‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 327 sur 389 · DEFAITE DE KULM · texte numérisé non relu

DEFAITE DE KULM

tait de leur enlever à droite la grande route de Freyberg, la plus large et la meilleure pour assurer leur retraite , de les acculer à gauche sur cette route de Peterswalde où Vandamme les attendait à la tête de 40.000 hommes et de les réduire ainsi, pour retourner en Bohême, à des chemins mal frayés, où ils ne repasseraient qu'en essuyant des pertes énormes. Ces combinaisons formées en un instant avec une merveilleuse promptitude d'esprit avaient rempli Napoléon d'une satisfaction qui éclatait sur son visage, s C'était la joie anticipée d'un triomphe presque certain.

Lièjfende

^AUiM - 'y..

U, 16 Octobre. I8IS t^oPotUiort' t£et Amis te J6 Oct^bft- /8I3

o U '/t '/t 1 2LietM

Fig. 327. — Plan de la Ijetaîllc de Leipzig, dite la bataille des nations.

La bataille se passa comme l'Empereur l'avait réglée. Malgré les grands noms de Wagram et de la Moskova, Napoléon n'en avait pas eu de pareille depuis Ratisbonne, et Dresde pouvait prendre place à côté d'Austerlitz, d'Iéna de Friedland. Quoique nous n'eussions que 120.000 hommes à opposer à 200.000, nous avions, à dix heures du soir, enlevé aux coalisés 15 à 16.000 prisonniers, au moins 40 bouches

à feu, et il restait sur le terrain environ 10,000 ennemis, morts ou blessés. Parmi les morts se trouvait le général Moreau , le vainqueur de Holienlinden, qui tombait frappé par un boulet français. Ces grands résultats nous avaient coûté 8 à 9.000 hommes et l'Empereur se promettait de bien plus grands résultats encore, par suite de la position qu'il avait assignée à Vandamme.

Mais le temps n'était pas éloigné où Napoléon allait vivement regretter de n'avoir pas fait, lors du congrès de Prague, les concessions nécessaires pour obtenir la paix. Lui seul en France, peut-être, voulait la guerre ; les murmures croissaient dans l'armée.

« Cette victoire fut mémorable, écrit le capitaine Coignet, mais nos généraux n'en voulaient plus. J'avais mon couvert au grand état-major et j'entendais des propos de toutes les manières. On blasphémait contre l'Empereur : « Il nous fera tous périr. » Les officiers, même les dévoués et les plus désintéressés, expriment d'une manière différente mais partagent ces sentiments : « L'armée, dit le général Pelleport, fut toujours digne d'elle, mais elle était trop jeune. On pensait généralement qu'après sa victoire, Napoléon se déciderait enfin à abandonner la ligne de l'Elbe et à se rapprocher du Rhin, mais les vieux de l'armée ne furent pas écoutés. »

Lorsque Napoléon était accouru à marches forcées à Dresde, on se rappelle qu'il avait détaché sur sa droite, vers les défilés des monts Métalliques par lesquels les alliés étaient descendus en Saxe, le général Vandamme avec une quarantaine de mille hommes et la mission d'arrêter l'ennemi dans sa déroute vers la Bohême. Il lui avait promis de le soutenir, et Vandamme, comptant sur cetappui, s'avança jusqu'à Tœplitz, nœud des routes de Sa.xe et de Bohême. Mais cette position fut défendue avec acharnement par la garde russe, et avant qu'il s'en fût emparé, Schwartzenberg et les vaincus de Dresde arrivaient derrière lui. Vandamme eut affaire à des troupes dans le désordre de la retraite, il est vrai, mais bien plus nombreuses que les siennes. 11 se replia sur Dresde et fut cerné à Kulm. Napoléon s'était dirigé avec sa garde sur Pirna pour lui porter secours ; mais une indisposition près de cette ville l'obligea de retourner à Dresde et de laisser le soin de la poursuite à ses lieutenants, plus fatigués encore que lui. Gouvion Saint- Cyr ne voulut pas courir à Kulm au bruit du canon de Vandamme.

DEXXEWITZ. — GROS BEEREX. — NOUVEAUX PLANS.

Celui-ci fut écrasé; sa droite perça l'ennemi et réussit à rejoindre Saint-Cyr; sa gauche put filer le long de l'Elbe, avant d'être entourée, mais sa cavalerie fit mieux encore que ses ailes. Corbineau, qui s'était distingué à la Bérézina, la commandait. Il se retourna, tête baissée, contre le corps prussien, l'enfonça, le traversa de part en part et revint en Saxe. Tout le reste demeura prisonnier avec les généraux Vandamme et Haxo.

Fig. 328, — Les sonreraina alliés à la bataille de Leipzig. D'après un tableaa de Kraîït, à Vienne.

On raconte qu'en apprenant le désastre de Vandamme Napoléon s'était écrié : « Voilà la guerre, bien haut le matin et bien bas le soir ! du triomphe à la chute il n'est souvent qu'un pas ! » et que peu d'instants après, en examinant ses cartes, il murmurait ces vers de Voltaire :

J'ai vécu, commandé, servi quarante années; Du monde entre mes mains j'ai vn les destinées, Et j'ai toujours connu qu'en tout événement Le destin des États dépendait d'un moment !

Nous n'étions pas plus heureux dans le bassin de l'Oder. Blucher, fidèle à la tactique convenue au congrès de Trachenberg, attaqua Mac-

XAPOLÊOX 1". 96

donald, qui s'était porté sur la Katzbach, dès que Napoléon avait quitté la Silésie. Macdonald avait passé lui-mêrne la rivière et voulait, en remontant le plateau de Walstatt, tomber à l'est sur le camp des Prussiens à Jauer. Mais Blucher, qui mérita par cette victoire le titre de prince de Walstatt, nous força à repasser la Katzbach, puis le Bober, en nous faisant perdre 20.000 hommes tués, blessés ou prisonniers, et 100 pièces de canon. La marche d'Oudinot sur Berlin avait aussi été très désastreuse. Il avait été repoussé par Bernadette à Gros Beeren et forcé de se repher sur Wittemberg. Davout, un instant maître de Weimar, fut obligé de l'abandonner à la suite de cette défaite. Ney reçut la mission de la réparer. Napoléon, laissant trois corps en Bohême, se disposait à l'appuyer avec 50.000 hommes, lorsque les nouvelles qu'il reçut de Macdonald l'empêchèrent de marcher sur Berlin. Le maréchal Ney fut écrasé à Dennevsritz et ne se rallia que sous le canon de Torgau. Bernadette s'arrêta aux bords de l'Elbe. Les alliés formaient en ce moment un cercle allant de Wittemberg à TœpHtz par Bautzen. Leur plan consistait h le reporter derrière Napoléon et à se rejoindre tous à Leipzig, pour lui couj^er la route de France. Schwartzenberg déboucha donc par Commotau sur l'Elster (3 octobre), tandis que Blucher se portait sur Wittemberg et y rejoignait Bernadette, pour marcher ensuite sur le lieu de concentration.

Pendant deux jours Napoléon réfléchit au projet qu'il allait poursuivre, tandis que Blucher remontant la Mulde et Schwartzenberg la descendant se rapprochaient davantage et lui laissaient moins de chance de les écraser séparément. Ce fatal retard fut la cause première du désastre de Leipzig. L'Empereur ne savait plus se décider à faire les sacrifices nécessaires : il ne savait plus reculer à temps. Il oubliait ce que le jeune général Bonaparte avait fait à deux reprises devant Mantoue. Cette faute ne fut pas la seule. Lorsqu'il se décida enfin à abandonner la ligne de l'Elbe et laissa dans Dresde les deux corps de Gouvion Saint-Cyr et de Lobau, « c'était conserver la chose accessoire, dit York de Wartenburg, en compromettant la chose essentielle, une grande victoire. Après une victoire, Dresde serait retombée entre ses mains. Les deux corps qu'il y laissa lui manqueront douloureusement sur le champ de bataille de Leipzig, où se décidera le sort, non seulement de Dresde et de la Saxe, mais de l'Allemagne et de toute l'Europe. Voilà l'opiniâtreté du souverain. Il ne veut pas admettre qu'il soit forcé d'abandonner une seule de ses conquêtes. Il re-

Page 1