‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 334 sur 389 · CAMPAGNE DE FRANGE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE FRANGE

h INVASION. — SITUATION POLITIQUE. — BRIENNE. — MONTMIRAIL. — MONTEREAU. LAON. — ARCIS-SUR-AUBE. — PARIS. — PREMIÈRE ABDICATION.

iiîE,vous êtes perdu, avait dit Metternich à Napoléon, en le quittant à Dresde. Au moment où les alliés parurent sur le Rhin, cette parole n'était que trop vraisemblable. Ils allaient fondre sur la France avec plus de GOO.OOO hommes et gardaient, en cas de revers, une réserve presque aussi considérable. Napoléon n'avait pas au contraire plus de 50.000 soldats, tristes débris de la campagne de Saxe, décimés par le typhus des hôpitaux. Les meilleures troupes de la France n'étaient pas là. Plus de 100.000 hommes défendaient la lionne des Pvrénées, 40.000 se battaient en Italie avec le prince Eugène et 120.000 restaient dans les places d'Allemagne avec d'excellents officiers et une grande quantité de canons et de munitions. Napoléon , qui n'avait jamais voulu supposer que le Rhin serait menacé, n'avait fait réparer les fortifications d'aucune place de

cette région, et avait consacré des millions à rendre imprenables Dantzig, Hambourg, Magdebourg, Mantoue, toutes villes éloignées et qui ne pouvaient nous protéger dans nos revers. Mais la faiblesse des ressources qui restaient à Napoléon n'encouragea pas autant les alliés à continuer les hostilités que la révélation qui leur était faite de l'état moral de la France. Tout le monde désirait la paix et la fin du despotisme.

Sans doute, au début de 1814, la France ne désirait pas les Bourbons, mais on pouvait prévoir qu'elle se résignerait à leur retour.

La conscription avait enlevé à la France plus de deux millions d'hommes en moins de dix ans. Depuis le f septembre 1805 jusqu'au 15 novembre 1813, dix-sept levées avaient été ordonnées, non par des décisions du Corps législatif, mais, le plus souvent, contrairement à la Constitution, par des sénatus-consultes. Le tableau de ces levées montre qu'elles avaient toujours été en augmentant :

2 vendémiaire an XIV (septembre 1805), 80.000 ; — i décembre 1806, 80.000 ; — 7 avril 1807, 80.000 ; — 21 janvier 1808, 80.000 ; — 10 septembre 1808, 160.000 : — 25 avril 1809, 40.000 ; — 5 octobre 1809, 36.000 ; — 3 décembre 1810, 120.000 ; — 13 décembre 1810, 40.000 ; — 20 décembre 1811, 120.000 ; — 13 mars 1812, 100.000 ;

— 1" septembre 1812, 137.000 ; — 1 1 janvier 1813,250.000 ; — 3 avril 1813, 180.000 ;

— 24 août 1813, 30.000 ; — 9 octobre 1813, 280.000 ; — 15 noveuabre 1813, 300.000 ;

— Total général, 2.113.000.

Si l'on joint à ces chiffres les nombreux contingents que nous donnaient les pays alliés ou soumis, et qu'on songe que les forces que nous avions eues à combattre étaient encore, dans leur ensemble, plus nombreuses que les nôtres, on est justement effrayé de la multitude d'hommes qu'avaient mise en mouvement les gueiTes de l'Empire et l'on comprend mieux l'épuisement de l'Europe. Cet épuisement était surtout sensible pour la France, qui avait eu à lutter contre tant d'ennemis. Les ressources financières étaient aussi profondément atteintes ; les droits réunis, les centimes additionnels faisaient durement sentir aux populations le poids de ces guerres que la victoire avait naguère entretenues, d'autant plus que Napoléon avait demandé toutes ses ressources à l'impôt et s'était refusé obstinément à émettre aucun emprunt, de peur de faire constater ainsi combien son gouvernement était devenu peu populaire et inspirait peu de confiance.

Au milieu de ce mécontentement et de cette lassitude, tourne comprirent pas qu'eu face de l'invasion étrangère le devoir était de défendre nos frontières nationales et de se rallier fortement à l'homme dont l'ambition avait compromis la France, mais qui, seul alors, pouvait la sauver. Carnot venait cependant de donner un noble exemple. Il s'était tenu à l'écart pendant que l'Empire était puissant et glorieux ; au moment où il y avait moins de gloire que de péril à partager la fortune de Napoléon, il vint lui proposer ses services :

« Sire, aussi longtemps que le succès a couronné vos entreprises, je me suis abstenu

Page 1