‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 323 sur 389 · SALAMANQUE. — BURGOS. — VITTORIA · texte numérisé non relu

SALAMANQUE. — BURGOS. — VITTORIA

Wellington fut arrêté par l'héroïque défense du général Dubreton à Burgos. Après trente-cinq jours de siège et cinq assauts, l'armée anglaise, malgré ses victoires, fut forcée de battre en retraite, tellement affaiblie qu'elle ne put empêcher la jonction de Soult avec Souham, qxù avait réorganisé l'armée aux Arapiles; elle refusa la bataille que les Français lui offraient à Salamanque, et rentra en Portugal.

Fig. 322. — Esquisse aa lavis de RafFet.

Mais AVellington reprit, l'armée suivante, l'exécution de ses projets. Joseph, ayant formé des 80.000 hommes qui lui restaient une seule armée dont Jourdan était le major général, avait eu le tort d'éparpiller ses forces sur un long cordon du Tage aux Pyrénées. Wellington, sortant du Portugal avec 120.000 hommes et remontant la vallée du Douro, força de nouveau Joseph à évacuer Madrid. L'armée française essaya de se concentrer à Burgos, tandis que les Anglais se dirigeaient vers Bayonne, avec le dessein de couper Joseph de la France. Inquiété par ce mouvement, Joseph abandonna aussi Burgos et vint garder le défilé de Pancorbo. Il avait encore trop dispersé ses forces,

la droite étant en Biscaye tandis que la gauclie était à Logrono, et lui-même, avec le centre, dans le voisinage de Vittoria. Wellington, tournant l'Èbre, vint prendre position sur le chemin de Vittoria îl Bilbao. Joseph, obligé encore de reculer sans avoir combattu, pour conserver ses communications avec la France, se posta à Vittoria même, réunion des routes des Pyrénées occidentales. C'est là que Wellington l'attaqua et le vainquit. Les Français perdirent 5.000 hommes, plus de 100 canons, laissèrent l'ennemi maître de la route de Bayonne et se hâtèrent de repasser les Pyrénées (21 juin 1813). Soult vint prendre le commandement de l'armée de Joseph avec des pouvoirs illimités, Suchet, qui , un instant coupé des Pyrénées par une armée anglo-espagnole, avait heureusement rétabli sa communication avec la France, reçut l'ordre d'évacuer Valence, quoique son autorité y fût encore incontestée, et de se diriger vers la Catalogne. En se retirant il délivra par une victoire la garnison de Tarragone et remporta un dernier succès au col de l'Ordal (11 sept.). La frontière française n'en était pas moins forcée. Cet événement eut le plus grand retentissement en Europe. Ainsi la France était envahie à son tour, et c'était le pays qu'elle avait le plus injustement traité qui lui infligeait le premier cette humiliation. Les coalisés ne pouvaient plus hésiter à continuer la guerre. Le plus grand musicien de l'Allemagne, Beethoven, fit un cantate-symphonie sur la bataille de Vittoria.

Des événements qui se passaient en Amérique auraient pu avoir sur ceux d'Europe des conséquences importantes s'ils étaient arrivés plus tôt. La guerre avait éclaté entre l'Angleterre et les États-Unis, dont la puissance n'avait fait que s'accroître pendant les luttes du vieux monde. L'Angleterre, qui s'était d'abord rapprochée de l'Amérique à cause du blocus continental , commençait à s'inquiéter de ces progrès. Elle avait vu surtout avec dépit les tentatives faites pour annexer la Floride, qui voulait se détacher de l'Espagne. Aussi recommença-t-elle ses violences. Elle exerça la presse des matelots américains jusque sur les navires de l'État. C'était tout profit pour les Anglais, car les Américains du Nord parlaient la même langue qu'eux. Le droit de visite fut exercé avec la dernière rigueur. Les plaintes des Américains n'avaient eu aucun succès près du cabinet britannique.

Napoléon, voulant profiter de cette situation, avait essayé de les attirer dans son alliance contre l'Angleterre en se relâchant un peu avec eux des rigueurs du blocus continental. Mais la guerre ne fut déclarée par les États-Unis à l'Angleterre qu'en

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