‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 200 sur 389 · DESASTRE DES PRUSSIENS · texte numérisé non relu

DESASTRE DES PRUSSIENS

portrait qui donne également l'idée de ce qu'étaient ses deux collègues aussi braves, et aussi célèbres que lui : « Le général Friant se distinguait par son bon naturel, son excellent cœur, ses sentiments généreux, l'humanité qui le dominait. Il aimait ses soldats, les soignait comme ses propres enfants, vivant de leur vie, se mêlant avec eux, tout en conservant sa dignité ; il en était chéri et estimé au point que pas un d'eux n'eût balancé à sacrifier sa vie pour celui qu'ils appelaient « notre bon, notre brave père ». Tombant mortellement blessé près de lui àla Moskowa, un voltigeur lui disait : « Mon général , voilà quatorze ans que je suis sous vos ordres : votre main et je meurs content. » Il avait un talent particulier pour s'attirer l'affection, même des troupes étrangères qui servaient sous lui. Il était d'une grande taille, portant la tête haute, surtout devant l'ennemi ; d'une tenue irréprochable, doué d'un esprit fin et juste, d'un courage et d'une bravoure incontestables et incontestés, il aurait figuré dans le nombre de ces nobles et vaillants chevaliers, cités dans l'histoire et dans les poèmes épiques, qui ne comptaient leurs ennemis que quand ils avaient mordu la poussière. »

Flg. 175. — Le oomte Charles-Étionnc GuJIn. D'après nn dessin de M"" Le Suire.

Cependant l'armée royale se retirait sur la route de Weimar lorsqu'en chemin elle rencontra les fuyards d'Iéna. Le désordre s'augmente et la poursuite de Murât change la déroute en désastre. D'ailleurs les troupes prussiennes manquaient de chefs et de point de ralliement. La cour de Berlin avait considéré un échec comme impossible et n'avait pris aucune précaution pour en prévenir les conséquences. Dans ces deux batailles, les Prussiens perdirent 70.000 hommes, dont 40.000 prisonniers. Les Français n'en avaient pas perdu plus de 12.000 dont le tiers au moins appartenait à la division Gudin, qui avait résisté à toutes les forces du duc de Brunswick en attendant les deux autres divisions du corps de Davout.Le lendemain de la bataille, Mollendorf mourant capitulait encore dans Erfurt avec 15.000 hommes. Hohenlohe s'enfuyait jusqu'à Sondershausen et le roi de Prusse jusqu'à Stettin. La rapidité prodigieuse de ces succès, que Napoléon lui-même ne pouvait pas prévoir, ne l'éblouit cependant point. 11 marcha immédiatement sur

l'Elbe ; mais, avant de pénétrer au cœur de cette monarchie dont il venait cependant de briser toutes les forces, il prit toutes ses précautions pour assurer sa retraite dans le cas où une défaite, si impossible qu'elle fût, l'obligerait à se replier sur le Rhin.

Murât, Ney et Soult furent chargés de poursuivre Hohenlohe, qui avait l'ordre de rallier à Magdebourg tous les débris de l'armée prus-

Fig. 176. — Entrée de S. M. l'Empereur à Berlin (28 octobre 1806). D'après un croquis lavé de De'oret.

sienne. Le prince de Wurtemberg, qui arrivait de Berlin avec un renfort de 18.000 hommes, avait occupé une forte position près de la ville de Halle en apprenant la défaite d'Iéna. Le général Dupont, sans attendre Bernadotte dont il formait l'avant-garde, enleva les ponts et les hauteurs occupés par les Prussiens et les força à se jeter dans Magdebourg. Hohenlohe y était arrivé, pressé par Murât, Ney et Soult. Sachant que la route de Berlin était déjà fermée par la marche rapide de Napoléon sur cette capitale, il sortit de Magdebourg avec 22.000 hommes. Son plan était de gagner Stettin par Prentzlow. Mais Murât franchit l'Elbe et courut sur Zehdenick pour lui barrer le chemin. Hohenlohe chercha à gagner Prentzlow par Boitzenbourg ; ce

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