PRIMOLANO. — BASSANO. — SAINT-GEORGES
nutes pour poser les armes ; il se trouve au milieu de l'armée française : passé ce temps, il n'a rien à espérer. » Harassés, depuis trois jours errants, incertains, persuadés qu'ils avaient été trompés, 4.000 à 5.000 hommes posèrent bas les armes.
Fig. 30. — Plan de la bataille de Castiglione.
Bonaparte donna vingt jours de repos t\ ses troupes, reçut 6.000 liommes de renfort et se mit à la poursuite de l'ennemi avec le projet de se joindre par le Tyrol à l'armée du Rhin, qui jjénétrait alors, comme nous le verrons bientôt, dans la Bavière, a De son côté, Wurmser ayant reporté son armée i\ 50.000 combattaiits, reprit l'offensive, laissa Davidowach avec 20.000 hommes pour occuper les Républicains sur l'Adige
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et les attirer dans le Tyrol ; puis il se mit lui-même à descendre la Brenta pour revenir par Bassano sur l' Adige , délivrer Mantoue et renfermer les Français entre son armée et celle de Davidowich. Bonaparte, laissant 3.000 hommes à Vérone etLegnago, 8.000 devant Mantoue, remonte l'Adige avec 28.000, culbute les Autrichiens dans les gorges de Roveredo et de Calliano (3 septembre). » Il arrive à Trente, où, déjà •étonné de n'avoir pas rencontré plus de résistance, il comprend, d'après les renseignements qu'il peut recueillir, que Wurmser vient de se jeter dans la vallée de la Brenta. « Aussitôt, au lieu de s'enfoncer dans le Tyrol, il laisse Vaubois avec 8.000 hommes dans les gorges de la Brenta. Il atteint l'arrière-garde autrichienne, qui avait deux jours d'avance, à Primolano, la met en déroute (7 septembre) et force le vieux maréchal à s'arrêter à Bassano. Il le bat (8 septembre), lui prend 4.000 hommes et lui coupe les routes d'Allemagne. Wurmser, avec 14.000 hommes , est contraint de se diriger sur Vicence, dans un pays dont les Français occupent toutes les issues, pour se réfugier dans Mantoue : il court, poursuivi par Bonaparte, vers ce dernier asile que lui fermaient encore l'Adige et la Molinella. Les fautes de deux subalternes le sauvèrent. Le poste de Legnago n'était pas gardé, il passa l'Adige; un pont avait été oubhé à la Villa-Impenta, il passa la Molinella ; enfin il entra dans Mantoue, dont la garnison fut alors portée à 25,000 hommes (12 septembre). Avec de telles forces, il essaya de tenir la campagne et se déploya devant le faubourg Saint- Georges ; mais Bonaparte était arrivé : furieux de voir sa proie échappée, il l'attaqua, le battit et le força à se renfermer désormais dans la place (15 septembre). Ainsi, l'armée de Wurmser était une seconde fois détruite; elle avait perdu 22.000 hommes avec 75 canons et le reste était bloqué dans Mantoue avec son général. » (Lavallée.) — Bonaparte avait retourné contre Wurmser le plan que Wurmser lui-même avait conçu.
Les succès de l'armée d'Italie pouvaient être retardés par les événements qui se passaient sur le Rhin et le Danube. L'archiduc Charles avait montré contre Jourdan et Moreau des talents supérieurs. Sans doute, les débuts de la campagne n'avaient pas été heureux pour
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RIJIN ET DANUBE. — MOREAU. — JOURDAX. 91
les Autrichiens. Jourdan, qui avait pour principaux lieutenants Marceau, Kléber, Soult, Ney, Richepanse, avait battu le duc de Wurtemberg à Altenkirchen (30 mars). Mais l'archiduc Charles, venant au secours du duc, avait rejeté une première fois les Français sur la rive gauche du Rhin. Moreau, n'ayant plus devant lui qu'une armée affaiblie , avait pris Kehl , gagné la victoire de Renchen et occupé Rastadt. L'archiduc, revenu en toute hâte vers la Forêt Noire, avait été battu à Ettlingen et n'avait pu empêcher Moreau de passer le Neckar et pénétrer dans la vallée du Danube. Jourdan, reprenant alors l'offensive, avait de nouveau passé le Rhin, à Neuwied, remonté victorieusement la vallée du Mein (combats de Wurtzbourg, Bamberg,, Tlottenbourg) et rejeté les Autrichiens sur le Naab.
Mais les deux généraux français s'éloignaient de plus en plus par leurs succès mêmes. Moreau s'était avancé jusqu'à Neresheim, où l'archiduc, qui avait vainement tenté de l'envelopper, avait vu son centre enfoncé et avait dû lui laisser le champ de bataille. Ce n'était cependant pour les Français qu'un demi-succès. L'archiduc, voyant l'armée de Jourdan plus faible et plus éloignée de sa base d'opérations, conçoit le projet hardi de se réunir à Wartensleben pour l'accabler et le ramener sur le Rhin. Ainsi Moreau, menacé dans sa ligne de retraite, sera obligé lui-même d'abandonner la Bavière.
Si les vallées des affluents du Rhin ouvrent naturellement deS' routes pour l'invasion de l'Allemagne, en revanche elles offrent bien difficilement une ligne de défense pour une armée offensive qui a subi une première défaite. Jourdan en fit la triste expérience. Atteint par l'armée de l'archiduc à Araberg, où une nouvelle victoire venait de lui ouvrir la route de Ratisbonne, il doit céder à la supériorité du nombre et est rejeté dans le bassin du Mein ; il est battu presque toujours aux mêmes lieux où il a été vainqueur dans sa marche offensive , notamment à Wurtzbourg et à Altenkirchen, où mourut le jeune Marceau, pleuré de ses compa,gnons d'armes comme de nos ennemis.
Moreau fut plus heureux. La retraite de Jourdan entraînait nécessairement la sienne ; mais, vainqueur en toute rencontre, il ne laissa à l'ennemi ni un canon, ni un caisson, ni un blessé. Au moment de s'en-
gager dans les défilés de la Forêt Noire, voulant être libre de ses mouvements, il rechercha la bataille que jusqu'alors il avait évitée, remporta un succès complet à Biberach et put ramener son armée sur le Rhin. Il était temps. Déjà l'avant-garde de l'archiduc, qui avait débloqué Mayence, remontait le Rhin pour lui couper la retraite. Il dut même lui livrer un combat avant de repasser sur la rive gauche par Brisach et Huningue. Cette retraite est restée célèbre. « Cependant, dit le maréchal Soult, il faut convenir qu'elle était loin d'offrir les mêmes difficultés que la retraite de l'armée de Sambre-et-Meuse avec laquelle Moreau eût mieux fait d'opérer sa jonction, » au lieu de chercher à se rapprocher de l'armée d'Italie.
Ces défaites en Allemagne contribuaient encore à grandir la gloire de Bonaparte. On comparait ses merveilleuses marches offensives « avec la misérable reculade » de Jourdan. On oublia la reconnaissance qu'on devait au chef de l'armée de Sambre-et-Meuse pour ses succès de 1793 et 1794; on ne sentit pas que, même après cette dernière campagne, des soldats malheureux mais braves jusqu'au bout méritaient qu'on les respectât, du moins par le silence, dans la personne de leur général. Ce général n'avait jamais été indigne d'eux : il avait bien pu faire des fautes, mais ses échecs avaient surtout pour origine le plan défectueux qu'on lui avait imposé. On n'hésita pas cependant à caricaturer le vainqueur de Wattignies et de Fleurus. On représentait un général républicain à cheval sur une écrevisse, la tête tournée vers la queue et se dirigeant sur une urne fluviale avec cette inscription : Le Rhin. Au-dessus, ce verset de la Bible : Et tu Jordanus, quia conversus es retrorsum. Derrière ce cavalier d'un nouveau genre, on voyait ime couronne de lauriers avec ces mots : Réservé pour l'enfant chéri de la victoire.
L'allusion à Bonaparte n'échappait à personne. Après la seconde campagne contre Wurmser, l'admiration que ses premiers succès lui avaient acquise devenait de l'enthousiasme. Le grave Carnot lui écrivait, le troisième jour complémentaire an IV (19 septembre 1796) : (( Nous attendions, mon cher général, avec une grande impatience que vous concevez facilement, le résultat de l'action que vous avez annoncée
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