CONSTITUTION DE
Wellington, tranquille de ce côté, vint au secours de Beresford, qui, avec 30.000 Portugais, s'était dirigé sur l'Andalousie, lorsque l'armée de Masscna s'était mise en retraite, et il reprit Badajoz (20 janvier 1812), malgré l'intelligente et énergique résistance de Philippon. Suchet avait seul soutenu complètement l'honneur de nos armes.
Suchet acheva d'abord la soumission de la région de l'Èbre par la prise de Lérida, de Mequinenza, de Morella (mai-juin 1810), puis de Tarragone (28 juin). Le
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Fig. 235. — Retraite îles Français vers la frontière espa^ole. D'après nne gravure anglaise du temps.
siège de Tan-agone fut en réalité un combat de cinquante-quatre jours ; il y eut trois sièges; il fallut conquérir successivement la forteresse d'Olivo et les deux enceintes de la ville. Dans les sièges des villes d'Espagne, les Français déployaient, les soldats comme les chefs , une patience, uue bravoure , des ressources d'activité et d'intelligence qui font de l'attaque ou de la défense des places de la Pényisule la partie la plus glorieuse, pour nous, de cette longue guerre, et une des pages les plus dignes d'attention de notre histoire militaire. Car si l'on a, avec raison, une grande admiration pour les défenseurs de Girone, de Saragosse et de Tarragone, que faut-il penser de ceux qui les ont prises.' Suchet, maître de Tarragone, s'empara du Montserrat, et, lorsque Macdonald eut occupé Figuières, passa au sud de l'Èbre. Il battit Blake sur les ruines de Sagonte, le rejeta dans Valence et le força à capituler avec son armée après douze jours de siège. Suchet, nommé maréchal de France après Tarragone, reçut alors le titre de duc d'Albuféra. Mais les talents militaires qu'il venait de montrer
étaient peut-être ses moindres titres à la reconnaissance de la France. Par la fermeté, la justice et l'humanité de son caractère, par la discipline et la probité qu'il exigeait de tous, par l'activité incessante d'un esprit qui suffisait aux divers devoirs d'un chef d'État, il fit de l'Aragon, dont les habitants passaient cependant pour les plus opiniâtres de l'Espagne, le seul pays de la Péninsule où le gouvernement français fut régulièrement établi et presque définitivement accepté. Lorsqu'il fut obligé de le quitter, les habitants, dans plusieurs endroits, témoignèrent au maréchal leurs regrets de son départ; à Castelhon de la Plana même, on exprima l'espoir qu'il ne tarderait pas à revenir. Mais c'était là une rare exception en Espagne.
Partout ailleurs, les diverses classes de la nation étaient unies contre Napoléon ; la bourgeoisie libérale détestait en lui le despote ; les nobles, le clergé et le peuple, le représentant de la Révolution ; tous haïssaient l'envahisseur. Ce fut au début de 1812 que les cortès de Cadix promulguèrent une constitution imitée de notre constitution de 1791, et qui établit même la Hberté de la presse, excepté pour tout ce qui a rapport à la religion.
Pendant que Masséna se trouvait arrêté devant les lignes de Torrès-Yédras, il avait envoyé le général Foy à Paris pour exposer à l'Empereur les difficultés de la situation. Foy avait fait entendre que le succès n'était pas impossible en Espagne, mais qu'il y fallait « la massue d'Hercule ». Or c'est à ce moment que s'aggravaient, entre la France et la Eussie, les diffijrends qui allaient entraîner Napoléon à cette expédition désastreuse oîi devait périr la Grande Armée, qui seule aurait pu dompter l'Espagne.
Lorsque la joie se manifestait de toutes parts autour de Napoléon, à l'occasion de l'union de l'Empereur des Français avec Marie-Louise, Cambacérès, qui n'était pas cependant un médiocre courtisan, semblait préoccupé. Il avait fait tous ses efforts, dans le conseil tenu au sujet du mariage impérial, en faveur d'une alliance russe. Il n'avait pas réussi. « Quand on n'a qu'une bonne raison à donner, disait-il à un ami , et qu'il est impossible de la dire, il est simple qu'on soit battu. Vous allez voir qu'elle est si bonne qu'il suffit d'une phrase pour en faire comprendre toute la force. Je suis moralement sûr qu'avant deux ans nous aurons la guerre avec celle des deux puissances avec laquelle l'Empereur n'aura pas contracté d'union matrimoniale. Or une guerre avec l'Autriche ne me cause aucune inquiétude, et je tremble d'une guerre avec la Eussie ; les conséquences en sont incalculables. »
Mais, avant d'entrer dans le récit des événements qui amèneront la chute de Napoléon, le moment" est venu de jeter un coup d'œil sur l'état intellectuel de la France, dans cette période où les armes ont occupé tant de place, mais qui mérite aussi l'attention pour les lettres, les arts et les sciences.