‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 33 sur 389 · LONATO · texte numérisé non relu

LONATO

Napoléon se montra inférieur sur ce point au général Bonaparte ; il ne sut plus reculer à temps. Ce fut là une des principales causes des désastres de Leipzig et de Waterloo. Quoi qu'il en soit, il n'hésite pas alors à lever le siège de Mantoue, en abandonnant tout son matériel, et évacue même Leguano et Vérone. Il a vu qu'en concentrant ses forces il peut battre séparément les deux armées de Wurmser. 11

Fig. 29. — Vue de Salo et da lac de Garde. Tableau du musée de Versailles.

dit en quittant Mantoue : « Malheur à celui de nous deux qui calculera mal! » L'événement prouva que c'était Wurmser qui avait mal calculé. « Bonaparte concentre ses forces derrière le Mincie et marche sur Quasdanovich. Salo etBrescia sont dégagées et les Autrichiens, culbutés à Lonato, sont rejetés sur Gavardo. Alors il laisse Masséna à Lonato contre Quasdanovich; il porte Augereau sur Castiglione contre Wurmser, qui était entré t\ Mantoue et avait fait passer le Mincio k deux de ses divisions , lui-même se tient prêt à soutenir ses deux lieutenants. Masséna bat à Lonato Quasdanovich, qui s'avançait de nouveau pour se joindre à Wurmser, et le rejette encore sur Gavardo (2 août). Auge-

reau bat les deux divisions de Wurmser à Castiglione, et les rejette sur le Mincio (3 août). Bonaparte, qui avait aidé d'abord Masséna, ensuite Augereau, revient sur Quasdanowich à Gavardo, le met en déroute, fait poser les armes à 4.000 hommes, et rejette le reste sur la chaussée de Trente (4 août). Ensuite il se retourne contre Wurmser qui, ralliant ses deux divisions battues, prenait position à Castiglione avec 25.000 hommes; il le défait complètement et lui fait repasser la rivière (5 août). Masséna court à Peschiera, culbute l'aile droite de l'ennemi, et va lui couper la route du Tyrol ; alors le vieux maréchal se replie sur l'Adige, et se retire sur Roveredo. Vérone et Legnago sont reprises et l'on recommence le blocus de Mantoue. Dans cette campagne de six jours, 30.000 hommes en avaient battu GO.OOO, en avaient tué ou pris 20.000 avec 60 canons et 20 drapeaux. » (Lavallée.)

Mais le danger que la double attaque des Autrichiens avait fait courir à Bonaparte était grand. Il était encore tranquille à Brescia avec Joséphine, qui l'avait accompagné au quartier général, lorsqu'on apprit que les Autrichiens approchaient. Le provéditeur, qui trahissait, avait voulu les retenir un jour de plus dans la ville par une fête donnée en leur honneur; Joséphine avait refusé, mais ils n'étaient pas à quatre lieues de Brescia que les Autrichiens y entraient. Joséphine dut gagner Peschiera à cheval et faillit être atteinte par les coups de fusil des avant-postes autrichiens. Bonaparte la rejoignit à Castiglione ; il fallut se séparer, Joséphine pleurait : « Otez cette femme de là, disait Bonaparte en dissimulant mal son émotion. » Puis lui serrant la main : « Adieu, pars, c'est Wurmser avec 80.000 hommes; mais, sois tranquille, il paiera cher les larmes qu'il te fait verser. »

A Lonato, après la victoire, il faillit être enveloppé dans la ville avec quelques centaines d'hommes par des colonnes battues la veille, qui cherchaient à s'ouvrir un chemin. Les Autrichiens, prévenus par des paysans du peu de troupes qu'il avait avec lui, envoyèrent un parlementaire pour le sommer de se rendre. Bonaparte s'entoure rapidement de tous les officiers qu'il peut réunir et ne fait débander les yeux du parlementaire qu'au milieu de tout le mouvement d'un grand quartier général. « Allez dire à votre chef, lui dit-il , que je lui donne huit mi-

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