‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 208 sur 389 · ENTREVUE ET PAIX DE TILSIT · texte numérisé non relu

ENTREVUE ET PAIX DE TILSIT

« Heureusement, raconte le capitaine Coignet, que le grand Alexandre était là pour prendre sa défense, il avait l'air d'une victime. Dieu ! qu'il était maigre ! le vilain souverain ! Mais aussi il avait une bien belle reine !... » Coignet revit la reine de Prusse lors de l'entrevue qu'elle eut à Kœnigsberg avec Napoléon, ce Dieu ! qu'elle était belle ! dit-il, on pouvait dire que c'était une belle reine pour un vilain roi ; mais

Fig. 187. — Entrevue de ^'apoléon VI et de l'empereur Alexandre, à Tùsiu luuieiiu de Gautherot. D'après une lithographie de LeviUy.

je crois qu'elle était roi et reine en même temps. L'Empereur vint la recevoir au bas du grand perron et lui présenta la main ; mais elle ne put le faire plier. J'eus le bonheur de me trouver le soir de faction au pied du perron pour la voir de près, et le lendemain à midi, je me trouvais à mon même poste ; je la contemplai. Quelle belle figure, avec un port de reine ! A trente-trois ans, j'aurais donné une de mes oreilles pour rester avec elle aussi longtemps que l'Empereur. » Les grâces de la reine Louise ne touchèrent pas aussi vivement Napoléon que le capitaine, et ses prières ne purent rien obtenir.

Voici quelles étaient les principales dispositions du traité de Tilsit : Le roi de Prusse obtenait seulement la restitution de la vieille Prusse, de la Pomc-

KAPOLÉOS I". es

ranie, du Brandebourg et de la Silésie. Encore était-il déclaré dans le traité que l'Empereur consentait à ces restitutions uniquement « par égard pour l'empereur Alexandre et dans son désir d'unir les deux nations par un lien d'amitié perpétuel ». La Prusse abandonnait à la France toutes les provinces à la gauche de l'Elbe pour en composer, avec le grand-duché de Hesse et le duché de Brunswick, un royaume de Westphalie pour le plus jeune des frères de Napoléon, Jérôme Bonaparte. Les duchés de Posen et de Varsovie formeraient un Etat polonais, qui, sous le titre de grand-duché de Varsovie, serait attribué au roi de Saxe, avec une route militaire à travers la Silésie qui donnât passage d'Allemagne en Pologne. Dantzig, déclarée ville libre, recevait une garnison française. La Prusse était en outre frappée d'une contribution militaire de quatre-vingts millions jusqu'au paiement de laquelle les États prussiens resteraient occupés par les Français. L'empereur de Russie prenait même une part des dépouilles de son allié, le palatinat de Bélostock. Le Czar et le roi de Prusse reconnaissaient pour rois les trois frères de Napoléon, Louis en Hollande, Jérôme en Westphalie et Joseph à Najîles. Les ducs de Brunswick et de Hesse-Cassel perdaient leurs États, sans autre compensation qu'une rente viagère. Les ducs d'Oldenbourg et de Mecklembourg recomTaient les leurs, mais devaient recevoir des garnisons françaises pour veiller à l'exécution du blocus continental et entrer ainsi que la Saxe et les autres petits princes < allemands dans la Confédération du Rhin. Il j eut un second traité, traité d'alliance offensive et défensive ; Napoléon devait intervenir enti-e la Russie et la Turquie, et le Czar entre la France et l'Angleterre. Si cette puissance n'avait pas approuvé, au l'^"' décembre 1807, les conditions fixées à Tilsit, la Russie lui déclarerait la guerre. Le roi de Suède venait de rompre l'armistice conclu avec Mortier, juste à temps pour se voir enlever ses dernières possessions en Poméranic. Il fut stipulé qu'il serait contraint à entrer dans la ligue contre l'Angleterre et qu'Alexandre lui enlèverait la Finlande. Les deux souverains devaient s'entendre pour soustraire toutes les provinces de l'empire ottoman en Europe, la ville de Constantinople et la Roumélie exceptées, au joug et aux vexations des Turcs. L'Autriche serait invitée à accéder au blocus continental ainsi que le Danemark, la Suède et le Portugal. Enfin, un troisième traité, les articles secrets, stipulait que Cattaro serait restitué à la France, que les îles ioniennes lui appartiendraient, etc.

Telles étaient les conditions de ce traité d'union intime entre deux adversaires de la veille, qui ne se rapprochaient que pour se partager la domination de l'Europe, et abandonnaient avec une si parfaite indifférence leurs alliés. Il est incontestable que tout l'avantage était pour Alexandre, qui traitait comme s'il n'avait pas été vaincu.

Page 1