‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 369 sur 389 · LE BATAILLON SACRE · texte numérisé non relu

LE BATAILLON SACRE

Ce qu'aux Français naguère il ne refusait pas,

Le bonheur de mourir dans un jour de victoire (1).

Ce ne fut qu'à neuf heures et demie du soir que tout fut terminé ; Wellington et Blucher, maîtres du champ de bataille, s'embrassaient à la ferme de Belle- Alliance ; la cavalerie prussienne poursuivait les fugitifs, qui ne s'arrêtèrent qu'à Charleroi, après une marche à la débandade. Les pertes des Français se montaient à 25.000 hommes,

Fig. 370. — Le Soldat de Waterloo. D'aprèj Horace Vemet.

celles des coalisés à 22.000. Napoléon avait échoué dans son projet téméraire d'écraser 220.000 hommes avec 120.000.

Aucun nom n'a plus profondément retenti que celui de Waterloo dans l'imagination des hommes. Nul lieu ne rappelle au voyageur de plus grands et de plus émouvants souvenirs.

e Arrêtie, dit Byron (2), c'est la poussière d'un Empire que tu foules aux pieds. Ici sont ensevelis les débris d'un tremblement de terre... C'est ici que l'aigle prit son dernier essor et fondit sur ses ennemis ; mais la flèche des nations abat soudain

(1) Casimir Delavigne, 3f«Menien««.

(2) Childe-Harold, chant III, écrit en 1816.

HAPOliOS I". !<•*

l'oiseau orgueilleux, qui traîne après lui quelques anneaux brisés de la chaîne du monde; l'ambition désespérée voit le sceptre des peuples échapper à ses mains. Mais la terre est-elle plus libre ? Irons-nous rendre des hommages aux loups après avoir terrassé le lion ? Irons-nous fléchir humblement le genou devant les trônes et leur payer le tribut d'une servile admiration ? Non, attendez encore pour louer... Waterloo ! tu fus témoin de la chute de celui qui fut le plus extraordinaire mais non le plus méchant des hommes; mélange inexplicable de principes contraires, son esprit se fixait un moment sur les objets les plus grands et revenait avec la même attention aux plus légers détails ! 0 toi qui fus extrême en tout, si tu avais su garder un juste milieu, tu occuperais encore le trône, ou tu n'y serais jamais monté... Il est

Fig, 371. — u: lia gi*uguaient et le suivaient toujours, d Lithogr. de Baffet.

un feu et une agitation secrète pour les âmes qui ne peuvent être contenues dans un cercle étroit, et qui vont toujours au delà des bornes d'un désir modéré. Embrasées de ce feu tonjoui-s plus difficile à éteindre, elles sont tourmentées de la soif des dangers, et ne se lassent que du repos ; fièvre du cœur fatale à tous ceux qu'elle dévore, à tous ceux qui en furent atteints. »

L'Empereur vaincu rentra à Paris (1), par Rocroy et Laon, dans la nuit du 20 juin. C'est à l'Elysée, où il se retira (2), que se passèrent les dernières heures de son règne. La nouvelle du désastre de Waterloo se répandit bientôt dans Paris, où elle causa une stupeur profonde.

(1) Si l'on en croit Coignet, il ne s'y décida que sur l'avis de la majorité des généraux. « Tous me faites faire une sottise, disait-il à Laon, ma place est ici. »

(2) Il l'avait habité de préférence aui TnUeries, depuis son retour de l'île d'Elbe.

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