‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 247 sur 389 · OUP D ŒIL GÉNÉRAL SUR L ÉTAT INTELLECTUEL · texte numérisé non relu

OUP D ŒIL GÉNÉRAL SUR L ÉTAT INTELLECTUEL

AU TEMPS DE NAPOLÉON. — La période qui s'étend de 1789 à 1815 semble être remplie tout entière par les discussions de la politique et les sanglantes luttes de la guerre, /«rea jura, insanumque forum. Il en est peu, cependant, qui méritent d'occuper une place plus importante dans l'histoire de l'esprit humain. Pour les sciences, c'est alors qu'apparaissent les inventions de génie et les théories générales que le reste du siècle réalisera dans leurs applications pratiques, sans y ajouter beaucoup de principes nouveaux : la géométrie descriptive de Monge, la mécanique analytique de Lagrange, la mécanique céleste de Laplace, les travaux de Cuvier, de Jussieu et de Geoffroy Saint-Hilaire, la pile de Volta, la locomotive, l'éclairage au gaz, le bateau à vapeur. Pour l'histoire des arts, se présentent aussi des faits de la plus grande importance : c'est alors que commence à se constituer, avec Carstens et ses disciples, cette seconde école allemande qui rend à la patrie d'Albert Durer, de Lucas Kranach et d'Holbein une gloire à laquelle elle semblait avoir renoncé depuis la Réforme. Les écoles de Dresde, de Munich, de Dusseldorf, de Barlin se préparent avec les peintres Cornélius et Begas, les architectes Léon de Klcnze et Schinckel. La sculpture n'avait

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eu jusque-là, en Allemagne, que peu de noms dont la postérité se soit occupée. Mais alors cet art, qui semblait le privilège des races latines, y prend un développement imprévu avec Thorvaldsen, avec Dannecker, Schadow, ainsi que leurs émules plus jeunes, Tieck, Eauch, et d'autres qui ne tardèrent pas à devenir célèbres.

C'est alors que la peinture anglaise, continuant les traditions de Reynolds et de Gaiusborough, justifie avec West, Lawrence, Opie, Wilkie, Romney, surtout avec ses paysagistes Constable, Crome, Turner, etc., ses prétentions à constituer une véritable école. Elle va même agir à son tour sur le continent et y répandre le sentiment de la nature, aimée dans sa simplicité et pour elle-même. Elle a aussi un grand sculpteur dont la renommée devient européenne, Flaxmann. L'Italie adopte les principes artistiques de la France ;Pompeo^Battoni, en mourant, a légué sa palette au jeune David. Camuccini, Appiani suivent les exemples donnés par celui que Battoni leur a désigné comme le maître de l'art ; mais l'Italie cite surtout avec orgueil des sculpteurs comme Canova et Bartolini. Tenerani a trente ans en 1815. L'Espagne, malgré sa décadence, peut être fière du peintre Goya et du sculpteur Alvarès.

Cependant, la France occupe sans conteste le premier rang avec David et son école ; mais l'art français n'est pas aussi exclusif que la domination de David pourrait le faire croire, domination moins impérieuse d'ailleurs que celle de Lebrun, sous Louis XIV. Il suffit de rappeler les grands succès obtenus par Gros et Prudhon ; de plus, la peinture de genre , la peinture d'animaux, de paysages et de fleurs tient dans notre école une place honorable; d'ailleurs, c'est avant 1815 que commence à se montrer dans les arts une école nouvelle qui pourra produire des œuvres plus considérables, mais ne donnera rien de supérieur au Hussard chargeant de Géricault.

Pour la musique, si Mozart est mort au moment où Bonaparte fixe les regards du monde, Haydn poursuit saglorieuse vieillesse, Beethoven a produit déjà avant la chute de Napoléon des œuvres qui lui donnent le premier rang parmi les musiciens, et que ses œuvi'es postérieures mêmes ne dépasseront point (1). Autour d'eux se presse une gêné- . ration digne de pareils modèles, Kozeluch, Wranitzky, Weigl, l'abbé Vogler et ses élèves : Weber, Pierre de Winter et Meyerbeer (2), Steibelt, etc. Il a fallu des génies de cette hauteur pour enlever à l'Italie sa prépondérance musicale, car elle possède encore Cimarosa (mort en 1805) et Paisiello (mort en 1816), sans compter Zingarelli, Guglielmi (mort en 1804), etc. Cherubini, Spontini sont dans toute la force de leur talent ; Rossini, à l'âge de vingt et un ans, fait représenter, en 1813, son dixième opéra, Tancrède, qui affirme des tendances nouvelles et marque déjà très nettement la première manière de ce génie prodigieusement flexible qui, en passant par Oteîlo, Sémiramis et Moïse, devait arriver à GuiUaume Tell. Cherubini et Spontini, comme Rossini, sont des gloires à moitié françaises. Les musiciens français de ce temps, trop oubliés, on peut même dire surtout oubliés par leurs compatriotes, n'ont d'ailleurs rien à leur envier.

(1) Ditters de Didersdori était mort en 1799, Naumann en 1801.

(2) Meyerbeer (1794-1864), nommé à dix-sept ans compositeur delà cour de Hesse-Darmstadt, avait déjà écrit beaucoup de musique religieuse et un oratorio intitulé : Dieu et la Nature, lorsqu'il aborda le théâtre avec lu Fille de Jephté (1812) et Abimekch (1813).

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