LAMARCK
M. Chevreul, né le 31 août 1786, s'était déjà fait connaître dans le monde savant, avant 1815, par sa découverte des acides stéariqne et oléique, découverte qui devait amener plus tard, entre autres applications, l'invention de la bougie stéarique.
Sciences naturelles." — Zoologie. — Quel que fût alors l'éclat des sciences mathématiques et physiques, les sciences naturelles ne leur cédaient en rien ; il suffit de citer Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Jussieu, Haûy.
Georges Cuvier, né en 1 769, à Montbéliard, qui appartenait alors au Wurtemberg,
Fig. 266. — Georges Cuvier.
vint à Paris en 1794. Il posait dès 1795 les bases de la classification zoologique en se fondant sur la loi de la subordination des organes.
Il faisait faire un pas immense à l'anatomie comparée ; on peut même dire qu'il opérait une révolution dans cette science, en établissant la loi de la corrélation des formes, qui permet, avec un seul fragment, de reconstituer l'être tout entier. Il en fait à la paléontologie des applications vraiment merveilleuses. Il crée comme un monde nouveau, il rend, pour ainsi dire, l'existence aux végétaux et aux animaux disparus et transforme l'étude de la géologie en permettant de déterminer l'antiquité successive des couches terrestres, par l'examen des débris fossiles qui s'y trouvent. Ses Leçons ffanatomie comparée furent rédigées et publiées, de 1800 à 1805, par Duméril et Du- VERNOY, qui se faisaient déjà connaître par des travaux personnels remarquables. Parmi
MAPOLBOS 1".
ses autres collaborateure, il faut citer son frère Frédéeic Cuviee. Mais un seul pouvait être considéré comme son rival.
Geoffroy-Étiexxe Saint-Hilaire (1772-1844), déjà professeur au Muséum en 1793, avait contribué à y appeler Cuvier. En 1797, il avait suivi Bonaparte en Egypte, et, après la perte de notre conquête, il nous avait conservé, par son énergie, les collections scientifiques que les Anglais voulaient nous enlever. Envoyé en Portugal, en 1807, pour explorer, au profit de la France, les riches collections de ce pays, il enrichit, par de judicieux échanges, les deux pays à la fois, et sut mériter la reconnaissance des Portugais. En 1815, il travaillait encore avec Cuvier; mais déjà on pouvait apercevoir dans ses divers Mémmres les idées qui devaient se développer jilus tard et amener une éclatante rupture scientifique entre les deux illustres savants. Tandis que Cuvier, sans nier l'unité du plan primitif des choses, cherchait surtout, pour établir ses classifications, à déterminer les diiïérences des êtres, Geoffroy Saint-Hilaire, poursuivant l'idée de l'unité de composition do la nature, appuyait sur les analogies entre les animaux et étudiait les types de transition d'une classe à l'autre.
Des idées autrement hardies étaient émises, vers le même temps, dans la PJiUosophie zoohgîqne de Lamakck (1809), un des ouvrages les plus originaux et les plus profonds de ce siècle , mais dont l'importance n'a été comprise que plus tard. Cet ouvrage y abordait de front, avec une rare vigueur d'esprit, mais une imagination parfois chimérique, tous les problèmes généraux de la science. Poussant plus loin que Geoffroy Saint- Hilaire les notions d'unité et de coordination des êtres, il exposait déjà plusieurs des idées qui ont fait la célébrité de Darwin. Lamarck s'était fait un nom parmi les botanistes par a^ Flore française, lorsqu'il fut chargé, en 1793, à la réorganisation du Muséum, de la chaire des vers et insectes. Ce genre d'études lui était complètement étranger. Mais, en quelques années, il devenait un zoologiste éminent, et son Si/stème des animaux sans vertelres (1801), qui devint (1805-1808) son. Histoire naturelle des animaux satis vertèbres, ses Recherclics sur Torgajiisation des corps vivants (1802), le rendaient bientôt illustre. Lamarck, qui avait la vue affaiblie, dès 1796, devint, sur la fin de sa vie, complètement aveugle. Cette infirmité n'interrompit pas ses travaux scientifiques, mais l'empêcha de participer à l'organisation des collections du Muséum, travail qui fait autant d'honneur à Geoffroy Saint-Hilaire et à Cuvier, et leur mérite autant de reconnaissance que leurs découvertes.
Après ces grands noms, d'autres encore ne doivent pas être oubUés. Levai llaxt continuait ses publications sur les oiseaux de l'Afrique et de l'Amérique. Latreille, dans sa trop grande modestie, consacra nue bonne partie de son temps à servir de collaborateur à Cuvier, Lamarck, Humboldt, qui fut presque un savant français ; mais il s'est placé cependant au premier rang par ses travaux sur l'histoire naturelle des insectes. Ce n'était pas par la modestie que se distinguait Lacépède, et son style, qui reste déclamatoire jusque dans les descriptions anatomiques d'animaux secondaires, suffirait à le prouver. Il eut de son vivant une renommée supérieure à son mérite; mais on l'a trop abaissé depuis. Il s'était fait connaître comme musicien et romancier, en même temps qu'il poursuivait ses études de natuvahstc; sur la fin de sa vie, il écrivait une Bis-