, avait été remplacé, en 1804, par son disciple Hardenberg, qui, par une singulière illusion, crut suivre le même système en penchant avec passion tantôt d'un côté tantôt de l'autre, sans comprendre que la mobilité dans les alliances n'est pas plus la neutralité que des emportements en sens divers ne sont la modération. Il accueillit d'abord avec empressement les offres qui lui furent faites, en août 1805, par Duroc, en septembre par Laforest, relativement à la cession du Hanovre à la Prusse, cession par laquelle Napoléon voulait brouiller la Prusse avec l'Angleterre et l'empêcher ainsi de se réunir à la coalition. Lorsqu'il apprit la violation du territoire d'Anspach par les Français, trop Français d'abord, Hardenberg devint trop Russe. Haugwitz ne put empêcher le traité de Potsdam, mais il obtint du moins d'être chargé de porter à Napoléon l'ultimatum de la Prusse.
Ainsi encouragés par l'attitude de la Prusse, les alliés se mirentaussitôt à exécuter le plan par lequel ils pensaient fermer à Napoléon la route de France. Ils étaient campés à Olmutz avec 90.000 hommes. Les Français, qui n'étaient que 65.000, car Mortier était resté à Vienne et quelques autres régiments sur le Danube pour protéger au besoin la retraite, les Français avaient leurs avant-postes à Wischau, leur quartier général à Brunn. L'ennemi, opérant son mouvement pour couper les Français de la Morawa, chasse d'abord nos avant-postes de Wischau, puis file au sud, sur Austerlitz, au lieu d'avancer vers Brunn. Son plan est donc démasqué. Napoléon, voulant l'attirer sur le champ de bataille qu'il a choisi, paraît à dessein montrer de la crainte. Il envoie Savary faire des propositions de paix. Le czar envoie à Napoléon son aide de camp Dolgorouki avec un ultimatum portant comme suscription : « Au chef de la nation française. » Ce titre dispensait les alliés de reconnaître Napoléon pour empereur et ils se faisaient presque autant d'honneur de cette trouvaille que d'une victoire.