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SENTIMENTS DES COALISÉS. — SENTIMENTS DE LA FRANCE

d'offrir à Votre Majesté des services que je n'ai pas cru lui être agréables ; aujourd'hui que la mauvaise fortune met votre constance à une grande épreuve, je ne balance plus à TOUS faire l'offre des faibles moyens qui me restent : c'est peu, sans doute, que l'offre d'un bras sexagénaire, mais j'ai pensé que l'exemple d'un soldat dont les sentiments patriotiques sont connus pourrait rallier à vos aigles beaucoup de gens incertains sur le parti qu'ils doivent prendre, et qui peuvent se persuader que ce serait servir leur pays que de l'abandonner. Il est encore temps, Sire, de conquérir une paix glorieuse, et de faire que l'amour d'uu grand peuple vous soit rendu. »

La France, en effet, pouvait trouver dans l'union de tous ses enfants secondant le génie de son chef l'espérance de vaincre. Nous pouvions aussi tirer parti des causes de rivalité et de défiance inévitables entre les divers États qu'un intérêt commun avait momentanément réunis contre nous. L'Autriche s'inquiétait surtout des progrès incessants de la puissance russe dans la région delà mer Noire. On trouve l'expression de ces craintes dans la correspondance que Gentz, le futur secrétaire du congrès de Vienne, entretenait avec le hospodar de Moldavie, correspondance d'uu caractère privé, mais inspirée par Metternich. Il écrivait, à la date du 5 février 1814, que l'Autriche se garderait bien d'affaiblir la France au point de donner à la Russie une prépondérance incontestée en Europe et de faciliter ses entreprises sur l'Orient. Quels que fussent les liens qui existaient entre l'empereur

son maître et le Czar, l'Autriche ne permettrait pas que la Russie s'agrandît aux dépens de la puissance turque, dont le maintien lui paraissait nécessaire à l'équilibre européen. Dans la coalition Metternich était le plus sincèrement ports à la paix, car plus la guerre se prolongerait, plus la Russie devrait nécessairement prendre d'importance. Il craignait pour la réalisation ou l'affermissement de sa politique autoritaire l'ensemble des sentiments, l'agitation morale qu'une guerre, et surtout une guerre nationale, entretient dans les esprits.

Aussi, lorsqu'avant de franchir le Rhin les souverains et les généraux délibérèrent sur la conduite à suivre, Metternich, appuyé par les représentants de l'Angleterre, qui désiraient une paix immédiate, si Napoléon ne se montrait pas trop exigeant, Metternich demanda qu'on

Fig. 333. — Caricature allemande contre Napoléon. Visage composé dos cadavres des victimes de Russie et de Saxe. — Consulter la gravure.

fît de nouvelles démarches près de l'Empereur. En même temps, il prenait une grande part à la déclaration de Francfort, par laquelle les coalisés s'adressaient à la France elle-même.

« Fran jais, disaient-ils, nous ne faisons pas la guerre à la France, mais à la prépondérance que Napoléon a trop longtemps exercée hors des limites de son empire- Nous désirons que la France soit forte, grande, heureuse, parce que la puissance française est une des bases fondamentales de l'édifice social... Nous confirmons à la France une étendue de territoire qu'elle n'a jamais eue sous ses rois, parce qu'une nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir, à son tour, éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante où elle a combattu avec son audace accoutumée... »

C'était une habile contre-partie du manifeste de 1792. Avant même de publier cette déclaration, les coalisés avaient proposé à l'Empereur, par l'organe de M. de Saint- Aignan, ambassadeur de France à Weimar, qui se trouvait de passage à Francfort au moment où ils y étaient rassemblés, des négociations et un congrès, s'il voulait accepter pour bases sommaires de la paix l'abandon de l'Italie, de la Hollande, de l'Allemagne au delà du Rhin, de l'Espagne, et le retour de la France à ses frontières naturelles. Napoléon s'était borné à répondre qu'il consentait à la réunion du congrès, sans s'expliquer sur les conditions qu'on lui proposait. Dans l'intention de soulever l'indignation de la France contre les propositions de l'étranger, il les avait communiquées, le 20 décembre 1813, au Sénat et au Corps législatif. La réponse du Sénat, faite dès le 22 décembre, satisfit l'Empereur. Elle lui laissait toute l'initiative de la défense et montrait la France parfaitement unie en présence de l'invasion. Le Corps législatif, si abaissé depuis plusieurs années, avait de plus un grief récent contre l'Empereur, qui lui avait imposé un président pris hors de son sein. En outre, Napoléon venait de décréter un appel anticipé de 160.000 hommes sur la conscription de 1815 et un autre de 300.000 sur les classes antérieures, de 1803 à 1813. Le Corps législatif, où siégeaient des royalistes, appelé enfin à faire entendre sa voix, en profita, non seulement pour déclarer qu'il fallait accepter la paix telle qu'elle était offerte, mais pour reprocher à l'Empereur ses levées illégales d'hommes et d'argent. Ces récriminations, quelle qu'eiïfût la justesse, étaient bien inopportunes. L'adresse rédigée par les députés

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