‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 259 sur 389 · POÉSIE OSSIANISME. — ROMANS. — ELOQUENCE. — NAPOLEON · texte numérisé non relu

POÉSIE OSSIANISME. — ROMANS. — ELOQUENCE. — NAPOLEON

opéras, comme VUthal de Méhul, et les Bardes de Lesueur, des sujets de peintures ou de dessins, comme VOssian d'Ingres, de Gérard, de Belloc, le Fingal de Girodet. Il y avait peu de gravures aussi répandues que Charlotte au tombeau de Werther un Ossian à la main : c'était là aussi le sujet de plus d'une romance sur les paroles d'Andrieux.

La littérature d'imagination en prose, si on laisse de côté Chateaubriand et M'"° de Staël, n'offre pas non plus d'oeuvres supérieures. Ce n'est pas cependant la quantité

Fig. 250. — L'occupation du soir.

qui fait défaut, depuis les romans gais jusqu'à la grossièreté et à la farce de Pigault- Lkbrvn et de ses imitateurs, parmi lesquels il faut citer l'illustre général Lasalle, jusqu'aux œuvres sentimentales de M"" de GEîn.is (la duchesse de la ValUère, J/"" de Clermont, etc.) et de M""^ Cottin, dont les récits, trempés de larmes, rendirent populaires les noms d!' Amélie de Mansfeld, Elisabeth (dans ses Exilés de Sibérie) et surtout de la tendre et vertueuse Mathilde, l'amante infortunée du vaillant et généreux Malek-Adel. Le genre terrible, inauguré en Angleterre par Anne Radcliffe, partage avec Pigault- Lebrun, la faveur du gros public : on ne se lasse pas de lire les œuvres de DccEAY-DcMiNiL et de ses émules, dont les titres sont pleins de promesses : Victor ou VE7ifant de la forêt, Cœlina ou l' Enfant du mystère, la Roche du Diable, etc., toutes ces

(1) Casimir Delavigne, après avoir débuté, en 1811, par une ode sur la naissance du roi de Rome, se signalait avant 1815 dans les concours académiques, et Lamartine avait déjà écrit ses Adieux au collège de Beîley.

histoires longues et compliquées sont justement oubliées. La postérité s'est montrée moins sévère pour des œuvres plus délicates et de moins longue haleine : Valérie, de M"" DE Keudenee, qui a raconté dans ce roman sa propre histoire ; Eugène de Rothelin (1808), de M""' de Flahaut, depuis baronne de SouzA ; la Dot de Suzeite, de FiÉvÉE. Nous devons réserver une place à part à deux auteurs dont l'un, à la fois érudit et poète, grammairien et publiciste, bibliophile et romancier, même écrivain scientifique, peut être considéré comme le type achevé du littérateur, tandis que

l'autre ne consacra à la littérature que les loisirs que lui laissaient ses fonctions d'officier dans l'armée russe (1). Nous voulons parler de Charles Nodier et de Xavier de Maistre.

Xaviee de Maistee publiait, en 1811, plus de quinze ans après son Voyage autour de ma chambre, une seconde nouvelle, k Lépreux de la cité d'Âoste, qui montrait son talent sous un jour nouveau. Il a suffi de ces quelques pages pour faire certainement de Xavier de Maistre le plus lu de tous les romanciers du commencement de ce siècle.

Charles Nodiee, qui débutait alors, publiait, en 1802, sa première nouvelle, Stella ou les Proscrits. L'année suivante, il se montrait, dans le Peintre de Salzbourg, Journal des émotions d!un cœur souffrant, le précurseur de René.

En somme, la littérature française est alors dans une période de transition. Il est cependant un point où elle atteint un éclat qu'elle n'avait jamais connu et où aucune autre nation n'a pu lui disputer le premier rang, c'est l'éloquence mihtaire.

« NAP0LÉ0Jî,dit Cormenin (2), a été le premier orateur militaire des temps modernes, comme il en a été le premier capitaine. On trouve dans ses proclamations, bulletins, ordres du jour, la vertu militaire, l'art de l'orateur et le sens profond et délié du politique. Ce n'est pas seulement un général qui parle, ce n'est pas un roi, ce n'est pas un homme d'Etat, c'est tout cela à la fois. y> Napoléon devait, dans son exil, raconter une partie de ses campagnes ainsi que celles des grands capitaines qui l'avaient précédé. César, Turenne, Frédéric, et ses œuvres historiques suffiraient à le rendre célèbre. Mais même pendant qu'il est au pouvoir, il prend une place dans la littérature de son temps, et, là encore, cette place est la première.

Fig. 251. — La table de travail.

(1) Xavier de Maistre parvint jusqu'au grade de général major. Il s'est aussi distingué comme peintre de paysage et par ses recherches chimiques, notamment sur l'oxydation de l'or.

(2) Le Livre des Orateurs, publié sous le pseudonyme de Timon (12<! édition, p. 255 et suivantes).

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