ETAT COMPARÉ DU CONTINENT ET DE L'ANGLETERHE
qu'ils perdaient à l'exportation, tandis que nos manufactures perdaient par le prix des matières premières ce qu'elles gagnaient à la protection. Enfin le blocus continental ne fit qu'accroître l'empire colonial des Iles-Britanniques, ou lui fermait l'Europe, elle s'ouvrit l'Asie, l'Afrique et l'Amérique; elle se ménagea surtout des routes, elle se posta aux détroits ou aux caps, comme l'avait fait autrefois
juvcnure du nouveau port de Cberbonrg. Deeëu
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Athènes dans la Méditerranée orientale, de manière à commander tous les passages.
Les résultats politiques et économiques du blocus ont donc été loin d'être tous heureux, aussi a^t-on porté sur cet acte les jugements les plus divers.
Pour être équitable, il faut remarquer que ce blocus n'a pas toujours eu le même caractère. D'abord il fut une violence provoquée et par cela même autorisée par l'Angleterre, et destinée à l'obliger à reconnaître les règles du droit des gens. « La gigantesque idée du blocus continental, dit M™* de Staël elle-même dans ses Considérations sur la Bévolution franqaise , ressemblait à une espèce de croisade européenne
dont le sceptre de Napoléon était le signe de ralliement. » Plus tard, l'Empereur eut le tort de faire du blocus un système , une arme, non plus tant contre l'Angleterre que contre le continent, un prétexte pour intervenir dans les affaires de tous les peuples et les soufnettre à son ambition. Mais il fallait prendre garde, en effet, en disputant l'accës du continent à l'Angleterre de lui procurer autant d'alliés secrets qu'on se donnait de coopérateurs forcés au blocus, de devenir insupportable à ses alliés contraints avant de l'être à l'Angleterre. Enfin l'Empereur fit du blocus une ressource fiscale, un moyen de subvenir aux immenses dépenses de ses guerres par les saisies et les confiscations, mais surtout par le système de plus en plus étendu des licences.
Ainsi la pensée du blocus continental, qui a occupé l'esprit de Napoléon une grande partie de sa vie, a passé par trois phases différentes : mesure de représailles, prétexte de conquête, ressource financière. De ces trois phases la première, excusable, semble conforme au droit de la guerre, la seconde peut être difficilement défendue, la troisième est odieuse.
Aucune mesure ne contribua davantage à rendre Napoléon impopulaire, car aucune n'amenait plus de trouble dans les habitudes journalières de toutes les classes, aucune ne faisait mieux sentir le despotisme dans les détails de la vie, aucune ne donnait lieu à plus de vexations.
« J'ai vu, dit M"^ de Staël, j'ai vu, sur la place publique de Genève, de pauvres femmes se jeter à genoux devant le bûcher où l'on brûlait des marchandises en suppliant qu'on leur permît d'arracher à temps aux flammes quelques morceaux de toile ou de draps pour vêtir leurs enfants à la misère. » M'"" de Staël ajoute avec raison que de pareilles scènes devaient se passer partout.
Les souffrances qui résultaient trop naturellement du blocus continental étaient souvent aggravées par la rigueur inepte avec laquelle il était appliqué. Beugnot raconte dans ses Mémoires (t. II, p. 28), qu'il vit an-iver dans le grand-duché de Berg dont il était administrateur un certain M. Turc, envoyé de Paris par le gouvernement, qui s'annonça par une recherche des marchandises anglaises. « Il regardait, un auto-da-fé de ces infâmes marchandises, d'abord comme un acte fort glorieux en soi, et ensuite très sage en économie politique. Dans l'exaltation de son zèle, il fond un beau matin sur les cotons en ballots qui se trouvaient dans le grand-duché, et les saisit en totalité, comme marchandises anglaises. Un méchant enchanteur