BARCLAY ET KUTUSOF. — LA REDOUTE DE SCHWARDINO
là OÙ elle avait dû se défendre par des fortifications de campagne. Afin de pouvoir se déployer plus à l'aise, il ordonna d'enlever le jour même la redoute de Schwardino, située à droite du champ de bataille. Ce fut un combat effroyable entre les soldats d'Eugène, de Compans, de Murât, de Poniatowski et l'armée de Bagration. La redoute nous resta enfin. Quand, en passant la revue des troupes le lendemain.
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Fig. 303. — Prise de la grande redoute, à la Moskova. Mort du g>!-nâral Jean-Gabriel, comte de Caulaincourt, frère cadet du duc de Vicenoe. D'après nn dessin d'Albrecbt Adam, peintre de S. A. I. le prince Eugène.
Napoléon demanda ou était le 61* de ligne qui avait eu l'honneur d'enlever la position : « Il est dans la redoute », répondit le colonel (1). Le 6, de grand matin, Napoléon monta à cheval avec ses maréchaux et fit avec le plus grand soin la reconnaissance du terrain où l'on allait se mesurer avec les Russes. « Après cette inspection. Napoléon, ayant arrêté ses idées, résolut de ne laisser sur la gauche de la Kolocza que très peu de forces, d'exécuter une attaque assez sérieuse au centre vers Borodino, mais de diriger son principal effort vers
(1) C'est très probablement ce combat de Schwardino que raconte Mérimée dans sa nouvelle l'Enléviment de la redoute.
la droite de la Kolocza, tant sur le premier monticule couronné par une grande redoute que sur le second où s'élevaient trois flèches ou redan en avant du village de Semenafskoï. En même temps, à travers les bois d'Outitza et sur la vieille route de Moscou, on acheminerait le corps de Poniatowski pour inquiéter les Russes de ce côté. On pourrait même, si l'attaque réussissait de ce côté, y envoyer des forces plus importantes. « Eugène sera le pivot, s'écria Napoléon. C'est la droite qui engagera la bataille. Dès qu'à la faveur des bois, elle aura envahi la grande redoute qui lui est opposée , elle fera un à gauche et marchera sur le flanc des Eusses, ramassant et refoulant toute leur armée sur la droite et dans la Kolocza (1). »
La journée du 6 fut calme ; ou se préparait à la bataille. Dans le camp des Russes, refait le plus profond silence ; au milieu des popes et des archimandrites, Kutusof montrait à ses soldats l'icône de la Vierge de Smolensk, qui avait, disait-on, échappé miraculeusement aux Français , et les exhortait à défendre leur religion et leur patrie. Dans le camp français, Napoléon montrait à ses officiers et aux soldats de la vieille garde le portrait du roi de Eome, par Gérard, qu'il venait de recevoir. Les Eusses passèrent la nuit à se confesser, à communier ; le matin, ils mirent des chemises blanches, comme pour une noce, et, à genoux, furent bénis et aspergés d'eau sainte par les popes.
Napoléon, épuisé, fut saisi, le G au soir, d'une fièvre violente ; la soif le dévorait, il ne trouvait aucun repos ; un accès de dysurie vint s'ajouter à ses souffrances. Mais, à cinq heures du matin, il se ranime en apprenant que les Russes sont prêts à combattre et que Ney demande à attaquer. « Nous les tenons enfin, s'écrie-t-il, marchons, allons nous ouvrir les portes de Moscou! » Il se leva et se rendit sur le terrain. Eugène prit position devant Borodino, sm* la Kolocza ; au centre étaient Davout et . Xey, ayant en seconde ligne Murât et Junot et en réserve la garde ; Poniatowski, à droite. Davout et Ney commencèrent l'attaque sur les redoutes de Séménofskoï, « ils se jetèrent impétueusement dans les intervalles des ouvrages et les tournèrent à la gorge ; les soldats des deux corps entrèrent pêle-mêle dans les redoutes sans même laisser aux Russes le temps de retirer leurs pièces ».
Bagration accourut avec des renforts; ses attaques désespérées n'eurent aucun succès ; il fut blessé à mort. Pendant ce temps, Kutusof entassait ses troupes du côté d'Eugène, qui, après avoir enlevé Borodino, s'était emparé de la grande redoute : il parvint à l'en chasser, et alors il porta ses réserves au secours de sa gauche.
(1) Davout avait proposé un autre plan qui semblait devoir amener encore des résultats plus décisifs, et Davout est un assez grand homme de guerre pour que, Bur un point déterminé, on puisse hésiter entre lui et Napoléon. L'Empereur crut devoir le repousser pour des raisons qu'on peut voir dans Thiers, ^tome XIV, p. 310.