‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 382 sur 389 · LE RETOUR DES CENDRES (15 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LE RETOUR DES CENDRES (15 DÉCEMBRE

Napoléon avait enfin les magnifiques funérailles que le poète lui avait promises. Devant le cercueil triomphal « la jeune poésie » pouvait « chanter la jeune liberté ».

l'ig. Stti). — La revue iiocturuf, D'apK-u la lithographie de Raffet.

Ce«t là la grande revue Qu'aux Champs Élyaées

A rb«ure de minuit Tient Céuu- décédé.

(O. de SedUtvpoètc allemand.) ^

"^ t^-n i^l et^ j,. *r f^v*^'' '''-- *^*U^ (Mf^U^M^ il^t-Ot^^ ^f. ,

^"^ tT ^^^'' ■" ' Sire, vons reviendrez dans votre capitale } h. ,^»,^ (^ ~ (^ ùriiU ^*"^ tocsin, sans combat, sans lutte, sans fureur, '

Traîné par huit chevaux sous l'arche triompliale Lt^iJCA> ^■i habit d'Empereur...

Gaillaume. Mentionnons encore, à Auxonne, l'Officier d'artillerie Bonaparte, par Jouffroy ; la statue de Ney, par Rude, à l'avenue de TObservatoire ; la statue de Joséphine, par Vital Dubray, qui se trouvait, il y a quelques années dans l'avenue qui a pris le nom de Hoche; la statue de Davout par Dumont , à Auxerre ; à Clermont, la statue de Desaix par NanteuU ; le monument élevé en l'honneur de Moncey et de la défense de Paris en 1S14, par Doublemart, sur la place Clichy ; à Nice, la statue de Masséna par Carrier-Belleuse. C'est à dessein que nous ne rappelons pas les statues du musée de Versailles dont il est facile d'avoir la liste Parler des peintures nous entraînerait trop loin. Rappelons cependant le 1S07, le 1814 et les Cuirassiers (1805) de Meissonnier, — le Sphinx de Jérôme, — les peintures de J.-N. Bobert-Fleury au Tribimal de commerce, — Bonaparte franchissant les Alpes, et Xapolèon à Fontainebleau de Paul Delaroche ; — Madame mère et Vive l'Empereur ! (^1814) de Ch.-L. Muller. Ce n'est que par exception que l'on a eu recours pour l'illustration de ce volume, surtout pour les portraits , aux œuvres des artistes qui n'étaient pas des contemporains de Xapolépn.

14^ rC/t

Sur votre sceptre d'or, qu'aucun vainqueur ne foule On verra resplendir votre aigle au bec vermeil, Et sur votre manteau vos abeilles en foule Foisonner au soleil.

Paris sur ses cent tours allumera des phares , Paris fera parler toutes ses grandes voix : Les cloches, les tambours, les clairons, les fanfares Chanteront à la fois...

Une acclamation douce, tendre, hautaine.

Chant des cœurs, cri d'amour où l'extase se joint. Remplira la cité ; mais, ô mon capitaine ! Vous ne l'entendrez point !

De sombres grenadiers, vétérans qu'on admire,

Muets, de vos chevaux viendront baiser les pas ;

Ce spectacle sera touchant et beau ; mais. Sire,

Vous ne le verrez pas !

Car, S géant couché dans une ombre profonde, Pendant qu'autour de vous, comme autour d'un ami. S'éveilleront Paris et la France et le monde. Vous serez endormi...

Si bien que vous voyant glacé, dans son délire. Et tel qu'un dieu muet qui se laisse adorer, Ce peuple, ivre d'amour, venu pour vous sourire Ne pourra que pleurer.

Ce fut, en effet, un spectacle d'une grandeur et d'une émotion singulière, lorsque le prince de Joinville, devant le dôme des Invalides, dit en s'inclinant devant le roi son père : « Sire, je vous présente le corps de Napoléon », quand le roi, après avoir répondu : « Je le reçois au nom de la France », prit l'épée du vainqueur d'Austerlitz et la remit au général Bertrand pour qu'il la plaçât sur le cercueil. On comprend que le vieux maréchal Moncey se soit écrié : ce Maintenant, je puis mourir! »

Un froid des plus rigoureux n'avait pas empêché' une foule énorme de se presser sur le passage du cortège. M"" de Girardin (1) exprimait bien, dans l'éloquent passage qu'on va lire, l'enthousiasme du moment allant jusqu'à l'apothéose :

(1) Lettre parUienne du 20 décembre 1840, dans le journal la Presse. Les Courriers de Piria étaieat publiés Boua le pseudonyme de <i Vicomte de Launa y » ■

^fAPOLÉON ET LE PEUPLE FRANÇAIS.

« Mon Dieu, quel admirable peuple que ce peuple français ! comme il aime tout ce qui est grand, noble, poétique, généreux, et qu'il faudra de peine et de paroles pour en faire un peuple égoïste et bourgeois ! et encore n'y parviendra-t-on qu'en le trompant. Car c'est bien ce qui fait sa gloire, qu'il faille toujours prendre un noble langage pour le corrompre, un droit chemin pour l'égarer, un baau masque pour le trahir. Tous ceux qui depuis des siècles ont cherché à l'entraîner au crime

Pig. 390, — Le Réveil. D'après ans lithographie de Raffet.

La caian ioddo étrange Fortement elle retentit ;

Dans leur fosse en résnscitent Lee vieux soldats péris.

l'ont honoré du moins par leur hypocrisie ; tous les fourbes, les lâches , les envieux, les ambitieux qui ont exploité son héroïsme, ont été forcés de flatter par de brillants mensonges sa chevaleresque générosité. Nul n'a osé lui dire : Fais cela pour ton intérêt et prends cela pour le garder (1).

« Un seul homme a eu la bonne foi de lui dire : « Combats pour moi, » et les Français ont suivi cet homme avec enthousiasme et ils chérissent sa mém cire, et ils la chériront toujours, parce qu'il ne les a point trompés, parce que lui seul les a compris ; il n'a exigé d'eux aucun crime, il ne les a rendus complices d'aucune mauvaise passion ; il ne leur a commandé que de mourir avec honneur, et ils ont obéi,

(1) Napoléon, dans son entretien avec Sismondi, rappelé plus haut (p. 8-25), avait exprimé la même idée.

«wiJJL

« Oui, c'était un beau spectacle que de voir, l'autre jour, ce peuple généreux saluant avec amour le cercueil triomphal. Quel empressement! quelle émotion! Quatre heures d'attente sous la neige n'avaient découragé personne. On tremblait, on souffrait horriblement ; n'importe, on restait là ! Quelques-uns risquaient leur pain ; un bras perclus, c'était la misère pour eux ; quelques-uns risquaient leur vie. Tous risquaient leur santé. N'importe ! on attendait avec patience et courage. »

Le 24 août 1855, la reine Victoria, reine de la Grande-Bretagne, vint prier, sous le dôme des Invalides, au tombeau du captif de Sainte- Hélène. En 1858, l'Angleterre consentait à vendre à la France Longv^ood et l'emplacement de l'ancienne sépulture de Napoléon. Un officier français réside à Longwood comme gardien conservateur de l'habitation et du tombeau de Napoléon I"'. Sainte-Hélène ne conserve plus rien de son illustre prisonnier; mais il a suffi que le souvenir de Napoléon y soit attaché pour que le nom de ce rocher, perdu au milieu de l'Océan, soit à jamais gravé dans l'esprit des peuples.

« "L'imagination gouverne le monde , avait dit Napoléon. On ne peut gouverner l'homme que par elle. » La meilleure preuve qu'il pouvait en donner, c'était sa propre destinée. Aucun héros n'a plus vivement agi sur l'imagination du genre humain, et aussi aucun n'a laissé de traces plus profondes dans l'histoire. Mélange prodigieux luimême d'une imagination débordante et d'une merveilleuse habileté pratique, il trouva, dans l'étendue de son propre génie, une des causes de ses excès et de sa ruine. Chez lui, en effet, de la conception à l'exécution il n'y avait pas d'intervalle, et le rêve lui apparaissait aussitôt comme une réalité. Il domine non seulement l'histoire de France, au dix-neuvième siècle, mais l'histoire de toute l'Europe. Plusieurs des nations qu'il a troublées, qu'il a bouleversées, sommeillaient avant sa venue et « vivent aujourd'hui, suivant l'expression de Mignet, de la vie qu'il leur a donnée ». Aussi, pour bien juger de Napoléon, quelle que soit l'appréciation définitive que l'on en porte, faut-il le considérer non seulement comme un grand homme français, mais comme un grand homme européen, tel que le fut Charlemagne. Napoléon a répandu en Europe les idées de la Révolution française, les principes sociaux de 1789. La France a payé bien cher le grand rôle qu'il lui a fait jouer.

Page 1