‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 322 sur 389 · METTERNICH. — ARMISTICE · texte numérisé non relu

METTERNICH. — ARMISTICE

intervint. Les négociations de 1813 sont le clief-d' oeuvre de la carrière diplomatique de Metternicli.

Après la retraite de Russie, lorsqu'il vit la coalition formée, le cabinet de Vienne prit une attitude froide, malveillante même, disant que les conditions de l'alliance de l'Autriche avec la France étaient changées et qu'elle devait simplement jouer le rôle de médiatrice. Met-

Fig. 321. — 1813. Lithographie de Raffet.

ternich félicitait en même temps le roi de Prusse de son alliance avec le Czar « pour assurer l'indépendance de l'Europe ». La victoire de Lutzen l'avait inquiété; il envoya à Napoléon des protestations d'amitié, et offrit de régler dans un congrès les conditions de la paix. Napoléon n'y consentit pas avant d'avoir repris la ligne de l'Oder et occupé la Silésie. Il aurait pu continuer sa marche en avant sans écouter les propositions de Metternich, car l'armée alliée était épuisée et réduite à 80.000 hommes. Dans une dernière bataille. Napoléon avait toutes les chances de l'écraser.

Il se laissa cependant entraîner à signer, le 4 juin, à Pleiswitz ou Poischwitz, un armistice qui devait durer jusqu'au 28 juillet. Il ne posait les armes qu'à regret et en disant que si les alliés n'étaient pas de bonne foi cet armistice lui serait bien funeste.

Mais Napoléon n'était pas seulement alors un général, il était un chef d'empire, et les deux rôles se contrariaient; les considérations politiques expliquent cette grande fiiute militaire. « Le vœu général était pour la paix, non pas seulement dans la nation, mais dans tout l'entourage de l'Empereur, parmi les généraux eux-mêmes. Napoléon ne s'y trompait pas : « Je vois bien, Messieurs, disait-il alors aux chefs qui l'entouraient, que vous ne voulez plus faire la guerre. Berthier voudrait chasser à Grosbois et Rapp habiter son hôtel à Paris. » Napoléon sentait que la France commençait à l'abandonner. « Il fallait, comme le dit Fain (Manuscrit de 1813), il fallait qu'on ne pût douter du désir qu'il avait de la paix, et il en voulait donner la preuve, même au prix des plus grands intérêts militaires. » D'ailleurs cet armistice pouvait lui donner le temps d'appeler ou de rallier de nouvelles troupes et d'augmenter sa cavalerie.

Les événements ne tardèrent pas à montrer que la Prusse et la Russie ne voulaient pas la pais et qu'elles n'avaient accepté une trêve que pour réparer leurs forces et permettre à l'Autriche^de préparer les siennes. Dix jours après l'ouverture de l'armistice, le 14 juin, Frédéric-Guillaume et le Czar signaient avec l'Angleterre le traité de Reichenbach, par lequel l'Angleterre accordait au premier un subside de 17 millions par mois, au second un subside do 33 millions. Du reste, les revers des Français en Espagne étaient de nature à encourager nos ennemis. La puissance de Napoléon était ébranlée de toutes parts.

Napoléon, en renvoyant Ferdinand VII en Espagne, et en se bornant de ce côté à une guerre défensive contre les Anglais, aurait pu rappeler la plus grande partie des 100.000 hommes qui combattaient inutilement au delà des Pyrénées et doubler presque nos forces en Allemagne. En 1812, au retour du printemps, Wellington avait repris l'offensive et s'était emparé de Salamanque. Marmont, qui avait succédé à Masséna, attaqua les Anglais sur les hauteurs des Arapiles, au nord de Salamanque, fut blessé dès le début de l'action, et son armée, complètement battue, dut se retirer sur Burgos. Wellington entra dans Madrid; Joseph se replia sur le royaume de Valence, où Suchet était toujours aussi solidement établi. La retraite de Joseph entraîna celle de Soult, qui fut contraint d'abandonner le blocus de Cadix et toute l'Andalousie. La cause des Français en Espagne semblait perdue lorsque

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