‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 243 sur 389 · GIRONE · texte numérisé non relu

GIRONE

auquel il est digne d'être comparé, Decaen mourut pauvre, quoiqu'il eût été dans l'Inde en situation de faire une rapide fortune ; pour un gouverneur anglais, l'éloge ne serait pas banal.

Pour le continent, les Anglais comptent sur l'Espagne. En 1809, bien que la plus grande partie des forces françaises fût en Allemagne, la campagne avait été, en définitive, lieureuse pour nous. Soult, qui

Fig, 231. — Pa«8<'if,'e du Douro, le 11 mai lb09. Composé et gravé par Couché fiU,

se trouvait en Galice, envahit le Portugal par le nord, pendant que l'armée du roi Joseph se prépare à y pénétrer par la vallée du Tage. Il entre dans Oporto (29 mars), après avoir livré bataille devant la ville. Pendant ce temps, Sébastiani battait l'armée de la Manche à Ciudad-Real. Victor, avec 12.000 hommes contre 36.000, remportait sur la Cuesta et l'armée de l'Estramadure la brillante victoire de Medelin, qui coûtait aux Espagnols 10.000 tués ou blessés et 4.000 prisonniers.

Mais ces armées battues se reforment comme par miracle et Victor n'ose s'aventurer dans le Portugal pour coopérer au plan de campagne de Soult. Wellington remonte le Tage, occupe près de Talavera de la

SAPOLiON 1". . ,„

Reyna une excellente position, où il se maintient malgré deux jours de combat (juillet). Sans se laisser éblouir par ce demi-succès, il abandonne la ligne de l'Alberche, en apprenant que Soult, arrivant du nord par Plasencia, allait lui couper la retraite : il put rentrer à temps en Portugal. Malgré toute son activité, Soult n'atteignit que l'arrière-garde, qu'il battit sur le Tage, à Ponte del Arzobispo. En Catalogne, Gouvion Saint-Cyr s'emparait de Girone : la ville avait supporté six mois de tranchées ouvertes et perdu les deux tiers de sa population, lorsqu'elle capitula. Suchet continuait à montrer les talents d'un administrateur et d'un général de premier ordre dans FAragon. Il battit Blake à Maria et à Belchite et le força à se réfugier dans Tortose.

En somme, malgré nos succès, la campagne était loin d'être décisive. Aussi ni l'Angleterre ni l'Espagne ne se décourageaient. Elles comptaient sur l'ambition et les discordes des généraux (1), sur le peu d'autorité du roi Joseph, sur l'absence d'unité dans le commandement militaire, avant tout , sur l'énergie des Espagnols et sur la nature du pays, si propre à la guérilla (2).

La guerre était surtout devenue, entre les Espagnols et les Français, une guerre personnelle à laquelle la plus grande partie de la nation prenait part.'

Une armée invisible s'étendit sur presque toute l'Espagne comme un réseau auquel ne pouvait échapper aucun soldat français qui s'écartait un moment de sa colonne et de sa garnison. Sans uniforme et sans armes apparentes, les guérillas dépistaient facilement les colonnes qui les poursuivaient, et souvent la troupe marchant pour les combattre passait au milieu d'elles sans s'en douter. Les hommes, occupés à des travaux rustiques, saisissaient leur fusil par terre, s'ils apercevaient un Français isolé, et, pour le détachement qui traversait le champ qu'ils labouraient, n'étaient que de paisibles paysans. C'était un passe-temps pour les ouvriers des villes de venir se placer derrière les rochers, entre les oliviers, dans les faubourgs, et de tirer sur nos vedettes en fumant leur cigarette. Souvent, dans ces pays accidentés et presque sans routes, les soldats ne pouvaient s'avancer qu'en s'aidant de leurs mains et même de leurs

(1) Si l'on en croit lea Mémoires du général Bigarré, aide de camp de Joseph, Soult aurait songé à se faire nommer roi de Portugal et aurait fait distribuer de l'argent à la populace pour qu'elle criât sur son passage : Vha el rey Nicolas ! L'irritation était telle qu'un capitaine , nommé Argenton, alla jusqu'à nouer des relations arec les Anglais et leur proposer de traiter avec eux au nom d'uu grand nombre de colonels et généraux de l'armée française.

(2) Les détails qui suivent sont empruntés à Miot de Melito, Mémoires ; à Ed. Lapène, Relation de la conquête de l'Andalousie ; à l'ouvrage de M. de Rocca, le second époux de M™« de Staël, sur la guerre d'Espagne ; aux lettres de Roederer citées par Sainte-Beuve.

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