CAPITULATION DE IIOHENLOHE ET DE BLUCHER
fat inutile. Attaqué par Lannes et Murât à Templin, il se vit contraint de capituler avec 15.000 hommes et 60 canons (28 octobre). Un de ses lieutenants, Blucher, s'était séparé de lui et rabattu sur Neu-Strélitz. Là, il fut rejoint par un corps qui n'avait pas pris part à la bataille d'Iéna, celui de Weimar. Avec ce renfort, qui portait ses forces à
Fig. 177.
Napoléon accorde à lu priucesae de Hatzfeld la grâce de son inari(28 octobre 1S06). Peint par Boiâfremont.
25.000 hommes, il se dirigea sur Rostock, mais il fut arrêté par Murât ; il revint vers l'Elbe, il rencontra Soult; vers le Havel, il rencontra Bernadotte. Alors il pénétra de force dans Lubeck, qui aurait voulu garder la neutralité , et chercha à s'y défendre. Il en fut chassé par Murât et Bernadotte, qui enfoncèrent les portes de la ville et lui firent subir toutes les horreurs d'un assaut. Blucher, qui avait communiqué à ses soldats son indomptable énergie, réunit encore 10.000 hommes et gagna la Trave. Mais, à la frontière danoise, il trouva une armée prête
à lui barrer le passage. Il se résigna alors à capituler. Pendant ce temps, Ney s'était emparé de Magdebourg (8 novembre); Murât, de Stettin. Pendant que Davout occupait Berlin (15 octobre), Napoléon s'arrêtait à Potsdam, visitait avec respect le tombeau du grand Frédéric, mais enlevait son épée et l'envoyait à Paris. Le 28 octobre, il faisait une entrée solennelle dans la capitale de la Prusse. La population bourgeoise témoignait, sur le passage de nos troupes, de la curiosité et de la tristesse, mais conservait sa dignité. Quant à Napoléon, il ne semblait pas joyeux de son éclatant triomphe.
« C'est avec un sentiment de sombre douleur, écrit M. Armand Lefebvre, c'est pour obéir à une nécessité inflexible que Napoléoii a dirigé ses armes contre la Prusse. Il l'a vaincue, terrassée , mais sa victoire est sans joie, sans ivresse. Au lieu de le calmer, elle l'enflamme, elle l'irrite contre les instigateurs de cette guerre fatale. » Il n'avait que des menaces contre les Prussiens, sm-tout contre la noblesse, qui avait réclamé la guerre avec plus d'ardeur. « Je la rendrai si petite, disait-il, qu'elle sera « obligée de mendier son pain. » Cependant Napoléon continuait à se montrer, comme il le fut presque toujours, bon, généreux, humain, en dehors du champ de bataille et de la politique.
« Le prince d'Hatzfeld, que Napoléon avait maintenu dans sa charge de gouverneur civil de Berlin, très pacifique dans les proclamations qu'il adressait aux habitants, usait de sa position pour surveiller les mouvements des armées françaises et en avertir le roi. Dans la situation qu'il avait acceptée de l'Empereur, c'était une trahison formelle, que les codes militaires de tous les pays punissent de mort. Il fut traduit devant une commission militaire et condamné à mort. Mais la princesse, guidée par le maréchal Duroc, se présenta devant Napoléon. Elle se jette à ses genoux, et, les yeux pleins de larmes, lui demande la grâce de son mari. Napoléon la relève avec bonté. « Lorsque je lui montrai la lettre de son mari, écrivait-il à Joséphine, elle me dit en « sanglotant avec une profonde sensibilité et naïvement : Ah! c'est bien là son écriture! « Lorsqu'elle lisait, son accent allait à l'âme ; elle me fit peine. Je lui dis : Eh bien, « Madame, jetez cette lettre au feu, je ne serai plus assez puissant pour faire condamner « votre mari. Elle brûla la lettre et me parut bien heureuse. Son mari est depuis fort « tranquille. Deux heures plus tard il était perdu (1). »
De Berlin, il surveillait la suite des hostilités, qui ne s'étaient pas arrêtées malgré la ruine de la Prusse. L'ancien stathouder de Hollande, le prince de Fulde-Orange, avait été, avec le duc de Brunswick
(1) Cette lettre est datée du 6 novembre, 7 heures du soir, 180C. Elle est adressée à Mayence, où se trouvait alors l'Impératrice.