‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 245 sur 389 · ligne «Teo réduit 13 9J · texte numérisé non relu

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vent pendus ou brûlés vifs. Il n'était pas rare que les privations vinssent s'ajouter à ces périls et à ces fatigues : celle de l'eau était la plus cruelle. Après plusieurs heures de marche par une température brûlante, une source était signalée par le guide de la colonne, mais encore à une distance éloignée ; quelques soldats, hors d'espoir de l'atteindre, s'arrêtaient, sentant leurs forces défaillir. Ils péris.saient, sous les yeux de leurs camarades, de chaleur, de fatigue et de soif. Les femmes, les vieillards, les enfants mêmes prenaient part, comme ils le pouvaient, à cette guerre sans merci. « J'ai vu, dit M. de Rocca,j'aivu (aux environs de Ronda) un garçon de huit ans venir jouer entre les

jambes de nos chevaux et s'offrir à nous servir de guide. Il conduisit un petit parti de nos hussards dans une embuscade et se sauva tout à coup dans les rochers en jetant son bonnet en l'air et en criant : Vive notre roi Ferdinand VII (1)! »

Les Français ne pouvaient, à supposer que la chose soit possible hors de son pays, se disperser en petites colonnes pour répondre à la guérilla par la guérilla ; ils avaient à lutter aussi contre des armées régulières et sm-tout contre les troupes anglaises commandées par sir Arthur Wellesley, qui, après la bataille de Talavera, avait reçu les titres de baron de Douro et de vicomte de Wellington.

Wellington montra dans cette guerre des talents supérieurs, qui lui méritent de la part des hommes compétents une estime que la bataille de Waterloo, qui a fait sa renommée, ne justifierait pas. Il mettait au service d'un grand bon sens une rare fermeté de caractère. S'il n'avait qu'un petit nombre d'idées, elles étaient d'une grande justesse. Il se rendait très bien compte des difficultés diverses au milieu desquelles Napoléon s'était jeté en s'attaquant à l'Espagne. Il pensait qu'il était possible sans doute que Napoléon complétât par la conquête de la Péninsule sa domination sur le continent, mais qu'il y aurait toujours quelque réduit, tel que Gibraltar, Cadix, les montagnes au nord de Lisbonne, où l'on pourrait se retirer, se rendre inexpugnable et attendre l'écroulement du gigantesque échafaudage élevé par l'Empereur. Il reprendrait l'offensive lorsque Napoléon ne pourrait plus lui opposer que des armées à moitié détruites. En attendant, il fallait faire jouer, dans les opérations miUtaires, un grand rôle aux fortifications de campagne. AVellington avait les soldats les plus propres à ce genre de guerre, sans initiative, sans entrain, il est vrai, mais d'un imperturbable sang-froid et excellents tireurs. WeUington put, en 1810, faire la guerre comme il la comprenait. Retiré en Portugal, il s'oc-

(1) Coignet raconte un uutrë fait analogue et à peine croyable. C'était en 1808, lors de la campagne de Napoléon dans le pays. Des grenadiers à cheval étaient cantonnés dans des dépendances de la cathédrale de Burgos. Ils allaient partir pour le f ouiTage, lorsqu'un enfant de onze à douze ans se présente à nos grenadiers au pied d'un petit escalier qui conduisait au haut de l'édifice. Etant aperçu par l'un d'eux, il se retire pour regagner sou escalier ; le grenadier le suit et le joint. Arrivé sur le palier, le petit garçon fait ouvrir une porte ; le grenadier entre avec lui, la porte se referme et les moines lui coupent la tête. Le petit garçon se montre une seconde fois, et un autre grenadier le suit ; il subit le même sort. Le petit garçon revient une troisième fois ; mais les soldats, qui n'avaient pas revu leurs deux camarades, s'inquiètent ; ils prennent leurs armes, montent, enfoncent la porte et trouvent leurs deux camarades, la tête tranchée, baignant dans leur sang, et autour d'eux huit moines avec des armes, des munitions et des vivres, a Quelle fureur pour nos vieux soldats ! dit Coignet ; on fit un massacre de ces moines scélérats. On jeta les capucins et le petit garçon par la lucarne dans leur jardin. »

TROISIEME INVASIOX DU PORTUGAL. — TORRES-VÉDRAS. 573

cupait de fortifier d'une manière formidable les lignes de Torrès-Védras, dans la Sierra de Cintra (voir la carte, fig. 232).

La junte espagnole, quoique abandonnée par Wellington, reforma une armée qui devait marcher sur Madrid. Elle fut mise en pleine déroute par Sébastiani, lieutenant de Soult, à Ocafia (19 novembre). Cette victoire fut complétée par le brillant succès de Kellermann à Alba de Tormès. Mais le plus important était d'abord de chasser

Fig. Î33. — Baunie d'OoaîSa (19 iiov. 1809). Tableau de Roehn.

les Anglais. Napoléon résolut une troisième invasion du Portugal : Soult dut aborder, le pays par la route de Badajoz, tandis qu'une autre armée, confiée à Masséna, entrerait par la vallée du Douro et la route de Ciudad Rodrigo. Malheureusement, Soult ne s'occupa que de conquérir l'Andalousie. Joseph entra triomphalement à Séville (31 janvier) ; mais la junte s'était retirée à Cadix, et lorsque les troupes françaises arrivèrent devant l'île de Léon, le pont de Suazo était coupé. Wellington était resté immobile dans ses lignes et Masséna, retardé par Soult, ne commença ses opérations sérieuses qu'en juillet.

Après la prise de Ciudad Rodrigo par Ney, Masséna marcha sur Almeida qu'il força à capituler. Wellington s'établit sur le plateau de

Busaco, y repoussa une attaque de front, où nous perdîmes 4.000 hommes, mais l'abandonna, lorsque les Français voulurent le tourner; il nous laissa occuper Coïmbre, et se retira dans ses lignes. Il laissa l'armée française s'user devant elles pendant cinq mois. Tandis que l'armée anglaise était bien fournie de tout par ses vaisseaux, les Français envoyaient des détachements jusqu'à cinquante lieues pour chercher des vivres. Masséna voyait la maladie, la désertion, diminuer

chaque jour son armée. Pendant ce temps, Soult, sans songer à Masséna, s'emparait d'Olivenza et battait sur la Gebora une armée venue au secours de Badajoz, qui se rendit le 10 mai 1811. Quant à Victor, il se contentait d'assiéger Cadix (1).

Masséna, manquant de vivres et perdant l'espoir d'être secouru à temps, se décida à décamper secrètement et à prendre la route de Coïmbre (4 mars) ; mais Wellington se met à la poursuite d'une armée qui , composée de 60.000 soldats au début de la campagne, a été réduite, presque sans combat, à 28.000 hommes. Il atteint l'arrière-garde à' Pombal, à Redinha. Ney, oubliant son dépit d'être placé sous les ordres de Masséna, se montre dans cette lutte défensive ce qu'il avait été dans la guerre de Pologne. Masséna ne s'arrête qu'à Ciudad Rodrigo, et laisse les Anglais investir Almeida. Ayant reçu des renforts, il veut reprendre l'offensive, et se trouve, le 5 mai 1811, en présence de WelHngton, qui avait pris une belle position sur le plateau de Fuentès de Onoro. Ce fut une nouvelle bataille de Talavera ou de Busaco. Masséna fut obligé de continuer sa retraite en abandonnant Almeida. Mais le gouverneur Brenier fit sauter les remparts pendant la nuit et, profitant de la confusion causée par un acte aussi extraordinaire, parvint à franchir avec sa garnison les lignes anglaises et à rejoindre Masséna.

(1) C'est au siège de Cadix que périt le général Sénarmont, « le Coudé et le Bayard de l'artiUerie ».

Fig. 234. — Suchet, duc d'Albuféra.

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