INSTRUCTION PUBLIQUE. — UNIVERSITE
les plus puissants pour fortifier l'ordre civil. Le conseiller d'État Fourcroy fut chargé de présenter un projet pour l'établissement d'une Université de France. Une loi fort courte, adoptée par le Corps législatif le 10 mai 1806, se contentait de poser les principes et fut complétée par les décrets du 17 mars 1808 et du 15 novembre 1811. « Point
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i<ou. Musée de Versailles,
d'État, disait Napoléon, sans un corps de doctrines... Il n'y aura pas d'État politique fixe, s'il n'y a pas un corps enseignant avec des principes politiques fixes. »
On n'établit pas un ministre de l'Instruction publique, mais un grand maître de l'Université, qui fut Fontanes. Ce grand maître surveillait les établissements d'instruction au moyen d'inspecteurs généraux. Il était assisté d'un conseil. Mais Napoléon, contrairement à l'opinion de Fontanes, ne voulut pas qu'on se hâtât de nommer ces conseillers, ni qu'ils fussent trop nombreux.
« Dans une première formation, disait-il, tous les esprits diffèrent. Chacun apporte sa théorie et non son expérience, trente conseillers dans une première formation ne produiraient que désordre et anarchie. Les premiers choix sont en quelque sorte faits comme on prend des numéros à la loterie. On ne peut être bon conseiller qu'après une carrière faite. Vos inspecteurs généraux doivent être d'abord vos ouvriers les plus essentiels. Ils apporteront au conseil beaucoup de faits et d'expérience. C'est là l'essentiel. Les bons jugements ne sont que la suite d'examens répétés. »
Napoléon se plaignait déjà que les programmes fussent trop vastes. Il voulait que l'enseignement fût plus spécial aux carrières que l'on devait embrasser et trouvait abusif même qu'on demandât quelque connaissance des sciences exactes aux futurs médecins (1). « Exiger d'un jeune homme, disait-il, des connaissances si diverses pour l'admettre dans une carrière, c'est risquer de priver l'État des grands hommes que cette carrière pourrait produire un jour. » Ces paroles peuvent surprendre dans la bouche de Napoléon Bonaparte, qui savait tant de choses en dehors de son métier de soldat et à qui cette variété de connaissances n'avait pas nui. On a d'ailleurs exagéré sa pensée sur ce point. Par un des premiers décrets qui aient été promulgués sous l'Empire, il établissait au centre même des études scientifiques, à l'Ecole polytechnique , une chaire de belles-lettres dont Andrieux fut le premier titulaire.
L'Université centralisait l'enseignement public divisé en trois branches, enseignement supérieur, secondaire et primaire. Ce fut surtout de l'enseignement secondaire que l'Empire s'occupa. L'organisation des lycées datait du Consulat. Ils étaient au nombre de trente. Il y eut aussi des écoles secondaires ou collèges établies sur le même plan au nombre de trois cent dix. Les institutions privées n'étaient pas supprimées, mais leurs élèves devaient suivre les cours des lycées. Le régime y était fort sévère. On y donnait l'enseignement militaire et religieux (2).
Il devait y avoir une école primaire par commune, mais les malheurs qui survinrent ne permirent pas à cet enseignement de s'organiser.
Ce n'était pas seulement pour l'instruction pubhque que l'Empire poursuivait l'œuvre du Consulat. Le Code de procédure civile était
(1) Il est vrai que pour Napoléon la médecine n'était qu'une science de conjectures et d'observations, a J'ai préféré M. Corvisart à M. Halle, disait-il, parce que M, Halle est de l'Institut. M. Corvisart ne sait pas ce que c'est que deux triangles égaux. »
(2) On a publié dans la lîevue de l'Enseignement secondaire des documents intéressants pour faire connaître la vie des lycées sous l'Empire. Dans certains d'entre eux on décernait des espèces de prix de vertu, dont le titulaire était désigné par une élection à deux ou trois degrés, résultat de l'action commune du corps des professeurs et des élèves. Un des élèves était chargé de faire l'éloge de son camarade.