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LES ARMEES DE LA REPUBLIQUE

taillon du Haut-Rhin, ne comptaient pas le nombre de leurs ennemis; ils avaient foi en leur propre valeur. Malgré les revers qu'ils éprouvèrent au commencement, les privations qu'ils eurent à supporter, le fréquent remplacement de leurs généraux, la profonde impression que devaient produire sur eux les cris des factions et les déchirements de l'intérieur, toujours au-dessus de leur fortune et de leur situation, ils ne virent que des devoirs à remplir, et, en attirant sur eux les dangers, ils détournèrent les regards du monde des scènes de désolation qui couvraient la surface de la France.

Fig. 43. — Représentatiou d'une iMirade de la gar-le franvaise, à Mauiilioim, en octobre 1795. Ric-similé d'une graTore allemande, collection Dubois de rÉtang.

« Les officiei-s donnaient l'exemple du dévouement. Le sac sur le dos, privés de solde (car ce fut plus tard seulement et lorsque les assignats curent perdu toute leur valeur, — la solde mensuelle des officiers ne représentant pas plus de 3 francs, — qu'ils reçurent en argent, ainsi que les généraux, huit francs par mois), ils prenaient part aux distributions comme les soldats et recevaient des magasins les efTets d'habillement qui leur étaient indispensables : on leur donnait un bon pour toucher un habit ou une paire de bottes. Cependant aucun ne songeait à se plaindre de cette détresse, ni à détourner ses regards du service, qui était la seule étude et l'unique sujet d'émulation. Dans tous les rangs, on montrait le même zèle, le même empressement à aller au delà du devoir : si l'un se distinguait, l'autre cherchait à le surpasser par son courage, ses talents ; c'était le seul moyen de parvenir, la médiocrité ne trouvait point à se faire recommander. Dans tous les états-majors, c'étaient des travaux incessants, embrassant

toutes les branches du service, et encore ils ne suffisaient pas ; on voulait prendre part à tout ce qui se faisait. Je puis le dire, c'est l'époque de ma camère où j'ai le plus travaillé et où les chefs m'ont paru le plus exigeants ; aussi, quoiqu'ils n'aient pas tous mérité d'être pris pour modèles, beaucoup d'officiere généraux, qui plus tard ont eu à les surpasser, sont sortis de leur école. Dans les rangs des soldats, c'était le même dévouement, la même abnégation.

« Jamais les armées n'ont été plus obéissantes, ni animées de plus d'ardeur ; c'est l'époque des guerres où il y a eu le plus de vertu pai'rai les troupes. J'ai souvent vu les soldats refuser avant le combat les distributions qu'on allait leur faire et s'écrier : Après la victoire on nous les donnera. »

D'un bout à l'autre de la France, malgré la différence que les mœurs, le sol, les traditions historiques, l'administration, la langue même, mettent entre les diverses provinces, ce patriotisme éclate. Il est le signe le plus noble comme le plus décisif de cette unité nationale qui s'est formée des gloires et des malheurs communs, plus encore que des intérêts, sous la longue direction poKtique de la royauté française, et par laquelle la France l'emporte alors sur tous ses voisins. Partout on est prêt à de semblables sacrifices, jusque dans les petits pays privilégiés de l'ancien régime , même dans ceux qui , ont plus à perdre qu'à gagner à la constitution nouvelle.

C'est ce que nous voyons, par exemple, dans les vallées des Pyrénées. Au petit village d'Artiguelouve, vivait, à la fin du dix-huitième siècle, un vieil instituteur nommé Bergeron, qui, une vingtaine d'années auparavant, était parti deux fois à pied pour Paris, soit 1.800 ki-' lomètres pour chaque voyage, aller et retour, pour venir au Conseil du roi défendre les intérêts de la commune. Électrisé par le patriotisme et la gloire, il partit pour l'armée en même temps que son fils, apprenti menuisier de dix-huit ans. Ils partaient heureux d'êti'e ensemble ; mais le fils arriva vite sergent, tandis que le père restait simple soldat : un jour le brave homme commit une faute légère, mais publique, contre la discipline et le sergent dut punir le soldat : « Papa, il faut aller à la salle de police. — Oui, mon ami, dit-il, tu as raison; je te suis. » Le vieil instituteur mourut peu de temps après, d'une maladie causée par les fatigues et les privations. Le fils continua son chemin. On était encore au temps où les officiers étaient nommés à l'élection. Un jour que

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