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FRIEDLAND

Heilsberg. 11 y fut attaqué par Napoléon et tout le centre de la Grande Armée, pendant que Murât et Soult se dirigeaient sur Kœnigsberg, qui n'était plus couvert que par Lestocq. Benningsen résista avec énergie dans ses retranchements d'Heilsberg; puis, dans la crainte d'être coupé

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N' j. Napoléon.

Fig. 185. — Bataille de Friedland (14 jnin 1807). Peint par Horace Vcrnet.

de Kœnigsberg, il descendit rapidement l'Aile par la rive droite. Lannes et Mortier s'avançaient parallèlement par la rive gauche. Benningsen les devança à Friedland, s'empara des ponts de cette ville et commença à passer sur la rive droite. Lannes et Mortier avertissent l'Empereur et, avec leurs seules forces, contiennent l'ennemi pendant plus de douze heures. Lannes était arrivé à la hauteur de Friedland à une heure du matin : il était, à trois heures, où avait paru l'avant-garde russe.

Cependant Ney et Victor précipitèrent leur marche et arrivèrent avec l'Empereur sur le champ de bataille à quatre heures du soir (14 juin). L'ennemi avait cherché une bataille sans nécessité et se trouvait dans une position critique. Il occupait le fond d'un entonnoir formé par le village de Friedland et entouré par une boucle de l'Aile. Son artillerie était restée sur la rive droite. Arrivé sur le champ de bataille, Napoléon demanda aussitôt : « Où sont donc cachés les Eusses? » Puis ayant reconim la position : « Non, dit-il, on ne surprend pas souvent l'ennemi dans une pareille faute. » 11 charge alors Mortier de former la gauche en occupant le village d'Heinrichsdorf. Ce maréchal reçoit l'ordre de ne pas avancer et de se tenir sur la défensive. Lannes est placé au centre, Ney à droite, au village de Posthenen. C'est de ce côté que Napoléon dirigera l'attaque décisive. Les Eusses, au contraire, concentrent tous leurs efforts contre la gauche de l'armée française, qui leur ferme directement la route de Kœnigsberg. Pendant qu'ils sont occupés de ce côté, Ney pousse devant lui leur aile gauche et marche dans la direction du clocher de Friedland. Napoléon, à pied sur une hauteur, vit tout d'un coup un mouvement que les Russes voulaient faire ; il dit : « Ah ! je crois qu'ils veulent manœuvrer ! je vais leur donner de la tactique. » Et dans l'instant, il commande de profiter de l'ouverture que ce faux mouvement avait faite dans leur ligne. Cependant, le maréchal Ney continuait ses progrès, lorsque l'artillerie russe, tirant par-dessus l'Aile, fit éprouver à l'aile droite des pertes énormes. Le général Sénarmont fait avancer une batterie, qui ne produit pas d'effet suffisant. Alors, par une des plus belles manœuvres dont l'histoire de l'artillerie fasse mention, « il réunit, malgré l'opposition des généraux, les 36 bouches à feu des divisions, en forme deux batteries, avec 6 pièces en réserve ; il prend position à 400 mètres de l'ennemi, tire cinq ou six salves, s'avance de 200 mètres et recommence un feu roulant. Les Russes tentent une charge de cavalerie. Sénarmont la broie en concentrant sur elle le feu d'une batterie. Sous cet ouragan de projectiles, les Russes sont enfin rejetés sur Friedland et leur artillerie réduite au silence (1). » Bientôt ils sont même refoulés sur les ponts. Le maréchal Ney s'était engagé à leur suite dans l'étroit couloir qui conduisait à Friedland. La garde russe essaya inutilement contre ses divisions une attaque de flanc, elle fut écrasée par une charge de la division Dupont.

Au milieu des horreurs de ce massacre, les soldats furent témoins d'un spectacle bien singulier et qui ne laissa pas de toucher ceux qui venaient cependant d'être témoins de tant d'effroyables scènes. «: Une ferme voisine de la ville de Friedland, raconte Bory de Saint- Vincent, avait pris feu par la chute d'un obus ; un nid de cigogne y dominait un vieil arbre sec au milieu de l'une des cours : la mère ne quitta ce nid que lorsque les flammes l'environnèrentde toutes parts. S'élevant alors perpendiculairement au-dessus pour tournoyer, quand elle était parvenue à une grande hauteur, elle replongeait aussitôt à travers les tourbillons de fumée, comme pour tenter d'enlever le précieux dépôt qui s'y trouvait contenu. Enfin, dans l'une de ces descentes, enveloppée par l'incendie, elle ne reparut plus à nos yeux. »

(1) Dubail, Précis d'histoire militaire.

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