CATECHISME UNIFORME. — ORDRE CIVIL
semble lui donner quelque importance, il se hâte de le rabaisser, fûtce d'une façon presque injurieuse.
Lors de la campagne que Napoléon dirigea en Espagne, il avait envoyé au Corps législatif une douzaine de drapeaux ennemis, comme gage de son estime. Fontanes étant allé, avec l'Assemblée, remercier l'Impératrice, celle-ci avait en répondant exprimé sa satisfaction de voir que le premier sentiment de l'Empereur, dans son triom-
Fig. 190. — Napoléon visite les orphelines de la Légion d'honneur. D'après une lithographie anonyme.
« Elles se piMidt«Dt rar lut, s'eiDpanmt de aes mftiiu, et en un instant les couvrent de bagnes, gages Innocents de reconnaissance et d'amoor. s
phe, eût été pourle Corps qui représentait la Nation. Là-dessus, une note adressée aussitôt (numéro du 15 décembre 1808) d'Espagne au Moniteur, releva avec violence les expressions dont l'Impératrice s'était servie : « S. M. l'Impératrice n'a point dit cela ; elle connaît trop bien nos constitutions, elle sait trop bien que le premier représentant de la Nation c'est l'Empereur ; car tout pouvoir vient de Dieu et de la Nation... Dans l'ordre de nos constitutions, après l'Empereur vient le Sénat ; après le Sénat est le Conseil d'Etat ; après le Conseil d'État est le Corps législatif ; après le Corps législatif \iennent chaque tribunal et fonctionnaii-e public dans l'ordre de ses attributions... Le Corps législatif, improprement appelé de ce nom, devrait être appelé Conseil législatif, puisqu'il n'a pas la faculté de faire les lois, n'en ayant pas la proposition. Le Conseil législatif est donc la réunion des mandataires des collèges électoraux. On les appelle députés des départements, parce qu'ils sont nommés par les départements. »
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La même surveillance jalouse s'attache aux affaires religieuses ; sans parler de l'aigreur croissante de ses relations avec le saint-Siège, Napoléon, par un décret du 4 avril 1807, ordonne l'adoption d'un catéchisme uniforme dans toutes les paroisses de l'Empire. Les évêques hésitèrent d'abord, puis, sur l'exemple de l'archevêque de Paris, se conformèrent à ces ordres (1), où l'on parlait non seulement des devoirs d'obéissance absolue due au souverain, mais des devoirs particuliers dus à Napoléon, « à celui que Dieu a suscité dans des circonstances difficiles pour rétablir le culte public de la religion de nos pères, l'oint du Seigneur à la sagesse profonde et active, etc. » Bientôt le peuple espagnol allait répondre à ce catéchisme politique par un catéchisme du même genre, mais conçu dans d'autres sentiments.
Il faut reconnaître cependant que Napoléon ne crut jamais que le gouvernement despotique dût être le régime normal de la France. Il a exprimé plus d'une fois cette idée : « Je ne veux pas que ce pouvoir reste à mes successeurs, parce qu'ils en abuseraient. »
Il ne faut pas oublier non plus, — et c'est un témoignage frappant que Napoléon n'était pas le despote prémédité qu'on a souvent représenté, — que s'il l'avait voulu, il aurait pu fonder en France le régime militaire, en constituant l'armée en dehors de la nation. Loin de là, il s'attacha à maintenir les institutions (conscription, vote du budget de la guerre) qui tendaient à contenir l'immense danger d'une force militaire formée en dehors de l'esprit national. Tous ses efforts tendent i\ fonder l'ordre civil prépondérant, distinct à la fois de l'ordre religieux et de l'ordre militaire.
« Si le militaire avait de l'importance et de la considération, dit Thibaudeau dans son Histoire sous le Consulat, son autorité était rigoureusement circonscrite dans ses attributions naturelles. Ses moindres écarts étaient de suite sévèrement réprimés. Le Premier Consul soutenait les tribunaux et les préfets contre les généraux ; le citoyen n'était soumis qu'à l'autorité civile. Dire lé contraire, c'est nier l'évidence. »
La création d'un corps enseignant constitué, non pas en opposition, mais en dehors du clergé, était aux yeux de Napoléon un des moyens
(1) L'année suivante, Napoléon invitait le prince Eugène, par une lettre du 7 août, à adopter ce même catéchisme pour le royaume d'Italie.