‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 305 sur 389 · POLOTSK · texte numérisé non relu

POLOTSK

jours de marche. Le nom de Charles XII le hantait ; il s'efforçait de trouver mille différences entre les deux expéditions.

Ses lieutenants étaient vainqueurs sur les ailes. Scliwartzenberg et Reynier, qui avaient déjà repoussé Tormasof jusqu'à Gorodeczna, où ils l'avaient vaincu (12 août), avaient remporté un nouveau succès à Kobryn (16 août). Pendant que Macdonald occupait Dunabourg et

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Fig. 302. — Plan de la bataille de Borodino ou de la Moskowa. (Tiré de Vicloiret et Con^uêtei dei Françait.')

investissait Riga, Oudinot, aidé du corps bavarois commandé Gouvion Saint-Cyr, occupait Wittgenstein sur la Drissa par des engagements heureux (29 juillet, 1 et 2 août). Il s'était retiré cependant sur Polotsk pour se concentrer et avait livré (17 août) un nouveau combat, lorsqu'une blessure grave l'obligea à remettre le commandement à Gouvion Saint-Cyr. Le lendemain, le nouveau général en chef remportait la brillante victoire de Polotsk, pour laquelle il reçut le bâton de maréchal : il le méritait depuis longtemps. Toujours calme au milieu des plus grands périls, d'une simplicité grave, de mœurs irréprochables, d'une probité exemplaire, il avait acquis un grand ascendant sur ses troupes ; son esprit philosophique et méditatif aimait surtout à se

servir du côté moral de ceux qu'il avait à combattre ou à commander. A la manière dont il jugeait le terrain d'un coup d'œil et à son habileté à se servir de la carte, on retrouvait l'ancien artiste dessinateur.

Le 20 août, la Grande Armée quitta Smolensk. Napoléon partait pour Moscou avec 155.000 hommes et s'appuyait sur 280.000, laissés en Lithuanie et en Pologne. A l' avant-garde, Davout et Murât se disputaient le commandement ; cette mésintelligence empêcha d'engager une bataille à Dorogobouje, le 23 août.

Dans le camp ennemi, on se déchaînait contre Barclay, qui avait mis le terrain contre lui au lieu de s'en servir; Bagration cria à la trahison. Toute l'armée réclama Kutusof, qui avait pour lui le souvenir d'Amstetten, de Krems, de Dirnstein et de ses succès récents contre les Turcs. Le Czar céda et lui confia l'armée : Barclay demanda généreusement à servir sous ses ordres. Cette nomination excita un enthousiasme général. Cependant Kutusof, comme Barclay, continuait à reculer, et les Russes brûlaient leurs villes à mesure qu'ils les abandonnaient. Mais on ne pouvait livrer Moscou, la ville sainte, sans livrer une bataille générale. Kutusof s'arrêta à Borodino, au confinent de la Moskova et de la Kolotch ou Kolocza. Il avait couvert le terrain de redoutes et de travaux. Miloradowitch, avec 10.000 recrues et une foule de paysans portant la croix et criant ce Dieu le veut! », le rejoignirent. Kutusof eut alors 72.000 fantassins, 18.000 cavaliers réguliers, 7.000 Cosaques, 10.000 miliciens, 640 canons servis par 14.000 artilleurs. Napoléon n'avait pu réunir que 86.000 fantassins, 28.000 cavaliers, 587 canons servis par 16.000 pionniers ou artilleurs; mais son armée, quoique fatiguée par cette marche de 800 lieues, était encore supérieure aux Russes, bien qu'ils en fussent, dit Ségur, « à ce point où les nations ont encore toutes les vertus primitives et déjà des vertus acquises ». La Grande Armée de 1812 avait plus d'unité que celle de 1809.

Napoléon arriva le 5 septembre au monastère de Kolotskoï et reconnut, que la droite russe était trop bien défendue par l'escarpement de la rive gauche de la Kolotch, et qu'il valait mieux l'attaquer

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