‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 258 sur 389 · VAUDEVILLE, DÉSAUGIERS. — COMÉDIE, PICARD, ETIENNE · texte numérisé non relu

VAUDEVILLE, DÉSAUGIERS. — COMÉDIE, PICARD, ETIENNE

à se faire connaître le poète qui devait bientôt éclipser tous les autres chansonniers. Béranger composait, en 1813, le Roi d' Yvetot. Chose singulière, ce chantre attitré des gloires impériales, celui qui a, plus que personne, contribué à créer et à entretenir dans l'esprit du peuple la légende napoléonienne, débutait par une satire contre ce régime qu'il devait glorifier. Cette attaque était bien détournée sans doute, et il fallait qu'elle fût bien délicate pour que la censure l'eût laissée passer. Mais les allu-

Fig. 249. — La vUite,

sions par contraste n'échappaient à personne. Certes, c'était un souverain bien différent du grand Empereur que ce bonhomme de roi

Qui n'agrandit pas ses États, Fut un voisin commode,

et qui, tandis que la France était accablée de contributions,

Sur chaque muid levait un pot D'impôt.

Béranger devait se contenter de la gloire de chansonnier (1). Mais elle ne suffit pas

(1) Il serait intéressant d'étudier les chansons populaires du temps et surtout les chansons militaires, et de faire voir comment ces ébauches naïves, ces petites épopées populaires se transforment, à mesure qu'on les chante, et finissent quelquefois par devenir, en perdant, il est vrai, de leur caractère simple, de véritables œuvres d'art. Il est facile de reconnaître l'origine de la célèbre chanson de Béranger, le Vieux Caporal, dans la complainte :

Là-bas. dans les prés verts J'ai tué mon capitaine.

à Désaugiers qui, outre ses vaudevilles, voulut aborder le genre plus noble de la comédie, où il n'obtint pas les mêmes succès.

La comédie de son temps, qui s'était d'ailleurs toujours soutenue chez nous depuis Molière, a laissé des oeuvres plus intéressantes, plus vivantes que la tragédie. Picaed montre une gaieté franche et naturelle, une entente de la scène, une bonhomie spirituelle, un talent d'observation dans la peinture des mœurs bourgeoises, qui permettent de le compter parmi nos premiei-s auteurs comiques de second ordre. Il a laissé plus de quatre-vingts pièces de valeur inégale : comédies, vaudevilles, opéras -comiques ; ses chefs-d'œuvre sont : les Ricochets (1807), la Petite Ville (1801), les Deux Philibert (1816). A côté de lui, il faut citer Charles Dupaty, frère du sculpteur, pour sa Prison militaire (1803); Hoffmann, pour son Roman ffune heure (1803); Etienne, qui, après avoir donné, en 1803, les Maris en bonne fortune, en 1807, Brueys et PaUiprat, se surpassa dans les Deux Gendres, comédie en cinq actes et en vers qui parut en 1810. L'Intrigante (1813) fut interdite par la censure. — Le public accueillait toujours avec faveur les œuvres de Collin d'HAELEViLLE : V Inconstant, l'Optimiste, le Vieux Célibataire, représenté pour la première fois en 1792; mais, depuis cette date jusqu'à sa mort (1800), il n'avait fait que décliner. Andeieux n'avait pas retrouvé pour la Suite du Menteur (1803), le Vieux Fat (1810), et même la Soirée d'Auleuil (1804), le succès qui avait accueilli les Étourdis. Mais il faisait paraître des contes en vers, des épigrammes, qui ne seront pas oubliés ; car, s'ils ne montrent qu'un petit côté de l'esprit français, ils le représentent à merveille. Tout le monde connaît le récit du Meunier sans souci. Glaucon et Socrate, Cécile et Térence, la fable le Rat de ville et le Rat des champs, imitée d'Horace, peuvent lui être comparés.

Ces petites pièces ont pour nous bien plus de prix que les longs poèmes épiques ou descriptifs que recommandent aux seuls curieux les noms de LucE de Lancival {Achille à Sci/ros), d'EsMÉNARD (la Navigation), Parseval de Grandmaison (Philippe-Auguste), etc. Quelques petits poèmes, parfois une seule pièce, ont suifi à sauver de l'oubli Beetin, Paent, Legouvé (le Mérite des femmes), Michaud (le Printemps d'un proscrit). Soumet (la Pauvre Fille, couronnée par l'Académie en 1814), FoNTANES (le Pêcheur, sur un buste de Vénus) et surtout Millevoye (1). Sa Chute des feuilles parut la plus parfaite des élégies qu'eût encore produites la littérature française. On s'étonne d'un pareil jugement lorsqu'on songe aux élégies d'ANDEÉ Chénier. Cet écrivain de génie, qui marque une époque dans l'histoire de notre poésie et contribua plus que personne à en renouveler la forme aussi bien que l'inspiration, n'était connu alora que par son rôle poHtique, et l'on pourrait raconter toute l'histoire du mouvement littéraire du commencement du siècle, sans même avoir à citer son nom. Ses poésies ne furent publiées, et encore d'une manière bien incomplète, qu'en 1819 (1). On va plutôt chercher des inspirations nouvelles dans les nuageux poèmes d'Ossian, que la prédilection de Bonaparte a surtout mis à la mode. Ossian est traduit en prose, en vers; on en tire des pièces de théâtre, comme V Oscar d'Arnault, des

(l)On trouvera un inventaire fort bien fait des diverses branches de la littérature, de 1789 à 1815, dans le Directoire, le Consulat et T Empire, de P . Lacroix . Il est inutile de le recommencer ici .

Page 1