PREMIERES ANNEES DE NAPOLEON
la famille bonaparte. — l enfant corse. — l eleve de brienne. l'officier d'artillerie.
ORSQUK Napoléon Bonaparte naquit, h Ajaccio, le 15 août 17G9, la Corse était française depuis quelques mois à peine.
Elle avait eu, au dix-huitième siècle, une existence tourmentée; Gènes seule était parvenue à fonder dans cette île un établissement durable. Mais, vers 1729, les Corses, d'un caractère indépendant et fier, entreprirent de recouvrer par les armes leur liberté perdue. Quelques aventures heureuses leur permirent de se rendre maîtres de l'île presque entière et de détruire la domination génoise. Toute l'Europe admirait les vertus de ces courageux patriotes; malheureusement, dans leur ardeur à défendre leurs récentes conquêtes, ils appelèrent l'étranger. La France les inquiétait; ils prévoyaient que tôt ou tard elle étendrait sa domination sur cette île, trop voisine de ses côtes : ils invoquèrent le secours
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des Anglais. Ceux-ci leur firent des promesses, sans jamais les servir par leurs armes; mais la France, alarmée de cette intervention prochaine, envoya quelques troupes en Corse, à partir de 1737, pour soutenir en apparence la souveraineté nominale de la république de Gênes, et la résistance continua mollement jusqu'en 1768. C'est alors que le duc de Choiseul obtint de Gènes la cession de l'île de Corse, pour réparer certaines imprudences politiques commises par Gênes dans la question, brûlante alors, de l'expulsion des jésuites.
Le traité est du 15 mai 1768. Mais les Corses n'hésitèrent pas à lutter seuls contre la puissante nation dans laquelle ils avaient vu d'abord une médiatrice. Ils avaient depuis longtemps à leur tête un patriote d'une indomptable énergie, qui joignait au courage intrépide, commun dans son pays, une habileté politique et un talent d'administrateur qui en faisaient un véritable chef d'Etat : Pascal Paoli. Pendant un an il tint en échec les troupes de la France. Les généraux Chauvelin et Marbeuf ne purent le soumettre. L'arrivée d'une armée de 30.0.00 hommes, sous la conduite du comte de Vaux, sembla même ne donner qu'une nouvelle ardeur à la résistance nationale. Il nous est resté le souvenir d'une réunion au couvent de Casinca, où Paoli, exaltant la vertu de ses compagnons, leur proposa, à la manière antique, de s'offrir en holocauste pour le salut du pays. Tous jurèrent de le suivre. Jean-Jacques Rousseau, choisi pour légis- • lateur par la Corse, annonçait aux députés du pays, en leur remettant la constitution qu'il avait rédigée pour elle, « que leur petite île étonnerait le monde par l'un de ses enfants )). Les 'contemporains purent croire que Paoli était l'objet de cette prédiction; mais c'est Napoléon Bonaparte qui devait la réaliser.
Le 9 mai 1769, le comte de Vaux remporta une victoire complète à Ponte-Nuovo. C'en était fait de l'indépendance de la Corse : désormais elle était française de fait comme de droit.
Parmi les partisans les plus énergiques de Paoli, on avait remarqué un jeune homme aussi ardent dans les conseils que brave dans les combats, partout accompagné de sa jeune femme, courageuse patriote comme lui. C'était Charles de Bonaparte, le père de Napoléon; sa