HANAU
15 autres généraux restaient prisonniers. Dans les trois jours de cette bataille, la plus terrible des temps modernes, les Français perdirent 50.000 hommes dont 20.000 tués ; les alliés eurent 60.000 tués ou blessés.
Les soldats ne tardèrent pas à se débander dans la retraite. Les cadres à demi-brisés étaient impuissants à les retenir. Dans ce désordre universel, des officiers et même un maréchal suivirent l'exemple des
fig. 332. — Bataille de Hanau (30 octobre 1813). Feint par H. Temet.
soldats et désertèrent l'année. Ségur nous montre Napoléon faisant route au milieu des imprécations à peine étouffées et des murmures de son entourage, qu'il fallait feindre de ne pas entendre. Napoléon, qui s'était arrêté trois jours à Erfurt, apprit en reprenant sa marche que notre dernier allié, le roi de Bavière, s'était tourné contre nous et envoyait à marche forcée le général de Wrède sur le Mein, avec 80.000 hommes, pour nous fermer la route de France.
De Wrède nous attendait à Hanau, sur la Kintzig. Mais il prit si mal ses mesures qu'il fit dire à l'Empereur : ce J'ai bien pu faire de Wrède un baron, mais je n'ai pu en faire un bon général », et
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qu'il eut la honte de se faire battre par moins de 20.000 hommes. L'artillerie de la garde, forte de 80 bouches à feu, sous Drouot, avait infligé aux Bavarois des pertes considérables. Elle faillit cependant courir un grand danger, car la cavalerie de Wrède, quatre fois supérieure à la nôtre, avait réussi à pénétrer jusqu'aux pièces. Un soldat bavarois avait même levé le bras sur Drouot et allait le frapper lorsqu'il fut lui-même traversé d'une baïonnette. Drouot, sans perdre son sang-froid, avait fait prendre à ses artilleurs leur carabine et éloigné par un feu bien nourri la cavalerie bavaroise, qu'il cribla ensuite de mitraille. De Wrède y perdit 10.000 hommes et ne put mériter le bâton de maréchal qu'il espérait acquérir dans cette circonstance. Pour se venger, il essaya d'écraser l'arrière-garde, mais Bertrand soutint le choc et donna aux restes de l'armée française le temps de repasser le Rhin à Mayence. La cavalerie demeura seule au delà du fleuve pour recueillir les fuyards. Elle ne tarda pas à apercevoir l'avant-garde des armées aUiées et dut se retirer à son tour derrière le Rhin (5 novembre 1813).
Ainsi, moins de trois mois après la grande victoire de Dresde, non seulement nous avions perdu l'Allemagne, mais notre frontière allait être franchie, notre intégrité nationale menacée. Tout un passé glorieux devenait inutile. L'ambition et l'orgueil avait troublé si bien l'esprit de Napoléon qu'il n'avait su faire à temps aucun des sacrifices militaires ou politiques que la situation exigeait. « Il avait achevé de tout perdre en voulant regagner d'un seul coup tout ce qu'il avait perdu. )) Sans doute, il fut entouré d'intrigues et de trahisons, qu'il a justement flétries à Sainte-Hélène; sans doute les propositions de paix qui lui étaient faites n'étaient pas sincères, car ceux qui les présentaient pensaient bien que Napoléon ne les accepterait pas. Mais que serait-il arrivé si Napoléon avait pris au mot M. de Metternich et accepté la médiation de l'Autriche? « Avec la seule volonté d'arrêter l'ennemi dans son essor victorieux, dit Thiers, de rétabhr le prestige de nos armes, et, ce résultat obtenu, de transiger sur des bases qui faisaient encore la France plus grande qu'il ne fallait, Napoléon aurait infailliblement triomphé. » Mais il ne s'agissait plus maintenant de