BOTANIQUE. — ADANSOX. — JUSSIEU. — MINÉRALOGIE
toire générale de l'Europe. Ces aptitudes variées ne sont pas rares chez ceux qui s'adonnent à l'étude de la nature. Charles Nodier débutait dans les lettres, à l'âge de dix-huit ans, par la publication d'une BiMiotheqve entomologique et d'un Mémoire sur Tusaije des antennes et de l'ouïe chez les insectes. "Walckenaer (1771-1852), ancien élève de l'École polytechnique, devait entrer, dès 1813, à l'Académie des inscriptions pour ses savantes études sur la géographie de la Gaule, et s'est fait un nom plus tard dans la critique, par ses monographies littéraires. En 1802, il publiait une Faune parisienne ou Histoire alrégée des insectes des environs de Paris, puis, en 1805, un Tableau des aranéides, qui fait époque dans la science, et il se délassait de ces travaux scientifiques par la publication de deux romans.
Botanique. — Dans la botanique, Adan- SOîf, qui vécut jusqu'en 1 800, préparait par ses travaux une nouvelle classification botanique. Mais elle ne fut réalisée que par Axtoine-Laurext de Jussieu, le savant de génie qui vint encore augmenter la gloire de cette illustre famille en qui peut se résumer l'histoire de la botanique pendant près d'un siècle. Dans son livre intitulé Gênera plantarum secundum ordines naturales disposita, Antoine-Laurent de Jussieu, appliquant les idées et complétant les travaux de son oncle Bernard de Jussieu, établissait pig. 257. — i* comte chaptai.
cette méthode naturelle qui, mettant fin au
système de Linné, fonde la classification des plantes sur l'ensemble de leurs caractères. Bernard et Laurent de Jussieu ont fait, pour la botanique, ce que Lavoisier avait fait pour la chimie (1). Après Laurent de Jussieu, nous citerons de Caxdolle, qui compléta ses travaux; de Mirbel, pour son Histoire naturelle des plantes; Théodore de Saussure, pour ses Recherches chimiques sur la végétation, ouvrage original et plein d'idées ; enfin les botanistes voyageurs, Palissot de Beauvais, Labillardière, BoxPLAXD, qui eurent souvent à déployer non moins d'énergie et de courage que de talent scientifique pour étudier sur place les plantes des pays les plus lointains, l'Australie, l'Amérique et l'Afrique équinoxiales.
Minéralogie et géologie. — La France avait alors le premier minéralogiste de l'Europe, comme elle en avait le premier botaniste, l'abbé René-Just Haiiy. JusT Haij Y, frère de Valentin Haiiy, l'instituteur des jeunes aveugles, fut le créateur de
(1) A côté des botanistes théoriques, les agronomes Thouin, Tessieu, Parmestier, Silvestre, Bosc, professeur de culture au Jardin des Plantes, qui profita de sa situation de consul aux États-Unis pour en rapporter des collections d'insectes, de reptiles, de coquilles, qu'il livra généreusement aux savants ; ce qui ne l'empêcha pas de faire lui-même des ouvrages estimés sur ces diverses parties de la zoologie. Nous nous reprocherions également d'oublier le peintre E edouté, le Raphaël des fleurs, qui devint professeur d'Iconographie végétale au Muséum, et qui, dans ses admirables recueils, les Liliaciéet (8 vol. in-fol., 486 planches), les Rotes (228 planches), sut unir le charme de l'art à la précision scientifique.
la Cristallographie; sou Traité de minéralogie (1808) est longtemps resté classique. Napoléon, qui avait pour lui la plus haute estime, le nomma chanoine honoraire de Notre- Dame, lors du rétablissement du culte. La réputation d'Haiiy était européenne. En 1814, les souverains étrangers vinrent le visiter. Des princes de la famille impériale russe et un prince de Danemark suivirent ses cours, qu'il faisait avec une clarté et une élégance remarquable. La minéralogie, comme la paléontologie, préparèrent les progrès si rapides que devait faire la géologie, après 1815. Les deux principaux systèmes géologiques, le Vulcanisme ou Plutonisme et le Xeptunisme, l'un qui attribue toutes les formations terrestres à l'action du feu, l'autre à l'action de l'eau, avaient été constitués, le premier, par Hutton (1726-1797) ; le second, par Werner (1775-1817) ; il appartenait aux savants modernes de les concilier. Les études de Rajioxd sur les Pyrénées, de DoLOMiEU sur les Alpes, devaient contribuer à amener ce résultat.
MÉDECINE ET C'HIEURGIE (1). — Dans la médecine, Barthez (1734-1806), représentait encore d'une façon éminente l'école du dix-huitième siècle. Broussais publia, en 1808, son Traité desphleginasies chroniques. Il n'avait pas encore imaginé son système, qui devait amener tant de désastres et compromettre la santé de plusieurs générations.
Il reste en somme bien loin de Bichat (1771-1802), élève d'Antoine Petit et de Corvisart, un des plus beaux génies de la France. Son ouvrage capital est son Anaiomie générale. Bordeu avait affirmé que dans chacun de nos organes les propriétés vitales se spécialisent , qu'ils ont une vie profire à côté de leur vie commune ; Bichat détermina par l'expérimentation directe, les différences que présentent les propriétés vitales dans les divers tissus relativement à leur nature, à leur mode, à leur intensité. En harmonie avec leurs fonctions, elles sont la source de leurs actes physiologiques, de leurs sympathies, de leurs lésions pathologiques, des symptômes par lesquels elles les manifestent. Il fut le véritable créateur de l'anatomie et de la physiologie des tissus.
CoEviSAUT (1755-1821), clinicien de premier ordre, vulgarisa et perfectionna la méthode de la percussion thoracique, qu'un modeste praticien allemand, Avenbruger, avait déjà indiquée avec précision dans un ouvrage écrit en latin, que Corvisart traduisit. Il cultiva l'anatomie pathologique avec grand succès, mais il disait avec raison : « Le but désirable, le but unique même de la médecine pratique doit être non pas de rechercher, par une stérile curiosité, ce que les cadavres peuvent offrir de singulier, mais de s'efforcer de reconnaître les maladies à des signes certains, à des symptômes constants. » {Essais sur les maladies de cœur.) On oublie peut-être un peu aujourd'hui que la science n'est pas tout dans un médecin, il lui faut surtout le coup d'oeil et l'expérience. Le médecin au lit d'un malade est comme un général devant l'ennemi. On peut être un harmoniste mathématique de première force et incapable de jouer bien un morceau de musique.
Laennec porta presque à la perfection la méthode de l'auscultation ; son traité sur
(1) Histoire de la métkcine et histoire de la chirurgie, par Boyer, dans le Dictionnaire encyclopédique des science» médicales, composé sous la direction des docteurs Dechambre et Lereboullet (Asselin et Houzeau, éditeurs). Article A natomie, par Dechambre et Lereboullet, dans le même dictionnaire. Ces deux articles mériteraient d'être développés, pour former des ouvrages distincU. — Guardia, Ilistoire de la médecine.