CONCENTRATION A LEIPZIG
doute l'impression que produira chaque pas qu'il fait en arrière. Il craint, non sans raison, pour l'existence de son pouvoir, qui n'est fondé que sur la force, dès qu'il montrera que cette force n'est plus la même qu'autrefois. » Napoléon avait un instant songé à renverser sa ligne d'opération, à faire de Magdebourg son point d'appui et à manœuvrer sur la rive droite de l'Elbe, en ralliant nos garnisons des places de l'Elbe, de la Vistule et de l'Oder, ce qui nous aurait donné 300.000 soldats. Ce beau plan fut malheureusement abandonné. Mais Napoléon savait com-
Fig. 329. — Le moment solennel de la bataille de Leipzig. Les goUTeraina alUôs à genoux. D'après une gravure allemande du temps.
bien la confiance qu'il inspirait était ébranlée. Il aurait eu l'air de se fermer les routes de France et, comme dit Fain, dans l'anxiété où tombaient les esprits, on ne voulait plus rien comprendre aux combinaisons de l'Empereur, quelque grandes qu'elles fussent.
Napoléon donna Leipzig pour point de ralliement à son armée. Ney dut venir le rejoindre après avoir fait sauter les ponts de l'Elbe. Napoléon, arrivé le 14 à Leipzig, espérait avoir le temps d'écraser Schwartzenberg , qu'il considérait avec raison comme le meilleur gé-
néral de la coalition, avant que Blucher, qu'il croyait encore bien loin, eût pu venir à sou secours. Il mettrait ensuite Blucher lui-même en déroute avant l'arrivée de Bernadotte et de l'armée du Nord et profiterait de ces victoires pour imposer ses conditions aux alliés.
C'est autour de cette ville où avaient déjà eu lieu plus d'une célèbre rencontre que devait se livrer « la bataille des nations ».
En deux jours toute l'armée française, réduite à liO.OOO fantassins et à 20.000 cavaliers, y fut réunie (15 octobre). Elle s'y adossa à toutes les portes pour fermer toutes les routes de l'Elbe. Napoléon dirigea Bertrand, avec 15.000 hommes, sur Lindenau pour rouvrir la route de Lutzen ; il posa Xey sur la Partha avec 45.000 hommes, pour contenir Blucher qui arrivait par Halle, et Bernadotte qui revenait à Zerbig ; lui-même, avec 100.000 hommes, espérait battre les 130.000 de Schvartzenberg : sa droite s'appuyait sur la Pleiss, son centre était dans le ravin de Wuchau, sa gauche était sur la route de Colditz.
Schvartzenberg, voulant empêcher la concentration des forces françaises et donner le temps à Blucher et à Bernadotte d'arriver, se décida à attaquer, quoiqu'il eût encore en arrière 50.000 hommes sous Benningsen et Colloredo. Trois énormes colonnes se portèrent contre les positions des Français, qui furent perdues et reprises jusqu'à six fois (16 octobre) ; l'ennemi fut définitivement chassé avec de grandes pertes, mais la victoire était restée indécise. En même temps Ney était attaqué par Blucher : il fut rejeté sur la Partha avec perte de 2.000 hommes. Bertrand occupa Lindenau et battit Giulay.
« Napoléon se décida à une nouvelle bataille. C'était une grande faute : l'ennemi allait se renforcer de plus de 100.000 hommes, et nous n'attendions d'autre renfort que 12.000 Saxons. L'Empereur replia ses postes et se concentra entre Connewitz et Schœnfeld, le centre à Probstheyda ; mais il eut le soin de préparer la retraite en ordonnant de construire des ponts sur l'Elster, ordre que Berthier n'exécuta pas et qui fut la cause d'un grand désastre. L'ennemi n'attaqua pas ce jour-là : Bernadotte et Benningsen n'arrivèrent que le lendemain. Alors lesalhés s'avancèrent de toutes parts, au nombre de 300.000 hommes avec 50.000 chevaux et 1.200 canons, enfermant dans un demi-cercle de trois à quatre lieues de développement les 140.000 Français adossés à Leipzig. La bataille fut effroyable (18 octobre). Les alliés donnaient par masses, et livraient aux colonnes françaises de véritables assauts où ils faisaient d'énormes pertes ; mais ils remplaçaient sans cesse leurs troupes épuisées par des troupes fraîches ; ils jouaient uniquement à tuer les hommes, dussent-ils en sacrifier le double, certains d'avoir toujours la supériorité du nombre. Au centre et à la droite, les Français, qui, au dire même des ennemis, n'avaient jamais montré plus de bravoure, conservèrent leurs positions ; mais à la gauche une terrible trahison leur fit perdre un moment le terrain : là, 40.000 hommes étaient battus en brèche par 100.000 hommes et 300 canons que dirigeait Bernadotte, quand